En bref
L'enseignement supérieur américain reste très inégalitaire
Les universités américaines n'ont pas progressé ces deux dernières années en matière d'ouverture sociale. Les Etats-Unis arrivent en 7ème position pour l’accès à l'enseignement supérieur (devant la France) et au 15ème rang pour la réussite universitaire, sur la trentaine de pays étudiés dans le rapport Measuring Up 2008. Facteurs déterminants ? L'origine ethnique et le revenu bien sûr, mais aussi l’Etat de résidence.
Alors que 73% des jeunes Américains blancs entrent à l'université après l'obtention du high school diploma (diplôme délivré après les quatre années de lycée), seuls 58% des Hispaniques et 56% des Noirs Américains poursuivent des études supérieures.
Retour sur le système de l'enseignement supérieur américain, vu de l'ambassade de France aux Etats-Unis (Washington DC). Un texte signé Florence Barnier et Pascal Delisle.
Cinquième rapport biennal publié en décembre 2008 par le National Center for Public Policy and Higher Education, association à but non-lucratif basée à San Jose en Californie, Measuring Up 2008 dresse un bilan démographique précis de l'enseignement supérieur aux Etats-Unis.
L'analyse est réalisée Etat par Etat, ce qui permet d'avoir une vision à la fois exhaustive et comparative des évolutions observées sur les deux dernières années.
Des progrès timides par rapport aux autres pays développés
Si de manière générale des progrès ont été réalisés en matière d'accès à l'éducation supérieure pour les diplômés de l'enseignement secondaire, ces progrès restent timides comparés à ceux des principaux pays développés ou émergents.
Ils sont de surcroît partiellement atténués non seulement par la diminution depuis une quinzaine d'année de la proportion d'adultes suivant une formation supérieure, mais aussi à terme par la diminution de la proportion des jeunes américains achevant avec succès leurs études secondaires.
Les Etats-Unis en 7ème position sur l’accès à l’enseignement supérieur
Concernant l'accès à l'enseignement supérieur, les Etats-Unis n'arrivent aujourd'hui qu'en septième position (cinquième position en 2006) pour ce qui est du taux des jeunes de 18 à 24 ans inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur, avec 34% (35% en 2006), loin derrière la Corée en tête avec 53%, mais toujours devant la France avec 31%.
De la même façon, les Etats-Unis n'ont réalisé que très peu de progrès en termes de réussite universitaire. En effet, ils n'occupent que le quinzième rang parmi les 29 pays recensés quant à la proportion des jeunes âgés de 18 à 24 ans inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur obtenant un diplôme universitaire une année donnée, avec 18% (en progrès d'un point depuis 2006), loin derrière la France avec 23%.
Le pourcentage de diplômés du supérieur est stationnaire
La résultante de ces évolutions est claire : si l'on compare la génération des 35-64 ans avec celle des 25-34 ans, le pourcentage de diplômés du supérieur est stationnaire aux Etats-Unis avec 39% alors qu'elle a augmenté -souvent fortement- dans les 29 autres pays étudiés, reléguant les Etats-Unis du second au dixième rang du classement, alors que la France occupe la 8ème place avec 41%.
L'inquiétude américaine face à ces tendances est bien résumée par Arne Duncan (le Secrétaire à l'Education choisi par Barack Obama) lors de son audition devant le Sénat le 13 janvier 2009 : "The nations that out-teach us today will outcompete us tomorrow".
L’origine ethnique des étudiants, un facteur discriminant pour l'accès...
Selon Measuring up 2008, ces résultats mitigés trouvent leur explication dans les nombreuses et profondes disparités raciales, financières et/ou géographiques face aux études supérieures.
En effet, si au cours des trente dernières années les inscriptions universitaires ont augmenté au sein de toutes les catégories de la population américaine, les écarts relatifs à l'appartenance ethnique et sociale persistent voire s'aggravent.
Ainsi, alors que 73% des jeunes Américains blancs entrent à l'université après l'obtention du high school diploma (diplôme délivré après les quatre années de lycée), seuls 58% des Hispaniques et 56% des Noirs Américains poursuivent des études supérieures.
... et la réussite universitaire
L'origine ethnique constitue non seulement un facteur discriminant en termes d'accès à l'enseignement supérieur mais aussi en termes de réussite universitaire.
En effet, 59% des jeunes Blancs obtiennent un bachelor sur une période de six ans d'études, alors que 47% des jeunes d'origine hispanique, 41% des jeunes Afro-américains et 39% des Amérindiens en font de même.
Les chances d'intégrer un cursus universitaire sont aussi très étroitement liées au revenu des familles. Si, après obtention du high school diploma, 91% des jeunes issus de familles aux revenus les plus élevés (>100.000$) intègrent l'université, seuls 78% des jeunes issus de familles à revenu moyen (entre 50.000$ et 100.000$) y parviennent. Ce pourcentage chute à 52% pour les jeunes issus des familles les plus défavorisées (entre 0 et 20.000$).
Des écarts importants selon l’Etat de résidence
Les statistiques présentées dans le rapport attestent également d'écarts importants en termes d'accès à l'enseignement supérieur et de réussite universitaire des étudiants selon leur Etat de résidence.
Ainsi, alors que 50% des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans sont inscrits à l'université dans l'Etat du Rhode Island, seuls 18% des jeunes de cette tranche d'âge sont étudiants en Alaska.
Autre exemple évocateur des disparités existantes entre les états, un élève de seconde scolarisé dans le Massachusetts a 17% de chances supplémentaires d'entrer à l'université qu'un élève de seconde dans un lycée situé en Californie.
