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Dossier relations universités-entreprises : ce que font nos voisins européens

Espagne : une relation avec les entreprises encore trop embryonnaire

La loi sur la réforme des universités, votée en Espagne en 1983 (ley de reforma universitaria), a mis en place des « consejos sociales de las universidades publicas », conseils servant de passerelles entre l’université et la sphère sociale, les entreprises en particulier.

À la célèbre Complutense de Madrid, le consejo social inclut quinze personnalités issues des mondes de la culture et de l’économie. « Outre l’approbation des budgets pluriannuels, nous sommes une force de proposition », explique Carlos Mayor Oreja, actuel président et ancien titulaire du portefeuille de l’Éducation de la Communauté autonome de Madrid. Le consejo social de la Complutense a notamment collaboré au lancement, en 2002, d’un parc technologique élaboré en commun avec l’université Autónoma et regroupant plus de soixante-dix entreprises

Un même ministère pour l’innovation, les universités et les entreprises en Catalogne

Mais ces conseils sont juste consultatifs. « Ils ne participent pas aux conseils d’administration des universités, ce que nous appelons ici les “consejos de gobierno” », regrette Carmen Palomino, directrice de projet au sein de la Fundación Universidad-Empresa. « C’est l’une des raisons de l’insuffisance du lien université-entreprise en Espagne, même s’il existe, c’est vrai, des différences importantes entre établissements et entre régions », précise-t-elle. Madrid, qui concentre 30 % de la production scientifique nationale, occupe une position de pointe, tout comme la Catalogne. Dans cette Communauté autonome, le même ministère regroupe innovation, universités et entreprises. Pour le moment, il s’agit surtout d’un symbole, mais il pourrait prendre forme en juin 2008, lors de la présentation d’un pacte pour la recherche (en cours de rédaction) visant à associer plus étroitement les deux mondes et à doper l’investissement en recherche et développement : 1,34 % du produit intérieur brut, plus que la moyenne espagnole de 1,07 %, mais loin des 2 % fixés comme objectif lors du sommet de Lisbonne.

La Communauté de Valence a développé une expérience intéressante avec ses instituts technologiques associant universités et entreprises dans des zones de production spécifiques. L’Institut technologique de la céramique, auquel participe l’universidad Jaume I, de Castellón, est l’un des plus connus. À l’échelle nationale, ces synergies s’alimentent aussi de la vogue des universités corporatives créées depuis 2000 par de grands groupes industriels ou de services tels qu’Union Fenosa, Iberdrola ou El Corte Inglés. Néanmoins, pour le moment, ce sont les fondations (Universidad-Empresa et Madrid+d, pour n’en citer que deux) qui contribuent le plus au rapprochement entre l’enseignement et le monde des affaires.

Préserver une zone de savoir libre

Intégrant quarante partenaires, universités et entreprises, « Madrid+d possède le site Web scientifique en langue espagnole le plus vu au monde, soit plus de deux millions de visites par mois », rapporte son directeur général, Adriano Garcia-Loygorri. Beaucoup plus ancienne (presque trente-cinq ans), la Fundación Universidad-Empresa relie les seize principales universités de la communauté madrilène aux 250 000 entreprises de la région. Converge, sa dernière initiative (voir  ci-dessous) est totalement novatrice en Espagne. « Les universités s’adaptent de mieux en mieux. Cependant, même si le monde des affaires a du mal à le comprendre, nous avons conscience qu’il faut savoir ne pas aller trop loin et préserver une zone de savoir libre qui soit indépendante des contingences de l’économie », déclare Carmen Palomino.

Quand les DRH espagnols donnent leurs avis sur les formations

La Fundación Universidad-Empresa vient de lancer UE Converge, un site Web conçu comme une plate-forme en ligne pour les relations entre universités et entreprises. L’un de ses objectifs principaux est de permettre aux directeurs et responsables des ressources humaines de 185 entreprises et associations professionnelles (soit plus de 500 000 postes de travail) de donner leurs avis sur les formations supérieures en matière de contenu des diplômes, d’adéquation au marché de l’emploi, etc.