
Percer le plafond de verre, ça s’apprend
Prendre confiance en soi, lever les obstacles pour progresser… Ce sont les grandes thématiques des programmes de formation pour femmes qui oscillent entre cours théoriques et exercices pratiques, coaching et « networking ». Pourseformer lève le voile sur ces stages réservés aux femmes, et vous donne la parole.
Passer quelques heures dans la peau d’Arnold Schwarzenegger, l’ancien acteur devenu gouverneur de Californie, c’est l’expérience vécue par Évelyne, chef de projet dans l’aéronautique, lors d’un atelier organisé par le réseau féminin PWN à l’attention de ses adhérentes. Objectif de cette métamorphose : « lever les obstacles qui nous empêchent de progresser dans notre carrière », explique cette ingénieur de 48 ans. Chacune des participantes devait imaginer la manière dont elle se conduirait si elle était un héros masculin pour s’affirmer face à ses chefs et obtenir la promotion souhaitée. « Inconsciemment, je me suis redressée, je me suis mise à parler plus fort pour faire porter mon message, à trouver les arguments de poids », poursuit l’intéressée, qui, du haut de son 1,60 mètre et avec ses 45 kilos, a pourtant su rivaliser avec l’ex-comédien. L’exercice se déroule sous les yeux des autres femmes et de l’animatrice chargées d’évaluer la performance. « En jouant, on arrive à se dépasser. On prend conscience de ce qu’il faudrait changer dans notre comportement pour arriver à notre but », note Évelyne.
« Gonflée à bloc », elle entend bien mettre rapidement à profit ce qu’elle a retiré de cet atelier : rencontrant des difficultés pour évoluer dans sa société, elle envisage une mobilité externe. Un travail de longue haleine, car passer du jeu à l’action concrète n’est pas une mince affaire. C’est pourquoi cette cadre a décidé de poursuivre ce travail sur elle-même en s’inscrivant à d’autres sessions, proposées par PWN plusieurs fois dans l’année, le soir entre 18 heures et 21 heures.
« En jouant, on arrive à se dépasser. On prend conscience de ce qu’il faudrait changer dans notre comportement »
Une offre multiple
Comme Évelyne, de plus en plus de femmes sont séduites par ces formules qui leur sont dédiées. Ce qu’a bien compris l’organisme QS en organisant, chaque année, le forum Women in leadership, lors duquel conférences, ateliers et rencontres avec des entreprises sont proposés. Fréquentée essentiellement par de jeunes diplômées, cette manifestation, implantée dans plusieurs villes du monde, va cette année s’enrichir d’une deuxième session à Londres, réservée cette fois-ci aux femmes en activité ou souhaitant reprendre un travail après s’être arrêtées pendant plusieurs années. Une initiative qui pourrait également franchir la Manche en 2009. Parallèlement, de véritables programmes de formation se mettent en place, allant plus loin qu’une simple présentation ou quelques exercices pratiques.
Nés aux États-Unis dans les années quatre-vingt-dix, ces cursus pour les femmes débarquent donc aujourd’hui dans l’Hexagone. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Diafora Consulting, un cabinet qui conseille les entreprises sur la gestion des politiques visant à promouvoir les femmes, a confié l’animation de ses sessions de formation à une Canadienne formée à ce type de pratiques dans son pays natal. Quant à la formation Women Leading Change in Global Business proposée par l’INSEAD, l’une des premières réalisée en France, elle a été initiée par Herminia Ibarra, transfuge de Harvard. La business school de Fontainebleau a, à ce jour, bâti le programme le plus ambitieux : pendant trois jours, une dizaine de femmes ayant déjà une solide expérience managériale sont réunies pour mieux comprendre comment percer le plafond de verre. Au menu, des cours classiques sur le leadership et des travaux sur des études de cas, puisés autant que possible dans des exemples féminins : le programme a notamment analysé la façon dont Vivian Cox, directrice des énergies renouvelables du pétrolier BP s’est imposée à ce poste. « Cette formation est également une occasion pour les participantes d’échanger sur leur expérience et de créer un réseau », met en avant Herminia Ibarra.<s></s>
Plus que leur contenu, la principale spécificité de ces formations réside dans le fait qu’elles ne s’adressent qu’au « deuxième sexe ».
