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IDEX blues : les universités perdantes n'abandonnent pas leurs projets
Lyon, Grenoble, Lorraine et HéSam. Quatre candidats ont été écartés des IDEX, lors de la seconde vague de sélection. Que vont devenir leurs projets d’Initiative d’excellence ? Après la déception, tour d’horizon des perspectives des perdants.
Que ferez-vous si vous n’êtes pas retenu à l’IDEX ? Les candidats à la compétition de l’Initiative d’excellence, brique du Grand emprunt dotée de 7.7 milliards d’euros, ont dû répondre à cette question lors de leurs auditions devant le jury. Lyon, Grenoble, Lorraine et Hésam (université Paris 1, EHESS, etc.) doivent désormais mettre en pratique cette hypothèse, faute d'avoir été retenus à la seconde vague de sélection.
Pas d’amertume ou de sentiment d’injustice, simplement une grande déception pointe, après deux ans de travail chez les universitaires écartés de l’IDEX 2, mélangée parfois avec une certaine incompréhension. En attendant les explications du jury. Et ce n’est pas le fait de passer à côté de la manne financière promise - même si cela a son importance - qui préoccupe en premier lieu les responsables.
L’importance du label d’excellence
"Nous recherchions ardemment le label IDEX, explique Farid Ouabdesselam, président de Grenoble 1 et du PRES Université de Grenoble. Quand la France va se présenter à l’international, si l'Etat reste cohérent avec les objectifs du programme IDEX, les sites universitaires mis en avant seront forcément d’abord les IDEX."
Même son de cloche en Lorraine, qui voyait dans ces quatre lettres un facilitateur pour ses partenariats avec le monde industriel, ou encore un atout pour attirer les enseignants-chercheurs, et gagner en notoriété.
"Je conseille de ne pas enterrer trop vite le site de Lyon, nous avons de la ressource"
"La reconnaissance de l’excellence du site lyonnais aurait été un levier d’action important, donnant plus de force à notre politique de site, note Michel Lussault, président du pôle lyonnais. Je trouve tout de même aberrant de voir que la région Rhône-Alpes disparait des radars de l’excellence française. Mais cet insuccès - qui n’est pas un échec, étant donné l’obtention de plus de 30 labels d’excellence - ne doit pas nous faire douter de la nécessité de continuer la politique de coopération enclenchée depuis 5 ans. Nous allons traverser une période de flottement, il faut trouver les moyens de continuer."
Que deviennent les projets d’Initiative d'excellence
Y-a-t-il une vie après l’IDEX ? "On ne baisse pas les bras, une dynamique est enclenchée", explique Farid Ouabdesselam (Grenoble). "Je conseille de ne pas enterrer trop vite le site de Lyon, nous avons de la ressource", renchérit Michel Lussault.
Tout d’abord le bénéfice de ce travail de longue haleine est unanime : ces projets ont joué un rôle de catalyseur pour faire travailler ensemble les établissements sur des dossiers où cela n’était parfois même pas imaginable auparavant. Et tous projettent de poursuivre le chemin en ce sens.
"Nous irons simplement moins vite et moins loin"
En Lorraine, la réorganisation des masters aura lieu, tout comme le renforcement des partenariats à l’international, inscrits dans le projet. "Nous irons simplement moins vite et moins loin", résume le délégué général du PRES lorrain, Hervé Coilland. Seule la FCS (Fondation de coopération scientifique) prévue pour l’IDEX devrait tomber aux oubliettes.
"Si l’Etat joue son rôle de régulateur, il n’y aura pas d’Université à deux vitesses"
"Sans label et sans budget, on ne pourra évidemment pas faire tout ce que nous avions prévu. Mais nos établissements ont envie de rester ensemble. Tout va dépendre de la négociation avec l’Etat", indique Jean-Claude Colliard, président de l’université Paris 1 (HéSam). Son projet, ainsi que l’IDEX lyonnais, seront en effet accompagnés par l’Etat, même s’ils n’ont pas été retenus dans l’IDEX [voir encadré].
Le manque à gagner devrait limiter les projets "formation" à Grenoble
A Grenoble, le projet de création d’un nouvel établissement universitaire entre les 6 membres fondateurs du pôle grenoblois se poursuit. "Il est inscrit dans le contrat quinquennal du PRES, dont la dotation annuelle est de 2 millions d’euros par an", indique Farid Ouabdesselam, à la tête du PRES grenoblois.