Un défi de taille pour Obama
Ces disparités affectent négativement la capacité structurelle du système d'enseignement supérieur américain à soutenir la compétitivité globale du pays. C'est donc à une action forte et transversale qu'appellent les conclusions du rapport Measuring Up 2008 si les Etats-Unis veulent pouvoir assurer leur dynamisme économique et leur place dans le monde.
L'administration Obama a pleine conscience des défis qui se présentent à elle et va devoir mettre en place une politique forte en ce sens, dans un contexte budgétaire difficile, et bien entendu dans le respect des compétences des Etats fédérés.
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29.01.09
Aller plus loin
« Yes, we can ! ». Une fois à la Maison Blanche, quelle politique Barack Obama va-t-il proposer pour le secteur de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis ? Dans tous les cas, les relations de son pays avec les universités du reste du monde devraient prendre un nouveau cap, après huit ans sous la mandature de G. W. Bush. La communauté éducative américaine en France, que nous avions interrogée au lendemain de l'élection d'Obama, laisse entrevoir les changements à venir. Echanges académiques, prêts aux étudiants, frais d’inscription… Autant de dossiers sur lesquels il s’est exprimé pendant la campagne.
A quelques jours de l'investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009, à la Maison Blanche, le mandat du président américain G.W. Bush est loin de faire l'unanimité, y compris dans l'enseignement supérieur. L'arrivée du Congrès démocrate a tout de même permis quelques avancées, notamment sur les aides fédérales ou les prêts étudiants. Un bilan en demi-teinte vu de l'ambassade de France aux Etats-Unis (Washington DC). Un texte signé Estelle Bouzat.
Fortement touchées par la crise économique, certaines universités américaines devraient néanmoins s'en sortir mieux que d'autres : les « for-profit colleges ». Moins chères que les établissements privés « non profit » pour les étudiants, ces universités privées « à but lucratif » sont bien équipées pour faire face à la récession, à l'heure des coupes budgétaires dans les établissements publics. Emplois du temps flexibles, formations en ligne, localisations pratiques et soutien personnalisé... autant d'atouts qui séduisent de plus en plus d'étudiants. Retour sur ce type d'établissement américain particulier, le « for-profit college » en temps de crise, vu de l'ambassade de France aux Etats-Unis (Washington DC). Un texte signé Pascal Delisle, attaché culturel, et sa collègue Isabelle Schöninger.
Les finances des universités américaines sont au plus bas. La prestigieuse université d'Harvard prévoit ainsi une diminution de son capital de 30%, soit près de 10 milliards d’euros. Avec elle, l'ensemble des universités américaines est touché de plein fouet par la crise financière et économique. Les frais d’inscription et de scolarité ont enregistré en octobre 2008 une hausse allant de 4,5 à 6,5% par rapport à la rentrée précédente. Endettés pour les deux tiers d'entre eux, les étudiants américains voient s'accumuler les difficultés. Retour sur le paysage complexe de l'enseignement supérieur américain en temps de crise, vu de l'ambassade de France aux Etats-Unis (Washington DC). Un texte signé Pascal Delisle, attaché culturel, et sa collègue Florence Barnier.
Le système universitaire de Californie est durement touché par la crise économique. L'université américaine Caltech a ainsi annoncé près de 100 licenciements et un gel des embauches pour certains postes encore non occupés. Cet établissement privé tire 30% de ses financements directement des retours sur investissement et des donations. D'autres universités telles que University of Southern California et Stanford University ont également dû se résoudre à prendre des décisions similaires. Retour sur la situation d'une université californienne en temps de crise, vu de l'ambassade de France aux Etats-Unis. Un texte signé Camille Arnaud.
La crise du 11 septembre avait provoqué une chute importante du nombre d'inscriptions d'étudiants étrangers dans les universités américaines. Le rattrapage amorcé depuis semble déjà s'essouffler, selon le rapport 2009 du Council of Graduate schools. Retour sur la faible internationalisation de l'enseignement supérieur américain et son évolution récente, vue de l’ambassade de France à Washington. Un texte signé Grenadine Reverand et Marion Bruley.
Le dispositif d’ouverture sociale des universités américaines est-il transposable à la France ? Une étude récente de la French-American Foundation apporte sa contribution au débat. L’exemple des « Percentage plans » au Texas et en Californie offre des pistes intéressantes mais qui nécessitent d’être adaptées à la situation hexagonale. Educpros propose ce rapport en exclusivité dans sa version pdf.













Commentaires
marcd - 30-01-09 14:09
Un article qui est un domèle d\'objectivité, de connaissance des Etats-Unis et des systèmes de bourse. Quelques citations :
seuls 58% des Hispaniques et 56% des Noirs Américains poursuivent des études supérieures
ces progrès restent timides comparés à ceux des principaux pays développés ou émergents.
Parce qu\'entre nous, naturellement que les Etats-Unis ne sont pas le paradis de l\'égalité...sauf qu\'on ne peut aborder ce sujet qui comprend nombre de commentaires directs ou induits sans ramener le tout à la reculade française en matièrez d\'égalité des chances et au conservatisme qui tue toute initiative sauf les quelques spectacles médiatiques pour faire semblant de \"jouer social\"...
Je ne critique naturellement pas le fonc de l\'article ni sa tournure mais le manque de comparaison car je préfère de loin des progrès médiocres et même limités à des reculades significatives et durables.
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