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Le n°1 J-C Rochet
Recherche en éco-gestion : un nouveau classement des écoles et universités
Mesurer la qualité de la recherche en économie et gestion dans les écoles de commerce et les université françaises : telle est l’idée de départ de Jean-Michel Courtault, professeur d’économie à Paris 13. Il a réalisé un classement des établissements à partir des citations des articles des professeurs qui les composent.
Connaissez-vous Jean-Charles Rochet (Toulouse 1), Patrick Rey (Toulouse 1), André de Palma (ENS Cachan) ou Bruno Solnik (HEC) ? Ces professeurs « stars » figurent dans le carré de tête des meilleurs enseignants-chercheurs en économie ou gestion exerçant en France, d’après une étude de Jean-Michel Courtault, professeur à Paris-13, parue au mois d’avril 2010 dans « The journal of socio-économics » (1).
Pour établir ce classement, Jean-Michel Courtault a utilisé le logiciel Publish or Perish édité par Harzing. Celui-ci permet de définir, pour chaque enseignant, le nombre de publications et leur nombre de citations. Il utilise pour cela Google Scholar, moteur de recherche qui recense l’ensemble des productions académiques : articles scientifiques, chapitre d’ouvrages, manuels, documents de travail... Jean-Michel Courtault a aussi sondé, en complément, la base de données Scopus.
Un palmarès des écoles de commerce et des universités françaises (départements de gestion ou d'économie) a donc été réalisé sur cette base bibliométrique, à partir de l’activité des professeurs permanents. « Par rapport à un classement basé sur les articles parus dans les revues à comité de lecture, nous pouvons être moins restrictifs et plus objectifs, en analysant tous les types de productions », remarque Jean-Michel Courtault.
Citations sur Google Scholar
Ces tableaux sont riches d'enseignements. Tout d’abord, ils montrent que les meilleures écoles de commerce (Hec, Essec, Edhec, ESC Toulouse) tiennent largement la route face aux meilleures universités. « Il s’agit là d’une évolution très importante. Il y a encore dix ans, ces résultats auraient été très différents », remarque Jean-Michel Courtault. L’Insead (Fontainebleau), ovni dans l’enseignement supérieur français, apparaît de loin comme la meilleure institution française, suivie par les équipes de la Toulouse School of Economics (Toulouse 1). Mais le tableau réserve aussi des surprises, comme la place de l'ESCP-Europe, en numéro 20. En revanche, "une école post-bac comme l’Ieseg (Lille, 55ème), s’en sort de façon très honorable », note Jean-Michel Courtault.
Cette étude permet aussi de prendre la mesure du retard français dans ces disciplines. Jean-Michel Courtault remarque, dans son article, que les meilleures business schools américaines rassemblent un taux de citations incomparablement plus élevé que les meilleures institutions françaises. « La recherche reste beaucoup plus innovante et active aux Etats-Unis. Pour la France, le fossé reste énorme. Rejoindre ce niveau semble pour le moment hors d'atteinte », remarque-t-il.
Paris, Toulouse et Aix-Marseille
En outre, le classement global (en pièce jointe) montre que les professeurs qui publient le plus sont regroupés dans les meilleures écoles de commerce, tandis que dans les universités, la répartition est plus équilibrée, à l’exception du cas de Toulouse-1. « Un enseignant-chercheur qui change d’université ne gagnera pas beaucoup plus, tandis que les écoles les plus riches peuvent attirer les meilleurs grâce à de hauts salaires », explique Jean-Michel Courtault.
Enfin, il ressort de cette étude que la recherche en économie et gestion est très concentrée dans trois zones : Paris, Toulouse, Aix-Marseille. Et qu'à l'université, les "économistes" sont bien plus actifs que les "gestionnaires". Ainsi, dans le "top 20" des meilleures institutions, on compte onze départements d'économie contre... deux départements de gestion.
(1) « Research in economics and management in France : A bibliometric study using the h-index », The Journal of Socio Economics, Jean-Michel Courtault, Naila Hayek, Eric Rimbaux, Tong Zhu (2010).
