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Dossier Fundraising : les présidents laissent place aux "patrons d'université"

De la place pour tous ?

Quant aux missions du poste, elles se résument à « l’excellence. C’est le critère numéro un des donateurs, observe Céline Amet. Elle se manifeste à travers les classements internationaux bien sûr, mais les universités implantées dans des villes modestes sont également concernées, quel que soit leur domaine de compétences. » À charge pour les présidents de définir un ou plusieurs axes de recherche, de préférence en lien avec le tissu économique local. Une réflexion à laquelle les enseignants-chercheurs sont plutôt bien rodés. Certaines universités sont ainsi déjà avantagées quand elles possèdent des chaires ou des partenariats très forts avec des industriels. Les présidents peuvent, en revanche, être moins enclins à démarquer leur établissement. Or, « les universités doivent faire du marketing, pas la manche ! » insiste Daniel Laurent. Savoir se différencier est indispensable pour séduire des entreprises parfois sursollicitées... à l’instar de celles du CAC 40. Sans pour autant tomber  dans l’excès d’originalité.
Il est sans doute prématuré aujourd’hui de demander à Danone de laisser son nom à un amphi, mais « la loi LRU leur conférant beaucoup plus de souplesse qu’auparavant, les sociétés seront prêtes à octroyer de l’argent en contrepartie d’un retour en termes d’image et de recrutement », assure Daniel Laurent. Aux présidents de jouer le jeu. « Si je suis une entreprise qui veut financer Paris 2, je peux imaginer que pour ma filiale en Chine, j’ai besoin de juristes. Je vais alors financer des bourses d’études pour qu’ils aillent étudier dans les universités chinoises. Si je suis une entreprise de parfumerie et que je m’intéresse aux biotechnologies, je vais avoir besoin d’un diplôme dans ce domaine et donc financer une chaire. Si je suis un cabinet d’avocats et que je manque de locaux, je peux financer un centre des affaires... » se prend à rêver Louis Vogel, président de Paris 2-Assas. Les entreprises attendent du concret (des bourses, des masters ciblés, des cursus internationaux...) et du long terme. Les ambitions doivent courir bien au-delà des quatre années de mandat. « Les promesses de dons peuvent s’étaler sur plusieurs années à condition que les donateurs soient rassurés sur la mise en oeuvre des projets », rappelle Céline Amet de Philanthropia France.
C’est plus facile pour des économistes, des juristes ou des scientifiques, rétorquent les syndicats, mais les sciences humaines et sociales ne sont pas perdantes.
Bien au contraire. « C’est très français de raisonner par facultés, avec, d’un côté, les scientifiques et, de l’autre, les littéraires, analyse Jean-Pierre Boisivon. Stanford compte quinze mille étudiants dans toutes les disciplines. Ces jeunes gens, bien éduqués intellectuellement, qui savent réfléchir, structurer leur pensée et qui ont lu des livres sont très recherchés par les entreprises en Amérique. Tant qu’en France, les filières SHS seront dans les universités les moins dotées et les moins reconnues qui accueillent, en sus, les étudiants les plus fragiles, les entreprises auront des réticences. » « C’est vrai qu’en premier lieu viennent les maths, les sciences physiques, la médecine, puis ensuite le management et, enfin, les sciences humaines, car le retour tangible est plus faible. Mais quand on injecte de l’argent
dans un système, ça diffuse partout », nuance Arnaud Vaissié, président de la Chambre de commerce française en Grande-Bretagne et cofondateur du Cercle outre-Manche. « Je sais bien que la philosophie ou la sociologie du droit intéressent avant tout les universitaires, mais je peux attirer des entreprises pour financer des cursus en droit international, par exemple, et basculer alors les fonds publics vers des domaines qui attirent beaucoup moins le privé », suggère avec pragmatisme Louis Vogel.