Créer une dynamique
Moins théoriques et davantage axés sur des mises en situation, les stages d’un jour pour jeunes femmes managers, ou de deux jours (et un jour de feedback trois mois plus tard) pour cadres expérimentées (entre cinq et dix ans d’expérience), initiés par Diafora Consulting, poursuivent les mêmes objectifs : amener les femmes à comprendre les attitudes à adopter pour progresser dans l’entreprise (faire savoir ce que l’on veut, être capable de dire non…), à avoir davantage confiance en elles tout en confrontant leurs situations respectives. « Pour la plupart d’entre elles, c’est l’occasion d’une prise de conscience : les plus jeunes découvrent les modes de fonctionnement en entreprise. Elles se rendent compte, par exemple, que la compétence n’est pas un critère suffisant pour pouvoir évoluer. On leur apprend à faire le marketing d’elles-mêmes, à cultiver les réseaux. Pour les plus confirmées, on insiste sur les enjeux de pouvoir et sur les moyens à mettre en œuvre pour lever les derniers obstacles », explique Véronique Préaux-Cobti, directrice associée de Diafora Consulting. Si la dimension réseau est présente, comme à l’INSEAD, le coaching joue également un rôle très important. Sur ce modèle, des entreprises, à l’image de PricewaterhouseCoopers, Alcatel ou Accenture, sont elles aussi en train de déployer des formations en interne pour leurs salariées.
Plus que leur contenu, la principale spécificité de ces formations réside dans le fait qu’elles ne s’adressent qu’au « deuxième sexe ». Ce qui ne va pas sans poser certaines interrogations chez les participantes. « Je me souviens d’une jeune femme qui avait dû remplacer une de ses collègues au pied levé. En arrivant le jour du stage, elle se demandait pourquoi son entreprise l’avait envoyée dans ce programme. Elle craignait que ce ne soit une formation “au rabais” à laquelle elle avait droit en tant que femme », raconte Véronique Préaux-Cobti.
Véronique Subileau, 32 ans, senior manager chez Deloitte et depuis neuf ans dans ce cabinet, a participé au stage « leadership » de Diafora. Elle aussi un brin sceptique au départ, elle a pourtant rapidement revu son jugement : « Cela crée une dynamique que l’on ne retrouverait pas s’il y avait des hommes. On s’aperçoit qu’on est toutes confrontées aux mêmes difficultés. Cela crée de l’entraide, de la solidarité. Je ne crois pas que je me serais exprimée de la même manière », remarque-t-elle. « C’est aussi l’occasion de mieux comprendre comment les autres ont fait pour s’organiser, gérer leur vie privée, sans avoir renoncé à leur carrière », complète Séverine Machtelinck, 32 ans, senior manager chez PWC, qui, de retour de congé de maternité, a participé au programme interne développé par le cabinet de conseil.
«Ne serait-il alors pas plus sain de bâtir un programme pour les hommes afin de les sensibiliser à ces questions?»
Vers des programmes mixtes ?
PWC entend, par le biais de cette prise de conscience et de ces échanges, rééquilibrer la répartition de ses associés : 20 % de femmes occupent aujourd’hui ce statut quand elles représentent 50 % des effectifs de jeunes diplômés recrutés chaque année. « Ne serait-il alors pas plus sain de bâtir un programme pour les hommes afin de les sensibiliser à ces questions et faire en sorte que ceux qui sont aux commandes mettent tout en œuvre pour favoriser la promotion des femmes ?, lance, non sans provocation, Rachel Silvera, maître de conférence à l’université Paris 10, qui travaille depuis plus de dix ans sur ces questions. Ce sont eux et l’organisation de la société qui bloquent en définitive l’ascension des femmes, plus que des prétendus comportements féminins mis trop souvent en avant. » Une idée reprise par l’association HEC au féminin : elle négocie actuellement avec l’école de Jouy-en-Josas, où ont été formées ses adhérentes, l’inscription au catalogue d’un programme qui s’adresserait cette fois-ci aux deux sexes. Une petite révolution qui n’aurait sans doute pas déplu à Simone de Beauvoir…
Vous vous posez des questions sur le choix de votre formation... Venez échanger sur notre forum : http://forum.pourseformer.fr
05.03.08
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