Confiant pour le développement des projets de recherche, soutenus par les autres briques du Grand emprunt (Labex, IRT, etc.), le professeur est plus inquiet sur le volet formation. "Nous espérions tout de même près de 25 millions annuels via l’IDEX, et ne voyons pas d’autres moyens de financement pour les 10 millions d'euros que nous avions prévus de consacrer à la formation. Il va être difficile d’être aussi ambitieux que prévu. Ces projets sont pour l’instant à l’arrêt, mais nous allons partir à la recherche de nouveaux moyens". De l’avis général, le soutien financier des collectivités locales semblent déjà avoir atteint son niveau maximum.
"Si l’Etat joue son rôle de régulateur, il n’y aura pas d’Université à deux vitesses. L’IDEX, qui vise à mettre fin au morcellement de l’enseignement supérieur et de la recherche, ne doit pas aboutir à une nouvelle dichotomie : entre ceux qui auront les moyens d'être attractifs au niveau international, et les autres", conclut Farid Ouabdesselam.
Félicités mais écartés : Lyon et Hésam attendent les discussions sur l'accompagnement de leurs projets
"Nous ne sommes pas retenus tout en étant couverts de fleurs par le Premier ministre…" L’incompréhension de Jean-Claude Colliard, président de l’université Paris 1 (HéSam), est partagée par Michel Lussault, à la tête du pôle lyonnais. Ils ont perdu à cette seconde vague de l’IDEX, mais leurs projets seront accompagnés, a indiqué le Premier ministre à Bordeaux le 3 février 2012.
"C’est paradoxal : on nous dit « vous étiez bons, sans l’être assez pour avoir l’IDEX, tout en l’étant suffisamment pour avoir un accompagnement particulier ». Même si nous avons accepter de jouer, et ne remettons absolument pas en cause le jury, je suis surpris et j’ai le sentiment que les règles du jeu restent très floues. Nous sommes prudents et nous attendons les discussions."
Cette négociation avec le ministère et le CGI (Commissariat général à l'investissement) doit intervenir dans les jours qui viennent.
Un Pacte à signer avant de créer l'Université de Toulouse
Toulouse lauréate de l'Idex, c'est « le début d'un aboutissement », se réjouit Gilbert Casamatta, président du PRES Université de Toulouse. Si pour l'heure, le montant du capital n'est pas connu, les décideurs du site toulousain se mettent déjà en ordre de bataille.
L'émergence de l'Université de Toulouse (UT), sous forme de grand établissement, est prévue début 2013. Mais elle ne se fera qu'après une large concertation avec l'ensemble de la communauté académique.
Enjeu immédiat : faire voter le « Pacte » par les nouveaux CA des universités après leur élection au mois de mars 2012. De quoi s'agit t-il ? « L'Université de Toulouse va instaurer des pratiques universitaires proches des standards internationaux, en matière de recrutement notamment. Les collèges [qui vont remplacer les universités actuelles d'ici à 2014, NDLR] qui y adhèreront devront progressivement stopper l'endo-recrutement des enseignants-chercheurs juniors, tandis que la désignation des postes de professeurs se fera au mérite et sans discrimination envers les professeurs extérieurs », explique Jean Tirole, président de la fondation de la Toulouse School of Economics.
La mise en place de procédure de titularisation à l'américaine, dite de « tenure track », est également un des points essentiels du Pacte. Autre mot d'ordre : l'engagement des collèges à renforcer le périmètre d'excellence identifié par les porteurs du projet.
Autant de choix très forts pour Toulouse qui feront sans doute l'objet de débats animés. Deux intersyndicales se sont d'ores et déjà réunies sur les campus du Mirail et de Rangueil afin de mettre en cause le projet.
Dès le premier semestre 2012, le recrutement du directeur général exécutif, la mise en place des conseils préfigurant la gouvernance et la préparation des statuts de l'UT en partenariat avec l'Etat sont au programme.
De notre correspondant à Toulouse, Frédéric Dessort
Université Paris-Saclay : une première rentrée prévue pour 2014
Les représentants du plateau de Saclay ont présenté les étapes de la construction de l’Université Paris-Saclay après sa sélection à la seconde vague des IDEX.
