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Réforme du lycée : l'autonomie imposée aux élèves

Nicolas Sarkozy l’a annoncée devant les cadres de l'éducation. Xavier Darcos, le ministre de l’Éducation nationale, a enfoncé le clou le lendemain, 3 juin 2008, devant la presse. La réforme du lycée, destinée à « mieux préparer les lycéens aux études supérieures* », aura bien lieu.

Premier chantier : la nouvelle classe de seconde prévue pour la rentrée 2009. Plus généraliste, elle permettrait aux lycéens de mieux choisir leur orientation. « Entre 16 et 18 ans, on perd 150 000 élèves par an. Il faut une seconde stimulante, moins oppressante », estime Xavier Darcos. La spécialisation ne débuterait donc qu’à partir de la première. 

"Plus d’autonomie, plus de souplesse"

La classe de première, quant à elle, serait rénovée pour 2010. Le but est de se diriger vers un lycée « sans filières », « décloisonné », avec, au programme, un tronc commun et des matières « à la carte », comme à l’université. En ligne de mire : la fin de l’hégémonie de la série S, qui attire même les littéraires, sans pour autant pousser les jeunes vers les carrières scientifiques. Ce serait également la fin de « l’empilement d’options » selon Nicolas Sarkozy. Trop chères… Les emplois du temps seraient donc allégés pour favoriser le travail personnel. Aujourd’hui, les lycéens ont 36 heures de cours par semaine. « Soit 20 % de plus que dans les autres pays européens », a rappelé Xavier Darcos.

Plus d’autonomie pour les élèves, des modules personnalisés, le redoublement remplacé par des enseignements complémentaires : derrière ces idées se profile le modèle de la Finlande, qui obtient de très bons résultats en matière d’éducation. « Il est évident que nous nous inspirerons de ce qui marche ailleurs, sans pour autant copier car nous devons nous adapter à notre culture », a avoué Jean-Paul de Gaudemar, recteur de l’académie d’Aix-Marseille chargé de la réforme du lycée.

En outre, ces mesures permettraient de faire coup double et de grappiller des crédits sur les postes économisés… Ne fallait-il pas parvenir à 15 000-16 000 suppressions en 2009 ?    

Le bac en sursis  

Dernière rénovée, la classe de terminale devrait être prête pour 2011. Un an avant la nouvelle formule du bac « qui ne devrait pas être très différente de celle d’aujourd’hui », affirme Xavier Darcos. Sur ce sujet, le ministre marche sur des œufs. « Il s’agit bien de réformer le lycée et non pas le bac. Le baccalauréat est un mythe, un phénix qui renaît toujours de ses cendres. Aboutissement du cycle lycée, premier grade universitaire, c’est également un diplôme national ancré dans l’Histoire qui incarne la démocratisation de l’accès au savoir. En 1808, on recensait 31 candidats. En 2008, ils seront 500 000. Ce ne serait pas une bonne idée de le supprimer. S’il change, ce sera une conséquence de la réforme du lycée », a-t-il assuré avec ferveur. Vu le programme, on ne se mouillera pas trop en imaginant un bac plus personnalisé, laissant une plus large place au contrôle continu. En attendant… bon anniversaire.   

* Aujourd’hui, un jeune sur deux n’obtient pas de diplôme supérieur après le bac.  

A la reconquête de juin

Le ministre de l'Education a également annoncé la généralisation probable, en 2009, de ce qu’il appelle « la reconquête du mois de juin ». Autrement dit, la poursuite des cours jusqu'à la fin du mois, malgré le bac. Celle-ci a été expérimentée en 2008 dans quatre académies (Rouen, Dijon, Amiens, Besançon) et deux départements (Vaucluse et Lozère) et « marche très bien », selon Xavier Darcos. Pour motiver les élèves jusqu’au bout, les conseils de classe du troisième trimestre y ont été repoussés aux alentours du 20 juin 2008. « Le lycée coûte 250 millions d'euros par semaine, il n'y a pas de raison de perdre quatre semaines tous les ans », a-t-il argumenté. Les économies sont toujours au programme du ministère.

