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PCEM1 en ligne : Grenoble 1 démocratise la première année de médecine
Exit les cours en amphi en première année de médecine. Grenoble 1 a imposé depuis 2006 une révolution pédagogique en PCEM1 en diffusant 520 heures d'enseignement multimédia sous forme de DVD, « podcastables » (MP3 et MP4) depuis cette rentrée. Le face-à-face avec les enseignants ne disparaît pas pour autant. Il est proposé en groupes plus restreints et les étudiants de troisième année officient comme tuteurs. Au-delà de la réussite technologique et du dépoussiérage pédagogique, ce dispositif a amélioré l’égalité sociale des chances entre les candidats au concours. Les officines privées de préparation au concours ont vu, elles, leurs « parts de marché » baisser.
Préparer le concours de médecine sans subir les cours magistraux et la concurrence sans pitié entre carabins ? Grenoble 1 le propose depuis trois rentrées. La première année de médecine grenobloise en version numérique a fait couler beaucoup d’encre. D’abord en mal. La pédagogie proposée à base de cours multimédia et de tutorat en petits groupes hors des amphis surpeuplés (voir encadré) était considérée par certains – en premier lieu par les parents des étudiants – comme un abandon des étudiants. La polémique a fait long feu. «On est passé d’une méthode pédagogique de masse, proche de Charlemagne, avec 1300 étudiants dans un amphi, à un enseignement tutoré de qualité », résume Daniel Pagonis, responsable du projet baptisé Med@tice.
Des enseignements sous la pression de l’évaluation des étudiants
Les résultats de l’enquête de suivi (anonyme) mise en place chaque année, depuis le début de la réforme, auprès de tous les étudiants de PCEM1 soumis à ce nouveau régime, lui donne raison. Les étudiants jugent la qualité des cours sur DVD satisfaisants à 84 %, celle du tutorat à 72 %. Les réponses des enseignants à leurs questions sont aussi notées qualitativement : de quoi stimuler les enseignants pour remettre à jour leurs Powerpoint, sonorisés par la cellule TICE de l’établissement, et ne pas oublier de faire un suivi rapproché de leurs étudiants.
Moins de prépas privées, plus d’égalité sociale
A l’origine de l’enquête, le laboratoire de statistiques TIMC (techniques de l’ingénierie médicale et de la complexité, UMR Grenoble 1/CNRS) a tiré un bilan « social » du dispositif, en comparant ses données à celles des promotions antérieures (2001-2006). Conclusion ? Après la réforme, deux fois plus d’étudiants de catégories socioprofessionnelles modestes (artisans, ouvriers, paysans, inactifs) se retrouvent en PCEM2 que pendant la période test précédente. « On est passé de 7 % à 15 % d’étudiants dont les parents ont des situations sociales défavorisées, soit 10 personnes de plus sur une promo de 160. Ce n’est pas un bouleversement, mais c’est une chance donnée à des gens qui n’en avaient aucune auparavant », commente Jean-Luc Bosson, le pilote des enquêtes de suivi.
Comment expliquer ce rééquilibrage social entre les candidats ? En 2007-2008, le recours aux préparations privées très coûteuses a baissé de 15 %-20 %. « La réforme planifie le travail des étudiants et le tutorat est très présent. Les étudiants n’ont pas le temps d’aller à la prépa privée. C’est une des raisons de l’égalitarisme. Quand une université fait son travail d’accompagnement, les étudiants n’ont pas besoin de prépas privées », constate Jean-Luc Bosson.
Pas d'angélisme
L’autocensure à l’inscription en médecine n’est pas pour autant atténuée : les profils sociologiques n’ont fondamentalement pas changé. En revanche, la proportion de bacheliers S mention mathématiques a diminué au profit des autres mentions, du même bac S. Une évolution très lente alors que l’épreuve de mathématiques a été supprimée depuis longtemps du concours.
Certains paramètres n’ont eux pas été influencés d'un iota. Une centaine d’étudiants décrochent toujours entre le premier et le second semestre de PCEM1. «Avant, on percevait que l’amphi se vidait, aujourd’hui, on le mesure très précisément. Les corrélations sont très fortes entre l’assiduité au tutorat ou le grand nombre de questions posées et la réussite au concours. Avec les notes des premières évaluations, on pourrait donner aux étudiants des conseils sur l’orientation, de façon plus précoce », analyse Jean-Luc Bosson, également enseignant de bio-statistiques.
