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Dossier Sciences de gestion : Enfin un langage commun pour les chercheurs ?
Une liste par champs qui malmène le français
Les sciences de gestion couvrent un champ large, à cheval sur l’économie, les méthodes quantitatives, les techniques, la sociologie, ou encore la psychologie. Autre particularité très française : ces sciences du management sont enseignées dans les écoles supérieures de commerce (ESC) et, depuis 1955, dans les universités, notamment dans les instituts d’administration des entreprises (IAE). Partagées entre les disciplines et la dualité des établissements qui les diffusent, les sciences de gestion peinent encore à structurer leur recherche et à trouver des références communes qui ne soient pas exclusivement anglo-saxonnes. Et ce, même si certaines écoles de management ont établi leurs propres listes, inspirées de celles de grandes institutions américaines. Un vide, alors que se radicalisent partout les exigences d’évaluation de la recherche.
« Il fallait que nous nous donnions un langage commun », explique Denis Bouyssou, directeur de recherche au CNRS en poste au LAMSADE (Paris-Dauphine). C’est ainsi qu’en 2003, la « section 37 » du CNRS entreprend de concevoir un outil lui permettant une évaluation interne tous les quatre ans pour ses chercheurs et tous les deux ans pour ses laboratoires spécialisés en économie et en gestion. En quelques années, la « liste des revues à comité de lecture en économie et gestion », auréolée de la légitimité que lui confère son étiquette « CNRS », déborde des unités mixtes et se trouve rapidement adoptée par les écoles de commerce, petites et grandes... pour lesquelles elle n’a pas été conçue à l’origine. Revue des griefs et points d’amélioration en cours.
La demande de repères étant immense dans tout le supérieur en gestion, la liste du CNRS connaît un succès immédiat. Les revues y sont classées par champs, et surtout dans quatre catégories, le niveau le plus haut, « cinq étoiles », caractérisant les publications dont la notoriété scientifique, l’audience et l’impact sont les plus prestigieux. « Désormais, la plupart des chercheurs et des laboratoires nous mentionnent spontanément le nombre d’étoiles qui leur reviennent : cette liste a eu un effet fortement structurant », précise Denis Bouyssou. Mais elle essuie paradoxalement de vives critiques de la part de ces mêmes utilisateurs : elle serait, selon les cas, trop française, trop anglophone, ou trop économique... Dans sa forme actuelle, remaniée une première fois en 2004, le classement compte 90 % de revues de langue anglaise, et les revues françaises, à quatre exceptions près, se concentrent sur les catégories les moins prestigieuses (une et deux étoiles). Un groupe de travail, que pilote Denis Bouyssou, a été créé à l’automne 2006 au sein de la section 37 afin de réviser en profondeur ce classement d’ici à l’automne prochain. La place de la langue française figure parmi les préoccupations récurrentes. « L’une des dérives, dans l’évaluation de la recherche, est de croire que ce qui est en anglais est international, ce qui est en français ne l’est pas », dénonce Alain Burlaud, directeur de l’Institut national des techniques économiques et comptables (INTEC) et animateur d’un autre groupe de travail chargé de formuler des propositions pour une meilleure formation universitaire en sciences de gestion. « Les publications en sciences de gestion faisant appel aux méthodes quantitatives se prêtent facilement à la traduction en anglais, mais celles qui relèvent davantage des sciences humaines sont difficiles à traduire », poursuit-il. Un avis partagé par Denis Bouyssou : « En économie et en gestion, certains chercheurs travaillent sur des sujets très franco-français : l’impact des trente-cinq heures, ou la défiscalisation des heures supplémentaires. Ces sujets revêtent une importance considérable... et intéressent peu les grandes revues internationales ! »