Comprendre le classement
> Le classement n’a pas été simplement élaboré en fonction du nombre brut de citations des articles. Il est constitué à partir de « l’indice h » des professeurs permanents, un indicateur inventé en 2005 par Jorge Hirsch. Son principe ? Un professeur dispose d’un « indice h » égal à 5 s’il a publié au moins 5 articles et que chacun d’entre eux a été repris au moins 5 fois. Le fossé entre un « h » de 4 et un « h » de 5 est donc très important. « Par rapport au nombre de citations, l’indice h permet d’apporter un élément qualitatif et prendre en compte l’impact d’un travail de recherche. Nous estimons que plus les travaux sont de bonne qualité, plus ils seront cités », raconte Jean-Michel Courtault.
> Pour départager les professeurs qui auraient le même indice h, l’«indice g » (Léo Egghe, 2006) a été utilisé. Il valorise, dans le cadre de l’indice h, les articles qui ont été cités le plus de fois.
> Enfin, pour évaluer une école ou un département universitaire, Jean-Michel Courtault a calculé le « h des h ». Une école a « h des h » de 4 si elle possède au moins 4 professeurs qui ont publié au moins 4 articles repris chacun au minimum 4 fois. Les institutions sont classées selon leur « h des h », puis leur « g des g » en cas d’égalité. Les ex-æquo sont départagés en fonction du nombre de professeurs, la meilleure institution étant celle qui arrive au même résultat avec moins d’enseignants. L’enquête de Jean-Michel Courtault a été réalisée en 2008.
Les 20 meilleures institutions en économie ou gestion
L'ensemble du classement (165 écoles ou départements universitaires) est disponible en pièce jointe.
Rang | Noms | Institutions | Documents | Citations | h des h | g des g | Profs Permanents |
1 | INSEAD | Ecole | 4420 | 76270 | 13 | 36 | 121 |
2 | Toulouse 1 | Fac-Eco | 3068 | 20866 | 10 | 22 | 64 |
3 | HEC | Ecole | 2031 | 13948 | 9 | 20 | 106 |
4 | Paris 1 | Fac-Eco | 3001 | 11404 | 8 | 18 | 112 |
5 | ESSEC | Ecole | 2003 | 10200 | 7 | 18 | 106 |
6 | Paris 10 | Fac-Eco | 1638 | 6879 | 7 | 15 | 55 |
7 | Edhec | Ecole | 913 | 10168 | 6 | 15 | 74 |
8 | Strasbourg 1 | Fac-Eco | 818 | 3161 | 6 | 12 | 30 |
9 | Aix-Marseille 2 | Fac-Eco | 1036 | 3222 | 6 | 12 | 49 |
10 | Paris 9 | Fac-Gest | 1026 | 4954 | 5 | 14 | 63 |
11 | Paris 9 | Fac-Eco | 917 | 3785 | 5 | 11 | 59 |
12 | ESC Toulouse | Ecole | 733 | 4510 | 5 | 11 | 64 |
13 | Lille 2 | Fac-Eco | 362 | 1965 | 5 | 10 | 15 |
14 | Paris 11 | Fac-Eco | 459 | 2166 | 5 | 10 | 18 |
15 | Paris 13 | Fac-Eco | 651 | 2044 | 5 | 10 | 36 |
16 | Paris 2 | Fac-Eco | 600 | 1720 | 5 | 10 | 38 |
17 | EM Lyon | Ecole | 581 | 2184 | 5 | 10 | 76 |
18 | Lyon 2 | Fac-Eco | 919 | 1719 | 5 | 9 | 61 |
19 | Grenoble 2 | Fac-Gest | 689 | 1725 | 5 | 9 | 76 |
20 | ESCP-Europe | Ecole | 772 | 2143 | 5 | 9 | 113 |
Les 10 meilleurs professeurs en économie ou gestion
Rang | Nom | Institution | Indice h | Citations |
1 | Jean-Charles Rochet | Toulouse 1 (éco) | 29 | 3457 |
2 | Luk Van Wassenhove | Insead | 28 | 3151 |
3 | Bruno Solnik | HEC | 26 | 3374 |
4 | Patrick Rey | Toulouse 1 (éco) | 26 | 3080 |
5 | Erin Anderson | Insead | 24 | 4969 |
6 | Helmuth Cremer | Toulouse 1 (éco) | 24 | 1791 |
7 | André De Palma | ENS Cachan (gestion) | 22 | 2718 |
8 | Christian Gollier | Toulouse 1 (éco) | 22 | 2226 |
9 | Paul Kleindorfer | Insead | 22 | 1752 |
10 | Florencio Lopez-de-Silanes | Edhec | 20 | 7266 |
04.06.10
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Commentaires
Jessica - 08-06-10 14:48
@ Bloomsbury : une université peut apparaitre deux fois car sont classés à la fois les départements d'économie et de gestion. Autre point : dans le classement que nous présentons, l'économie et la gestion ne sont pas mélangés ! Certes, le classement global les interclasse, mais rien ne vous empêche de comparer les départements de gestion ou d'économie entre eux. Et les écoles recrutent des professeurs issus de ces deux disciplines, comme me l'a fait remarquer le chercheur qui a réalisé ce classement.