Virginie Bertereau

03.06.08

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Commentaires

  • Viviane Micaud - 07-06-08 16:42

    La théorie du lycée unique s\'appuie autant sur la réalité des modes d\'apprentissage humains que les théories de la méthode globale et de révolution copernicienne de l\'enseignement. (C\'est à l\'enfant de deviner les savoirs). Il y a deux petits problèmes d\'applications. Premier problème : \"on ne peut pas aller en Deuxième Année de Chinois après une première Année d\'Espagnol\" et vice-versa. Pour pouvoir tirer bénéfice d\'un cours il faut avec des bases et une capacité d\'apprendre. Grosso-modo c\'est comme une maison. Si on construire des murs sur du sable sans fondation cela s\'écroule. La 2nd indifférenciée a toujours été du \"pipeau\", parce en fonction du choix des options de 2nd, certaine filière de 1ière seront interdites, mais on avait pas le droit de le dire. Après des années d\'hypocrisie totale, voici ce que dit la brochure ONISEP de \"après la 3° 2008) p17. \"Officiellement, aucun n\'enseignement n\'est exigé pour accéder à telle ou telle classe de 1ère\" et plus loin \"avoir suivi certains enseignements peut favoriser l\'accès à certaines de première et Terminale, constitue une préparation à certains bacs.\" C\'est clair, vous pouvez demander n\'importe quelle filière après la 2nd, mais le conseil de classe qui juge vos capacités à suivre la classe de 1ère vérifiera que vous avez bien les acquis ou la capacité de récupérer les acquis.\" Un élève lambda à du mal aujourd\'hui en 1ES quand il n\'a pas suivi l\'option SES, mais les enseignants n\'ont pas droit de le dire. Dans les lycées sérieux (le mien), ils donnent des devoirs à faire pendant les vacances.
    Deuxième problème d’application, les mathématiques et toutes la partie logique des sciences n\'est pas accessible de la même manière à tous. Il y a des gens qui développent une compréhension des formules mathématiques et d\'autres qui n\'arrivent pas à y mettent du sens. Or les maths fonctionnent par acquis successibles. Déjà la suppression de 2nd A (seconde littéraire qui existait avant la pseudo 2nd indifférenciée) a créé de la souffrance chez les personnes extrêmement brillante intellectuellement sachant jouer avec des mots et ayant une facilité déconcertante à apprendre les langues, mais qui restaient cois devant une équation du deuxième degré. Cet élève aurait pu être un grand écrivain, s\'il n\'avait pas passé un an à voir sur son bulletin en face de Math \"élève en difficulté\" . Par ailleurs, à cause de cette volonté de mélanger les littéraires complets et les autres que le niveau de math de 2nd a baissé. Ce que je veux dire oui, les mathématiques et sciences sont utiles à tous, mais pas les mêmes. On créera de la souffrance chez ceux qui ne peuvent pas suivre, et on baissera le niveau de manière drastique. Or, le monde va connaître des mutations sans précédents dans les décennies qui viennent : fin du pétrole et réchauffement climatique. Il faut des scientifiques capables de gérer ses défis. Ce n\'est vraiment pas le moment de faire des expériences pédagogiques basées sur le mythe de l\'élève uniforme. Darcos serait d\'autant plus condamnable que cela a déjà été tenté sur le primaire et cela a été une catastrophe. Il ne peut méconnaître la capacité des doctrinaires de l\'éducation nationale à nier les réalités.
    Si on ne veut pas mettre danger l\'économie française en ne donnant pas les bases dès le lycée aux scientifiques, il faut 3 options : math, math de connaissances générales, math pour maîtrise des problèmes simples, et mathématiques avancés. Bien sûr, seuls ceux de la dernière option auront une chance de réussir une filière scientifique en université. Mais dans ce cas, l’histoire de bac unique serait du « pipeau ».

  • BH - 04-06-08 16:29

    Sans doute une bonne idée ! On peut imaginer un Bac U comme Unique et préparant mieux les élèves à l\'entrée à l\'Université. Les cours magistraux n\'ayant plus beaucoup de sens actuellement (une bonne vidéo ou un bon diaporama commenté et interactif peut les remplacer). Par contre, des séances mettant en oeuvre des activités diverses et variées, en effectifs réduits, dans différents domaines (sciences type main à la pâte et TPE - sciences humaines, économiques et sociales - Littérature française, étrangère, régionale - Arts généralisés). Quant à l\'enseignement des mathématiques, peut-être serait-il souhaitable qu\'il se transforme en mathématiques appliquées avec utilisation plus généralisée des outils informatiques.
    Quant aux options, elles apparaîtraient sans doute comme des enseignements complémentaires ou d\'approfondissement dans un domaine choisi par les élèves.

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