La licence santé souhaitée par Valérie Pécresse pour la rentrée 2009 devrait à son tour bénéficier de cette nouvelle pédagogie. Les cours en ligne pour la première année d’odontologie, de pharmacie et de sage-femme sont en train d’être élaborés. Med@tice étend sa toile*.
* Les cours sont également accessibles sur l'université médicale virtuelle francophone (UMVF).
La PCEM1 en version numérique
La PCEM1 de Grenoble 1 est découpée en douze séquences d’apprentissage de quatre semaines chacune. Semaine 1 : auto-formation à partir des cours scénarisés sur le DVD. Semaine 2 : formulation en ligne des questions aux enseignants par groupe de 120-130 étudiants. Semaine 3 : réponses des enseignants aux questions et TD en amphi. Semaine 4 : tutorat par des étudiants de troisième année de médecine et QCM dans les mêmes conditions qu’au concours. Ces évaluations sont corrigées par les enseignants et les étudiants connaissent régulièrement leur classement par rapport à la promotion. Deux tuteurs encadrent 30 étudiants, ils sont payés (la moitié des 270 000 euros que coûte le dispositif leur est consacrée) et cela leur valide une unité d’enseignement.
« Les enseignants ont quatre fois plus de travail qu’avant car il faut enregistrer les cours chaque année, les remettre à jour et 1400 lecteurs leur posent des questions. A Grenoble, les autres années de médecine avaient été rénovées. Les enseignants avaient donc l’habitude d’utiliser de nouvelles méthodes d’apprentissage », explique Daniel Pagonis, responsable pédagogique de Med@tice. Une méthodologie par problème qui ne fait regretter les cours magistraux à personne. Sauf peut-être aux boîtes à concours privées. Certaines proposent désormais du coaching téléphonique…
10.09.08
Aller plus loin
100 % de documents numérisés pour 100 % des étudiants. Dominique Hasboun n’a pas attendu le slogan de Valérie Pécresse pour promouvoir l’usage des TICE à l’UPMC : tous les étudiants de deuxième et de troisième année de médecine peuvent revoir les cours suivis en présentiel sur l’ENT de l’établissement. Il y a cinq ans, ce neurologue, fan de richmedia, a inventé et mis au point - avec un développeur informatique de cette université (François Boudin) - Distens, un logiciel d’enregistrement et de mise en ligne des cours. Le déclic : la fusion entre les facultés liées aux hôpitaux de Saint-Antoine et de la Pitié-Salpétrière avec des effectifs de 2400 étudiants désormais à gérer dès la première année. Rencontre avec un des pères de Distens, également directeur adjoint pour la faculté de médecine de sa cellule TICE, Ticemed, composée de 7 personnes.
La réforme de la première année de médecine doit intervenir à la rentrée 2010-2011. Futurs médecins, odontologues, sages-femmes et pharmaciens seront regroupés pour la plupart de leurs cours au sein du même amphithéâtre. Une réforme que défend le Pr Yvon Berland, président d’Aix-Marseille 2, et président de la commission santé à la Conférence des présidents d’université (CPU).
Françoise Galland préside la nouvelle association nationale des directeurs de services des technologies de l’information et de l’audiovisuel (ANSTIA*). Cette enseignante de pharmacie cumule les fonctions de chargée de mission TICE à l’université d’Angers, de chef de projet de l’UNR Pays de la Loire et elle est aussi à l’initiative de la nouvelle université thématique de pharmacie. Une position clé qui lui permet d'être une observatrice avertie des enjeux liés aux nouvelles technologies à l’université.
16 millions d’euros seront débloqués pour installer 10 000 bornes wiFi supplémentaires dans les universités et développer les équipements pour podcaster les cours et conférences. Valérie Pécresse a détaillé, le 20 juillet 2009, le volet numérique du plan de relance annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy. Celui-ci consacrait 730 millions d’euros à l’enseignement supérieur et à la recherche pour lutter contre la crise. Sans revenir sur le slogan "100% de documents numérisés pour 100% des étudiants".











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