Accueil > Politique éducative > Recherche
En bref
CNRS : nouveau contrat d'objectifs, malgré l'opposition des syndicats
Sans surprises, le conseil d'administration du CNRS a adopté le contrat d'objectifs et de moyens avec l'Etat pour 2009-2013 (voir fichier ci-dessous), par 15 voix pour et 6 voix contre. Pour l'occasion, le CA avait été convié au CERN, le laboratoire européen sur la recherche nucléaire, basé à Genève. Une délocalisation inédite qui a immédiatement jeté le soupçon sur les intentions de la direction : aurait-elle préféré fuir pour éviter un énième affrontement avec des chercheurs mécontents ?
« Un contrat d’objectifs sans moyens »
C'est la version défendue par les élus représentant les personnels au sein du CA qui ont rejeté à l'unanimité ce qu'il qualifie de « contrat d’objectifs sans moyens ». « La question des moyens est réglée en 8 ou 10 lignes dans ce contrat, assure Pierre Girard, élu SGEN-CFDT. Il est juste rappelé l'engagement de la ministre de ne pas supprimer d'emplois en 2010-2011. Mais aucune garantie n'est donnée sur l'après. Nous sommes loin du plan pluriannuel de l'emploi scientifique que nous réclamons de nos voeux ».
Mais le malaise n'est pas que conjoncturel : « Le CNRS est en train de tourner une page de son histoire. Ce contrat consacre sa perte d'autonomie et un pilotage de plus en plus fort par le ministère », poursuit Pierre Girard. En cause, la part croissante prise par les crédits de recherches distribués par l'ANR (l'Agence nationale de la recherche) sur appels à projets. Autre inquiétude fortement exprimée par la communauté scientifique depuis des mois : la création des instituts (au nombre de 10) en lieu et place des actuels départements scientifiques du CNRS.
Crainte de cloisonnement de la recherche
Même s'il est inscrit noir sur blanc dans le contrat que le CNRS reste un organisme unitaire, gardant en son sein l'ensemble des disciplines, beaucoup de chercheurs craignent que cette organisation en instituts ne cloisonne trop fortement la recherche et empêche des projets trans-disciplinaires. Et surtout que des alliances avec d'autres organismes (comme dans le domaine des sciences de la vie) soit le premier pas vers un démantèlement, à terme, du CNRS.
Nouveau décret sur le CNRS attendu
De toutes façons, la bataille autour des instituts devrait se poursuivre autour du projet de décret censé modifié celui, fondateur, de 1982. Le texte présenté en Commission technique paritaire (CTP) le 23 juin 2009, doit désormais être examiné par le Conseil d'Etat. Ce projet de décret modifie aussi les missions même du CNRS : « On retire au CNRS la capacité d'évaluer pour ne lui laisser que les deux missions « d'effectuer » et de « faire effectuer » des recherches tout en lui demandant d'avoir une vision stratégique. Or sans évaluation, il n’y a pas de choix pertinents », s'inquiète l'élu SGEN-CFDT. Affaire à suivre, donc.
29.06.09
Documents utiles
Aller plus loin
Les chercheurs veulent faire entendre leur voix dans la contestation qui agite actuellement le monde universitaire et multiplient les réunions pour le faire savoir. Le 14 mars 2009, 250 directeurs d'unités mixtes de recherches (UMR) se sont réunis à Paris et ont menacé le gouvernement d'une démission collective d'ici à deux mois si leurs revendications n'étaient pas entendues. Au premier rang desquelles figurent la reconnaissance du rôle d'opérateur des organismes de recherche (CNRS en tête) et la mise en chantier d'un plan pluriannuel de l'emploi scientifique. Deux jours plus tôt, à l'appel de l'intersyndicale, plusieurs centaines de délégués de « laboratoires en lutte » se sont rassemblés pour dénoncer « la situation désastreuse actuelle de la recherche publique à l'université et au sein des EPST ». Conviés par Valérie Pécresse le 20 mars 2009 à discuter au ministère, les principaux syndicats de la recherche ont décliné l'invitation et demandé des "négociations sur l’ensemble du contentieux sur la recherche et l’enseignement supérieur". Tour d'horizon des organismes sur les sujets qui fâchent.
Quel modèle pour l'Europe du savoir ? A quelques jours des élections européennes, la question mérite d'être posée. D'autant qu’en 2010, l’Union européenne fêtera les dix ans de la Stratégie de Lisbonne. L'occasion pour le collectif « Printemps 2010 » - créé à l'initiative notamment de SLR, SLU, le SNESup et ATTAC - de rêver d'un contre-Sommet. L'une des animatrices de ce débat sur une « autre Europe du savoir » est Isabelle Bruno, maître de conférences en science politique à Lille 2 et auteure de A vos marques, prêts... cherchez ! Un ouvrage critique sur la méthode de la stratégie de Lisbonne.









Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Ajouter un commentaire