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Dossier Ecoles doctorales : une image à travailler

Une expérience professionnelle de recherche

Les doctorants demeurent encore peu attractifs aux yeux des recruteurs. Pour faire taire les stéréotypes, les écoles doctorales ont réagi. Elles s’associent entre elles, notamment dans le cadre des PRES. Et s’ouvrent au monde industriel tout en professionnalisant le doctorat. La notoriété, talon d’Achille des écoles doctorales ? Le Conseil supérieur de la recherche et de la technologie (CSRT) part de ce constat, dans son récent rapport sur les jeunes chercheurs, pour inciter chaque école doctorale « à se doter d’une identité et donc d’une image de marque à l’instar de celle qu’ont acquise les écoles d’ingénieurs ». La question de la visibilité nationale et internationale des écoles doctorales (ED) est devenue un objectif majeur. Avec, en arrière-plan, la volonté affichée de fournir un avenir professionnel aux quelque 9 000 docteurs formés chaque année par les universités. Même si la situation sur le marché du travail reste très tendue : « Les docteurs sont largement minoritaires dans les effectifs de chercheurs industriels et représentent moins de 20 % des chercheurs recrutés. Confrontés à la concurrence des diplômés des écoles d’ingénieurs considérés par les employeurs comme plus opérationnels et polyvalents, les jeunes docteurs ont des difficultés à accéder à ces emplois », rappellent les auteurs d’une étude parue en 2007 dans la Revue d’économie industrielle consacrée au recrutement des jeunes docteurs dans le secteur privé.

« L’économie française a de plus en plus besoin de docteurs, soutient pourtant Martine Pretceille, professeur à l’université Paris 8 et directrice de l’association Bernard-Gregory, qui a pour mission de promouvoir l’insertion professionnelle en entreprise des jeunes docteurs. Mais force est de constater que pendant longtemps les universités ont très mal communiqué sur les compétences transversales associées à la formation par la recherche. » Or, depuis l’arrêté du 7 août 2006, il est rappelé dès l’article 1 que la formation doctorale est « une expérience professionnelle de recherche ». Cette valorisation de la formation à la recherche et par la recherche doit passer par un réel accompagnement des doctorants au sein des ED. Ceux-ci sont désormais encouragés à suivre des enseignements connexes à leur domaine de recherche pour élargir leur culture générale scientifique. « Un thésard ne doit pas se contenter d’être spécialiste de son sujet, assure Roger Marthan, directeur de l’ED sciences de la vie et de la santé (Bordeaux 1 et Bordeaux 2). Le doctorant est capable dans n’importe quelle situation d’analyser des problèmes de fond et est formé à faire de la veille technologique. La formation par la recherche, c’est plus que la culture projet de l’ingénieur ! »

Pour favoriser cette prise de conscience, de nombreuses ED ont élaboré des formations transversales : aide à la présentation de travaux en public, cours d’anglais, développement des compétences de gestion d’équipe, rédaction de CV, connaissance de l’entreprise et du métier d’ingénieur, bilans de compétences, etc. « Dans leur grande majorité, les doctorants reconnaissent l’importance de ces modules d’aide à l’insertion professionnelle », assure Guy Vernet, directeur de l’ED sciences et technologies de l’information, des télécommunications et des systèmes (STITS) (Paris-Sud 11 et Supélec). Tous les doctorants des quinze ED de Paris-Sud 11 sont invités à participer à de telles formations. L’université a même créé les « Doctoriales », session d’une semaine se déroulant à l’extérieur de l’université, dont l’objectif est de fournir aux futurs thésards des clés pour réussir leur insertion dans l’entreprise.

Cette vitalité de la vie doctorale est même désormais un élément clé de l’évaluation menée par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES). C’est en tout cas dans cet esprit qu’ont été évaluées les 73 ED de la vague B (sur un total de 295) : « Pour la première fois, l’enjeu n’a pas été de s’intéresser à la seule performance scientifique des  laboratoires de recherche, mais bien de mesurer le dynamisme de la structure doctorale », lance Alain Menand, directeur de la section des formations et des diplômes de l’AERES. À chaque fois, les comités de visite ont organisé sur place deux huis-clos, l’un avec les étudiants, l’autre avec le directeur de l’ED pour en évaluer la bonne gouvernance : « On observe généralement que, lorsque la culture de laboratoire est déjà fortement ancrée dans les habitudes comme dans les sciences dures, l’ED a parfois du mal à exister en tant que telle et qu’à l’inverse, quand les équipes sont plus éclatées, comme dans les sciences de la vie et les sciences humaines et sociales, l’ED peut parfois avoir un vrai rôle structurant », poursuit Alain Menand.