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Dossier relations universités-entreprises : ce que font nos voisins européens

Grande-Bretagne : des business parks sur les campus

Le ministre britannique de l’Enseignement supérieur, John Denham, a annoncé en cette rentrée que le gouvernement allait investir 1,5 milliard d’euros dans les trois années à venir pour encourager les entreprises à innover et développer leurs technologies. L’une des composantes de ce projet, intitulée « New Science and Innovation Strategy », consiste à renforcer les liens entre instituts d’enseignement supérieur et entreprises. Ces interactions prennent différentes formes. Bien que les établissements supérieurs soient des organismes financés par l’État, ils sont fortement encouragés à trouver de l’argent ailleurs. Et chaque université est libre de procéder comme elle le souhaite.

Des « business incubators »

Outre les techniques traditionnelles de mécénat ou de recherche de fonds, telles que le sponsoring d’un amphi ou de locaux, et les dons privés provenant d’anciens étudiants (Alumni) ou d’organisations caritatives, la tendance des dernières années est au développement de business parks sur les campus. De nombreuses universités ont commencé à louer des espaces ou des locaux, créant ce qu’elles appellent des business innovation centres ou business incubators. Dans la plupart des cas, elles ne se contentent pas d’être des agents immobiliers, elles promeuvent aussi les services que leur établissement peut fournir aux entreprises : consultations, utilisation de laboratoires, organisation d’ateliers, conférences et formation. 

Babraham, vers un campus intégré

Situé à une vingtaine de kilomètres de Cambridge, le campus de Babraham est un modèle précurseur dans la lignée des business innovation centres. Cet établissement de recherche spécialisé dans la biochimie et la biotechnologie accueille déjà une trentaine d’entreprises (de la start-up à la PME), tout en conservant son indépendance en matière de recherche. « Nous favorisons les collaborations en réunissant des universitaires, des PME et des industries plus lourdes », explique Emmanuelle Astoul, Knowledge Transfer Manager à Babraham.

 Les entreprises installées sur le campus sont encouragées à utiliser les services spécifiques que l’institut peut leur apporter : consultations, infrastructures techniques (laboratoires), conférences et symposiums. De leur côté, les entreprises s’impliquent en sponsorisant des étudiants, en embauchant des chercheurs sur des projets à moyen ou long terme.

« De plus, ajoute Emmanuelle Astoul, le côté humain constitue un aspect majeur. Pour nous, il est très important qu’il n’y ait plus de barrières entre les gens. Nous organisons des “open mornings” au cours desquels nous invitons les entreprises à écouter et organiser elles-mêmes des conférences (“pitch talks”). Et, surtout, il n’y a qu’un seul bar et qu’un seul terrain de foot sur le campus ! » Un des prochains objectifs majeurs de Babraham est d’intégrer un ou deux représentants de grands laboratoires pharmaceutiques sur le campus et de créer ainsi une chaîne complète : de la conception d’un produit à sa commercialisation. 

IBM à Manchester

Cependant, si certaines universités mettent en avant le développement et le succès de leurs business incubators, d’autres privilégient les interactions avec de grandes entreprises ou industries dans le domaine scientifique, mais aussi dans les technologies de l’information. Ainsi, fin 2005, IBM a signé un contrat intitulé « Memorandum of Understanding » avec l’université de Manchester. Le géant de l’informatique intervient dans trois domaines : la recherche, la préparation des futurs diplômés au monde du travail et la formation. Mais le niveau d’implication et d’investissement d’IBM reste nébuleux.

Dans de tels partenariats, l’université prend le risque de perdre une partie de son indépendance. Selon Anthony Crabbe, coordinateur d’études théoriques à l’université de Nottingham Trent, qui a travaillé sur les liens entre entreprises et universités ces dix dernières années, « quand les entreprises impliquées sont du calibre d’IBM, il y a danger non seulement sur le plan académique mais aussi sur le plan pratique, dans la mesure où elles fournissent énormément de matériel dont les universités deviennent dépendantes. » 

Le « blind trust »

Le modèle idéal qui garantit l’indépendance des universités vis-à-vis des entreprises est le blind trust : les industries ont une confiance absolue envers les chercheurs qui orientent leur recherche comme ils le souhaitent. Un tel modèle existe aux États-Unis, notamment au MIT (Massachusets Institute of Technology), mais il est loin d’être à l’ordre du jour en Grande-Bretagne.