Comme je l'ai indiqué dans l'article, le travail de Jean-Michel Courtault date de 2008, et même s'il a été publié dans une revue il y a quelques semaines, les choses ont sans doute un peu changé.
@Seb Jean-Michel Courtault a utilisé Google Scholar et Scopus... Des outils bien sûr imparfaits, à utiliser en complément d'autres méthodes d'évaluation !
Jessica - 08-06-10 14:47
@ Bloomsbury : une université peut apparaitre deux fois car sont classés à la fois les départements d'économie et de gestion, de façon séparée. Autre point : dans le classement que nous présentons, l'économie et la gestion ne sont pas mélangés ! Certes, le classement global les interclasse, mais rien ne vous empêche de comparer les départements de gestion ou d'économie entre eux. Et les écoles recrutent des professeurs issus de ces deux disciplines, comme me l'a fait remarquer le chercheur qui a réalisé ce classement.
Comme je l'ai indiqué dans l'article, le travail de Jean-Michel Courtault date de 2008, et même s'il a été publié dans une revue il y a quelques semaines, les choses ont sans doute un peu changé.
@Seb Jean-Michel Courtault a utilisé Google Scholar et Scopus... Des outils bien sûr imparfaits, à utiliser en complément d'autres méthodes d'évaluation !
Bloomsbury - 08-06-10 00:10
Effectivement mélanger l'économie et la gestion est une autre aberration. L'économie étant un domaine bien plus large en termes de nombre de chercheurs, il est normal que les départements d'économie "produisent" plus de citations.
Quant à SciencesPo, le gros problème vient du fait qu'à vrai dire très peu de chercheurs publient sous le nom de sciences po. La plupart le font sous le nom des centres de recherche de l'institution (ex: l'OFCE, le CSO). Le tout nouveau département d'économie de Sciences Po (seulement 10 professeurs comme l'atteste la ligne correspondante du classement !) n'en est qu'à ses balbutiements et fait une belle performance pour une si petite taille. Mais effectivement il ne faut pas se leurrer, Sciences Po se lance à peine dans la bataille de la recherche à haut niveau.
Seb - 07-06-10 12:10
On peut très probablement discuter le recours à Google Scholar. De plus, on aurait pu avoir recours à d'autres bases de données. Pour autant, ce classement permet de faire un état des lieux.
Par contre, je ne comprends pas l'intérêt de comparer gestionnaires et économistes. Leur situation dans les universités n'est pas du tout comparable. En caricaturant un peu on peut dire que les économistes sont plus nombreux, ont sans doute moins d'heures complémentaires, moins de formations à encadrer et moins de formation continue à assurer. Ils sont donc dans une situation plus favorable pour publier.
Je note également que la bonne place des écoles de management. Les gestionnaires y sont généralement prépondérants. La concurrence faite par ces écoles aux départements de gestion est un problème. Compte tenu de ce que j'ai évoqué plus haut les conditions de travail pour les gestionnaires y sont souvent bien meilleures qu'à l'université. Globalement, la recherche en sciences de gestion n'a donc pas à rougir de ce classement comme le laisse suggérer cet article : "Ainsi, dans le "top 20" des meilleures institutions, on compte onze départements d'économie contre... deux départements de gestion"
Philippe - 05-06-10 13:32
Vous signalez le médiocre classement de l'ESCP-Europe (20ème), mais pas le classement catastrophique de SciencesPo (32ème). Alors que Richard Descoings se compare en permanence avec la London School of Economics, qui est dans le top ten mondial, SciencesPo n'est même pas dans le top ten français...
Bloomsbury - 04-06-10 14:46
Des universités apparaissent plusieurs fois dans le classement, il y a des professeurs décédés dans le top 10 et Google Scholar est notablement connu pour etre un très mauvais indicateur des citations comparé à d'autres outils. En bref, il y a quoi mettre en question la rigueur de ce papier.
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