En septembre 2014, l’université Paris-Saclay devrait ouvrir ses portes et ainsi faire sa première rentrée universitaire. Dans l’optique d’arriver dans le Top 10 mondial des universités, l’Initiative d’excellence Paris Saclay s’appuiera sur le modèle international des universités, en regroupant les différentes disciplines (sciences naturelles, commerce, économie et social, médecine, ingénierie, physique) en « Schools » afin de créer une interactivité entre les écoles et universités membres de l’Idex.
En 2013, les nouvelles cartes de formations des masters et des doctorats vont être définies pour chacune des « Schools » et un président de l’Université sera choisi. Ce projet très ambitieux est un lourd investissement puisqu’il mobilise à lui seul environ quatre milliards d’euros dont un milliard de dotation en capital du « Grand Emprunt ». Trois nouvelles stations de métro devraient voir le jour en 2018 pour faciliter la circulation à l’intérieur du campus.
Tanneguy de Kerpoisson
Sur les blogs EducPros
Le billet de Pierre Dubois : Huit Initiatives d'excellence (IDEX) : un sublime n'importe nawak !
Le billet de Joël Echevarria : Dura lex sed IDEX : les business schools passent à travers les Initiatives D’Excellence
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07.02.12
Aller plus loin
Sorbonne universités, Sorbonne Paris Cité, Saclay, Aix-Marseille et Toulouse : les cinq lauréats de la seconde vague de l'Initiative d'excellence ont été annoncés par François Fillon vendredi 3 février 2012.
Les réformes de l'enseignement supérieur sont au coeur du colloque de la CPU (conférence des présidents d'université), organisé les 8, 9 et 10 février 2012 à Marseille. Autonomie, IDEX, budget... Louis Vogel, président de la CPU, fait le bilan des bouversements.
La liste de Pierre Mutzenhardt est arrivée en tête lors des élections des conseils de l’université de Lorraine, jeudi 9 février. Quatre autres candidats sont en lice pour la présidence de cette nouvelle université issue de la fusion des quatre établissements lorrains en janvier 2012. Résultat le 28 février prochain.
Après les Idex viennent les labex. Laurent Wauquiez a annoncé les résultats de la seconde vague de sélection des laboratoires d’excellence, mardi 14 février 2012. 71 lauréats ont obtenu un Labex. L'occasion pour le ministre de défendre ce choix d'une politique d'excellence, tout en écartant les craintes de cette concentration des moyens.
Le compte à rebours a sonné. Les auditions de la seconde vague de sélection de l'Initiative d'excellence [IDEX 2] auront lieu les 30 et 31 janvier 2012. Neuf candidats sont sur les rangs de cette compétition : Sorbonne Universités, Lyon, Grenoble, Saclay, Toulouse, Hésam, Aix-Marseille, Paris Cité, Lorraine. Chacun aura une heure et trente minutes pour défendre son projet. Avant le début des auditions, Jean-Marc Rapp, président de l'EUA (Association européenne des universités) à la tête du jury de l'IDEX, fait le point sur ce Grand Oral qui attend les universitaires.
Et si les grands gagnants des Investissements d’avenir étaient les cabinets de conseil ? Encore marginaux il y a deux ans dans l'enseignement supérieur, les consultants ont profité des appels à projets du grand emprunt pour s’installer dans le paysage. Alors qu’universités et PRES tirent aujourd’hui le bilan de leur recours aux cabinets de conseil, les consultants, eux, ont déjà les yeux rivés vers l’après… et ont bien l’intention de conquérir de nouvelles parts de marché. Enquête.
La mise en œuvre des projets d’Investissements d’avenir se fera-t-elle avec ou sans les cabinets de conseil ? Eux sont dans les starting-blocks. Dans les universités, on élabore les scénarios qui leur font une place plus ou moins importante.
Recalés lors de l'annonce des Idex 2 début février 2012, Lyon et HéSam profitent d'une session de rattrapage. Ces deux projets bénéficieront d'un soutien avant "une éventuelle labellisation Idex" dans trois ans, a indiqué le ministère de l'Enseignement supérieur, suite à la rencontre avec les porteurs des deux projets, lundi 20 février 2012.
Elue administrateur général de Grenoble INP, Brigitte Plateau prendra ses fonctions le 28 février 2012 – date à laquelle elle démissionnera de son poste de directeur de l’Ensimag. Si la constitution de son équipe sera finalisée fin mars, Brigitte Plateau a déjà défini les priorités qu’elle veut mettre en œuvre à la tête du groupe.
