Interview

Paul Danos, doyen de la Tuck School of Business (New Hampshire, États-Unis) : "Obama veut faciliter l’accès aux prêts étudiants"
Paul Danos, doyen de Tuck Business School depuis treize ans, revient sur les changements attendus dans le champ de l’éducation et sur les effets de la crise économique sur les programmes de MBA. Il était en voyage « d’affaires » en Europe cet automne. Nous l'avions rencontré à cette occasion.
Quelle sera selon vous la politique de Barack Obama en matière d’éducation ?
La crise financière change pas mal les perspectives, et il sera obligé de tenir compte de cette nouvelle donne. Mais, cela mis à part, je pense que son principal objectif sera d’ouvrir l’accès à l’éducation à un plus grand nombre de jeunes Américains, en facilitant les prêts bancaires et en développant les subventions directes de l’État aux étudiants. Il va néanmoins devoir décider à quel niveau agir, car le champ de l’éducation est large : primaire, secondaire, enseignement technique, universités... Je m’attends aussi à ce qu’il mette la pression sur les universités les plus riches pour qu’elles utilisent leurs fonds d’une certaine manière, par exemple en octroyant davantage de bourses d’études. Le mouvement a déjà commencé d’ailleurs, les universités puisent de plus en plus dans leurs endowments pour assurer la gratuité des frais de scolarité à certains étudiants.
L’élection d’un métis à la tête du pays vous a-t-elle surpris, et y voyez-vous une conséquence de la politique d’“affirmative action” ?
La question de la couleur de la peau ne m’a jamais semblé être un sujet. Obama a réuni sur son nom beaucoup de Blancs, qui étaient enthousiastes, notamment chez les jeunes. Les extrémistes sont très minoritaires. Ici en Europe, les Américains ont une mauvaise image, on ne nous croyait pas capable d’élire un Noir. Moi, je n’en ai jamais douté. Je pense qu’en effet, l’affirmative action a aidé, cela a eu des conséquences positives par rapport à la situation d’il y a cinquante ans. Il reste qu’il n’y a toujours pas assez d’étudiants afro-américains qui arrivent dans l’enseignement supérieur. Nous mettons en place des actions spécifiques de recrutement en direction des minorités, mais ils sont si peu nombreux « dans le pipeline », c’est-à-dire en amont du MBA, que ça reste difficile. Cette année, nous avons une bonne vingtaine d’étudiants afro-américains en première année de MBA, soit environ 10 % de la promotion. C’est notre meilleure année. C’est avant que les choses se jouent, dès le primaire, et c’est pour cela qu’Obama va sûrement choisir de se concentrer sur le début de la vie scolaire.
La crise financière, qui a mis en lumière des comportements peu moraux dans les grandes banques, aura-t-elle des répercussions sur le contenu des cours de MBA, notamment en matière d’éthique ?
Les cours d’éthique existent déjà, et ils ont été renforcés suite aux scandales Worldcom et Enron, au début des années 2000. Là, c’est un peu différent : il n’y a pas eu tricherie. Les banquiers ont peut-être été gourmands, mais ils pensaient vraiment créer de la valeur. De plus, quand vous êtes dans une bulle, vous ne la voyez pas. Pour moi, les vrais responsables de cette crise, ce sont les régulateurs, donc le législateur. C’est leur job de mettre des règles et de les faire respecter. Ils auraient dû évaluer ces risques il y a dix ans! Ensuite, il y a la question des membres des comités de direction, qui ont laissé faire. En fait, je crois qu’ils ne comprenaient pas ce qui était en train de se passer, et ils n’ont pas osé le dire. Voilà où ils ont failli. À l’avenir, cette crise devrait infléchir le contenu des programmes de MBA dans le sens où il y aura des cours sur les systèmes de régulation, sur le rôle des banques centrales, sur les politiques publiques liées à la finance. L’approche macro-économique devrait s’ajouter au reste afin de donner une vision globale de la situation. Après l'éthique et la responsabilité sociale et environnementale ces dernières années, les politiques publiques constitueront le troisième champ de réflexion qui viendra s'ajouter aux cours de MBA.
Voyez-vous déjà des effets concrets de la crise sur le placement de vos diplômés ?
C'est encore un peu tôt pour en parler, nous n'aurons de certitudes que fin décembre-début janvier. Ce qui est sûr, c'est que 2007 a été la meilleure année que Tuck ait connue. Le salaire annuel moyen à la sortie s'établissait à 170 000 dollars, et 95 % des étudiants avaient un job au moment de la remise des diplômes. Cette année, nous nous attendons à une baisse des salaires et des bonus. Les deux années à venir seront difficiles pour Wall Street et Londres. Mais je pense que de gros programmes comme Columbia, Wharton ou la LBS souffriront davantage que nous, car nous sommes de plus petite taille.
16.01.09
Aller plus loin
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