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Dossier IEP : la revanche de la province
Oser enfin recruter ensemble
C’est un secret de polichinelle : le réseau des IEP vivote. Certes, la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) convie à des grand-messes quatre fois l’an. Mais l’on s’y bat plus qu’on ne bâtit. Le dialogue virant souvent à la bataille rangée entre la province et Paris. L’écrasante personnalité de Richard Descoings, administrateur de la FNSP, étouffe la voix des autres directeurs. Le patron charismatique de Sciences po Paris n’hésite pas, d’ailleurs, à marcher sur leurs terres, implantant depuis 2001 des antennes locales. Après Dijon, Menton, Nancy et Poitiers, il s’installe au Havre à la rentrée. Et prévoit deux autres ouvertures. La voie est libre. Car en région les IEP peinent à présenter un front uni face à cet impérialisme. Bordeaux et Grenoble ménagent Paris dont ils sont plus proches pour des raisons historiques.
Depuis peu, ça bouge : les petits IEP semblent décidés à lutter. Prenant exemple sur le réseau Polytech ou sur celui des IAE, ils jouent à fond la carte de l’interrégions. Et lancent des projets concrets... sans quérir l’autorisation préalable de Paris. La rupture serait-elle consommée ?
« Peut-être est-il temps d’entériner la séparation à l’amiable avec Paris, souffle un directeur d’IEP. Il ne viendrait à l’idée de personne de faire travailler en réseau les ESC de province et HEC ! » En assumant leur classement en deuxième division, les IEP de province seront plus à l’aise pour valoriser leurs atouts. « On forme avec moins de moyens que Paris des jeunes qui s’insèrent très bien, très vite », argumente Sylvain Schirmann, à la tête de l’institut de Strasbourg. Première bravade, encore confidentielle : six des huit IEP de province oeuvrent à organiser un concours commun dès l’an prochain.
Depuis le temps qu’ils en parlent... Ce concours commun serait une révolution pour les candidats, obligés de se lancer dans un exténuant tour de France pour multiplier leurs chances. Une opération qui leur coûte en moyenne 1 000 €, entre l’inscription, l’hébergement et le TGV. « Avec cette nouvelle formule, les frais seraient réduits à 200 € au maximum, table Pierre Mathiot, directeur de Sciences po Lille. C’est un pas vers la démocratisation du recrutement. »
Les IEP gagneront de surcroît en visibilité et en cohérence. Notamment sur le niveau de langues, la place de l’histoire contemporaine ou la prescription de lectures obligatoires, qui diffèrent d’un lieu à l’autre, alors que les étudiants visent des cursus globalement équivalents... Mais, pour atteindre cet objectif, il faudra accélérer la cadence. Il ne reste que six mois pour régler les détails pratiques ! Et ne pas reproduire les erreurs du concours organisé depuis 2003 par Lyon, Aix et Grenoble...
Car le ménage à trois n’a pas été très heureux : les querelles se sont multipliées sur le volume de copies à corriger, la gestion financière et même, récemment, sur la nature des épreuves. Grenoble aurait ainsi voulu diminuer le coefficient de celle de langues, la plus discriminante socialement. « Malgré une discussion de plus de neuf heures qui nous a laissés sur les rotules, je me suis heurté au refus poli d’Aix et de Lyon », relate Olivier Ihl, directeur de l’IEP. Une déception qui explique son refus de participer au concours commun cru 2008... « Trop difficile de s’organiser dans un délai aussi court, tranchet-il. À trois, c’était déjà sportif, alors à six... » Officiellement, Bordeaux réserve sa réponse. Mais ne devrait pas s’engager dans cette voie.