Avaient-ils vraiment des chances de gagner la compétition des Initiatives d'excellence ? Les perdants de l'IDEX : Lille, Montpellier, UEB-Unam [Université européenne de Bretagne - Université Nantes Angers Le Mans], Paris-Est, Bourgogne Franche-Comté, et Nanterre (présent seulement en seconde vague), n'en sont pas totalement convaincus, à l'heure où les derniers candidats à l'Initiative d'excellence déposent leurs dossiers, le 8 décembre 2011.
À 66 ans, Guy Couarraze ne briguera pas un second mandat, qu’il n’aurait pu achever (la limite d’âge étant fixée à 68 ans), à la tête de l’université Paris-Sud. Arrivé à Orsay en 1965 comme assistant, il a vu naître et se transformer cette université jusqu’au lancement du projet Paris-Saclay. Le 8 mars 2012, lors d’un congrès extraordinaire, ce professeur de physique veut mener une dernière mission, celle de définir la place de son université dans l’Idex labellisée début février. Il sait l’adhésion de sa communauté universitaire fondamentale pour la suite du projet Paris-Saclay.
Le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, a rencontré les responsables de l’enseignement supérieur et de la recherche fin mars 2012. A cette occasion, il s’est prononcé en faveur d’une « université Rhône-Alpes ». Jean-Jack Queyranne revient pour EducPros sur ce projet et le rôle que compte jouer sa région.
Que deviennent les projets des premiers perdants de l’Initiative d'excellence, à l’heure où les 9 derniers candidats déposent leur dossier pour l’IDEX 2, le 8 décembre 2011 ? Pour Lille, Montpellier, l’UEB-Unam, le PRES Paris-Est, Bourgogne Franche-Comté, et Nanterre, le couperet est en effet tombé début novembre : recalés. Les porteurs de projet interrogés n'affichent pas de découragement : ils comptent bien profiter de cette dynamique pour avancer.
L'Initiative d'excellence touche à sa fin. Les montants alloués aux cinq projets lauréats de la seconde vague de sélection Idex 2 -Aix-Marseille, Toulouse, Sorbonne Paris Cité, Sorbonne Université et Saclay- ont été annoncés par le Premier ministre, le 13 mars 2012.
Le dépôt des dossiers pour la seconde vague des IDEX [Initiative d’excellence] s'est clos mardi 20 septembre 2011. Résultat : 11 projets concourent pour tenter de rejoindre PSL, Strasbourg et Bordeaux, vainqueurs du premier tour. Un nouveau venu s'ajoute aux 10 candidats recalés du premier tour : Paris Ouest Nanterre La Défense. Dans quel sens les projets ont-ils été retravaillés pour convaincre le jury, depuis l'échec à l'IDEX 1 ?
Bordeaux, Strasbourg et Paris Sciences et lettres (PSL). Le trio de tête de la première sélection de l’IDEX a été annoncé officiellement et symboliquement à Bordeaux par Laurent Wauquiez, le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, lundi 4 juillet 2011. Une bonne surprise pour le challenger bordelais et une déception de taille pour Sorbonne Universités, doublée par une alliance de grandes écoles essentiellement. Réactions de Manuel Tunon de Lara, président du PRES Université de Bordeaux et de Jean-Charles Pomerol, président de l'UPMC pour Sorbonne Universités.
Que deviennent les Idex ? La sélection, opérée en deux vagues, s'est terminée en mars 2012. Bordeaux, Strasbourg, PSL (Paris Sciences et Lettres), Aix-Marseille, Sorbonne Université, Sorbonne Paris Cité, Saclay et Toulouse, sans oublier les deux prometteurs Lyon et HeSam, doivent désormais signer leur convention de financement avec l'ANR (Agence nationale de la Recherche). Tour d'horizon de l'avancement des différentes Initiatives d'excellence.
Le Grand emprunt, et ses 22 milliards consacrés à l'enseignement supérieur et la recherche, mobilise les universitaires depuis bientôt deux ans. Appels d'offres après appels d'offres, les résultats de la compétition des Investissements d'avenir dessinent une nouvelle carte de l'enseignement supérieur français. En 2012, la sélection des projets lauréats touche à sa fin. Retour sur ce chantier phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy.


























