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Dossier Analyser les pratiques des élèves

Du constat de l’erreur à l’analyse du travail et de la réflexion de l’élève

Passer du concept de faute à celui d’erreur

 

Jean-Pierre Astolfi, didacticien et professeur de sciences de l’éducation à l’université de Rouen, s’interroge longuement sur le statut de l’erreur dans les apprentissages. Premier constat : l’erreur scolaire est plutôt source d’angoisse, alors qu’en dehors de l’école (dans le domaine sportif par exemple) elle est davantage source de défi pour les jeunes.

Ainsi, l’« aversion spontanée pour l’erreur à l’école et le rejet didactique qui en résulte souvent correspondent d’abord à une certaine représentation de l’acte d’apprendre, largement partagée par les enseignants et les parents. » Dans l’idée d’une acquisition naturelle des connaissances, les erreurs ne peuvent être considérées que comme des « ratés » de l’apprentissage. Symptôme d’une incompétence, l’erreur est alors synonyme de faute ou de bogue au sens informatique. Chaque type d’erreur est le produit d’une réflexion de l’élève confronté à une tâche donnée par l’enseignant ; il faut abandonner le concept de faute qui reporte la charge sur l’élève. Dans une erreur rencontrée, la part de l’enseignant est aussi importante, tant dans son origine que dans sa résolution.

           

Petite typologie des erreurs possibles

 

Astolfi identifie les principaux types d’erreurs scolaires pour lesquelles il propose médiations et remédiations. L’erreur est, selon les cas, due à :

– une complexité propre au contenu d’enseignement ;

– des conceptions alternatives (ou représentations) ;

– des démarches étonnantes de résolution ;

– une difficulté de compréhension des consignes ;

– un emprunt à une autre discipline, mais d’emploi décalé ;

– des habitudes scolaires, héritées d’un autre niveau ;

– des opérations intellectuelles ;

– une surcharge cognitive face à un savoir difficile d’accès.

 

C’est une bonne grille d’analyse à avoir en tête quand on regarde et on écoute ses élèves.

           

Prévenir les erreurs possibles avec les élèves

 

Confronté à ce difficile devoir d’analyse des erreurs, les collègues de la Sarthe proposent quelques pistes :

– varier les présentations, les supports ;

– réfléchir aux situations trop éloignées du quotidien des élèves ;

– diversifier les démarches d’enseignement et d’évaluation ;

– aider les élèves à diversifier leurs procédures en leur donnant des moyens pour y parvenir ;

– considérer la lecture de la consigne comme un temps important de lecture ;

– aider les élèves à s’interroger sur le sens de la consigne, identifier les mots importants, la reformuler, se représenter mentalement le travail à effectuer ;

– permettre de vérifier au cours de la tâche que la consigne a bien été appliquée ;

– aider les élèves à se projeter dans la situation, se constituer une image mentale de la connaissance à acquérir ;

– multiplier les activités de tri, de classement, de comparaison, de rangement ;

– inciter l’élève au transfert des acquis grâce à un travail plus transversal, interdisciplinaire ;

– freiner l’impulsivité en exigeant de la réflexion, de la concentration ;

– consolider les connaissances de base par des exercices d’entraînement ;

– inviter les élèves à rendre explicites, par le moyen de codes différents, leur démarche et leur lecture du réel ;

– différer l’apprentissage mais revenir sur les acquisitions nécessaires ;

– reprendre l’apprentissage à son point de départ en modifiant les situations, en introduisant des supports très concrets, en multipliant les manipulations ;

– aider l’élève à faire émerger ses représentations existantes pour qu’il puisse les reconnaître, les rejeter comme inefficaces, et lui donner ainsi tous les moyens de les corriger ;

– donner des exercices de consolidation de complexité croissante.

 

Ces quelques pistes concernent potentiellement toutes les disciplines en invitant à une réflexion et à des modalités d’actions relatives à la place de l’erreur, nécessaire et formatrice pour les apprentissages.