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Dossier IEP : la revanche de la province

Tester l’égalité des chances autrement

Si Sciences po Paris entretient la polémique depuis 2001 sur la question de la discrimination positive, les IEP de région n’ont pas suivi. Ils concoctent de manière moins tapageuse leurs propres recettes. Fait révélateur, Lille, qui avait signé en 2005 des conventions ZEP sous l’égide de Paris, s’en détache. « On peut faire différemment », revendique sans complexe Pierre Mathiot. Le projet du Nordiste s’inspire en fait du programme initié par l’ESSEC en 2002. Baptisé « Une grande école, pourquoi pas moi ? », conçu... comme une riposte à la stratégie de Sciences po Paris !

De facto, tous les IEP de région sont proches du modèle de l’école de Cergy. Rennes aurait bien dupliqué la méthode Descoings en Bretagne, mais Éric Neveu, son directeur, a reculé. Le motif : préserver son indépendance face au grand frère parisien. « Les services juridiques du rectorat m’ont averti que la loi qui autorise les conventions ZEP est réservée à Sciences po Paris », justifie-t-il. Plutôt que supporter un droit de regard depuis la capitale, il a préféré monter un dispositif de « mini-prépa » à 50 € : deux séquences de préparation au concours pendant les vacances de Pâques et de Noël destinées à « donner un coup de propulseur aux lycées ». Histoire de convaincre que « les IEP ne sont pas réservés aux enfants d’archevêques ».

De son côté, Lyon n’a toujours pas digéré les conventions ZEP signées en 2004-2005 par Sciences po Paris avec trois lycées de Vénitieux et de Vaulx-en-Velin. « On n’allait pas y aller aussi », grince Christine Le Noan, secrétaire générale. L’institut envoie depuis septembre ses enseignants dans les terminales de huit établissements, dont des lycées ruraux. Il assure en outre un tutorat à la fac, aidant les plus doués à entrer directement en deuxième année. Ainsi, chaque IEP expérimente en fonction du contexte, affirmant son ancrage local.