Interview

Alain Rousset (président de l’Association des régions de France) : « Pour un euro versé par les Investissements d’avenir, trois devront être avancés par le laboratoire et les collectivités locales »
Président de l’Association des régions de France (ARF) et de la région Aquitaine, Alain Rousset prône un nouveau partage des compétences entre Etat et Régions. L’élu PS répond au ministre de l’Enseignement supérieur qui avait dénoncé les baisses de financements de certaines régions en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Il revient également sur l'implication des Régions dans les Investissements d'avenir.
Le ministre de l’Enseignement supérieur estime que certaines régions ne financent pas suffisamment l’enseignement supérieur. Comment les présidents de région réagissent à cette mise en cause ?
Rappelons que l’effort financier des régions à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation - de 853 millions d’euros en 2010 - est, à lui seul, supérieur à celui consenti par l’ANR (Agence nationale de la recherche).
Monsieur Wauquiez oublie de souligner trois points. L’enseignement supérieur et la recherche ne sont pas une compétence décentralisée. Les régions s’y impliquent pour préparer l’avenir de leurs territoires et de leurs jeunes mais aucune ressource ne leur a été transférée pour cela. Il ne sait pas lire un budget de collectivité territoriale, confondant engagements et paiements. Ainsi, pour la seule région Midi-Pyrénées, alors qu’il évoque une baisse de 7% pour l’enseignement supérieur, les crédits d’engagements augmentent en fait de 47,5% et de 19,5% pour la recherche. En revanche, il passe sous silence les retards d’engagements de l’Etat dans les contrats de plan Etat-Région pour l’enseignement supérieur et la recherche. Pour la région Auvergne, le taux d’exécution des engagements de l’Etat y est trois fois plus faible que celui de la région.
Laurent Wauquiez va signer, vendredi 3 février 2012, la convention avec l’Idex de Bordeaux sans que la région n’y soit associée. Sur le Grand emprunt, à quelle hauteur les régions sont impliquées ?
"Les régions sont [pour le ministère] le soutier de la République"
En Aquitaine par exemple, l’Idex de Bordeaux rapportera 23 millions d’euros d’intérêts, alors que la région investit 35 millions sur ce périmètre. Les chercheurs savent très bien qui investit. Tout au long des appels à projets du grand emprunt, le ministère a mis les régions en compétition pour leurs cofinancements sans jamais rappeler leur soutien dans son abondante communication alors que lui-même vantait de faux milliards. Les régions sont pour lui le soutier de la République. Aucun programme d’investissement d’avenir, de plan campus ou de projet universitaire ne peut se réaliser sans les co-financements locaux. Dans les Idex, pour un euro versé par les investissements d’avenir, trois euros devront être avancés par le laboratoire et les collectivités locales. L’Etat n’investit qu’entre le quart et la moitié du financement global et nous dit : « débrouillez-vous ! ».
Est-ce que vous souhaitez que l’enseignement supérieur devienne une compétence obligatoire des régions ?
Le sujet de l'immobilier universitaire, par exemple, n’est pas tranché au niveau des présidents de région tant le problème de nos ressources est prégnant. Les politiques d’investissements volontaires par rapport à l’enseignement supérieur étaient liées au fait que nos ressources croissaient par rapport aux ressources nationales. Mais aujourd’hui elles sont figées. En garrotant les financements des régions, le gouvernement tue les leviers de la croissance. Par ailleurs, la réforme territoriale propose aussi que la recherche soit attribuée aux régions. Les régions qui le souhaitent doivent pouvoir expérimenter la prise de compétences sur l’université, comme sur les projets de recherche et le logement étudiant. Avec François Hollande, je souhaite par ailleurs que, comme l'apprentissage, la formation professionnelle et l’orientation passent complètement aux régions.
Cette politique de recherche d’excellence va-t-elle dans le bon sens ?
"Je propose un haut commissariat à l’intelligence économique et à la prospective"
Cette stratégie d’excellence – Investissements d’avenir, pôles de compétitivité… - basée sur le « bottom up » est intéressante mais elle ne fait pas une politique scientifique nationale qui suppose des orientations (sur les biotechnologies, les matériaux…). L’Etat a perdu l’élaboration du sens : le CNRS devient de plus en plus une agence de moyens et le temps des chercheurs est cannibalisé par la réponse aux appels à projets. Au-delà de la recherche, si on inclut l'innovation, je propose un haut commissariat à l’intelligence économique et à la prospective. Il faut aussi trouver un équilibre entre recherches d’excellence et émergence de nouvelles équipes. Avec les moyens récurrents de l'Etat en baisse, les universités vont être obligées de tourner leurs moyens, leurs recrutements vers les seuls labos d’excellence.
02.02.12
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