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©Eric.Le Roux/Communication/UCBL

Les enseignants-chercheurs vont-ils bloquer les universités ?

Le mouvement de mobilisation des enseignants-chercheurs jusque là multiforme (assemblées générales, manifestations, rétentions de notes, pétitions, journée d’action, motions…) se met en ordre de marche. A partir du 2 février 2009, une grève nationale illimitée et reconductible dans les universités a été décidée par la coordination nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche qui demande le retrait de la réforme sur le décret de 1984. Le Snesup appelle lui à la grève dès le 26 janvier 2009, de même que le Collectif pour la défense de l’université. La modification annoncée du statut des enseignants-chercheurs soude une grande majorité des composantes de la communauté universitaire.

Semaine sous tension pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avant la mobilisation générale dans la fonction publique du 29 janvier 2009. Au-delà des clivages entre disciplines, et au-delà des appels à mobilisation traditionnels de certains syndicats, une grande partie de la communauté universitaire se mobilise contre la réforme du décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs. Une réforme essentielle pour Valérie Pécresse qui met en pratique un pan de la loi sur l'autonomie des universités.

Une coordination nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche a rassemblé, le 22 janvier 2009 à Paris 1, des représentants d’une bonne quarantaine d’universités, de représentants de syndicats comme l’UNSA, la CGT, la FSU, le SGEN-CFDT, l’UNEF, FSE et SUD et de collectifs comme Qualité de la Science Française et Sauvons l’Université.  

« De la droite à l’extrême gauche »  

« C’est une situation historique car le gouvernement fait l’union contre lui –de la droite à l’extrême gauche- avec ce décret qui est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il y a une myopie du système en place, comme avec Sarkozy qui jette un bidon d’essence sur le feu avec son discours sur la recherche [du 22 janvier 2009]», commente Jean-Louis Fournel, président de Sauvons l’université.

Qualité de la science française, collectif de juristes, conférence des doyens de SHS… Le mouvement de protestation contre les réformes du supérieur (décret de 1984 en première ligne mais aussi formation des enseignants, budget des universités, démantèlement des grands organismes…) a réussi à dépasser les contours traditionnels des acteurs de la mobilisation universitaire. Le ministère se dit prêt à consulter davantage. Pour l’heure, l’agenda de Valérie Pécresse affiche des rendez-vous avec des enseignants juristes lundi 26 janvier et avec QLS, vendredi 30 janvier 2009.  

"Dans la main des présidents »

Avec la modification du statut des enseignants-chercheurs, beaucoup d’enseignants se sentent attaqués dans l’essence même de leur métier. « Nous voulons rompre avec la logique du toujours plus budgétaire de la plupart des syndicats, insiste Olivier Beaud, juriste à Paris 2 et membre fondateur du collectif pour défendre l’université rassemblant des juristes. Notre message est simple : nous étions libres jusqu’à maintenant, la modulation de services renverse la hiérarchie et nous met dans la main des présidents ».

La modulation de services entre enseignement, recherche et fonctions administratives n’est pas rejetée en tant que telle par la coordination nationale. En revanche, elle refuse la dépendance induite des enseignants-chercheurs vis-à-vis du président de l’université, amené à arbitrer entre services sur un nombre d’enseignants limité, dans un budget contraint.  

« Défendre l’honneur d’une profession » 

« Ces réformes s’en sont pris à l’être de l’universitaire et les enseignants-chercheurs se sentent blessés. C’est une question d’honneur. Ils se sentent méprisés et ne comprennent pas le dédain et la vulgarité affichée du pouvoir pour la connaissance, la science et notre pratique sociale », avance Jean-Louis Fournel. « Pour la première fois, je vois mes collègues choisir les actions les plus dures ». La grève administrative avec la rétention des notes concerneraient selon la Fage, association étudiante qui s’y oppose, une douzaine d’universités (Amiens, Besançon, Lille 3, Lyon 1, Mulhouse, Orléans, Paris 1, Paris-Descartes, Paris 7, Poitiers, Rouen, Strasbourg). L'UNEF n'a pas apporté son soutien à cette ligne. La mobilisation des étudiants derrière leurs enseignants suivra-t-elle ?

Fabienne Guimont

23.01.09

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Commentaires

  • juriste49 - 28-01-09 16:18

    le principal problème soulevé par ce décret est la multiplication du nombre d\'heures que devront faire les enseignants s\'ils se consacrent peu à la recherche. Il faut savoir que pour 1h de cour, 5h de préparation sont approximativement nécessaires. Si l\'on doit multiplier le nombre d\'heures de cour a faire, alors le temps réservé a la recherche sera introuvable!
    Les enseignants, au lieu d\'avoir un cour alimenté par leurs recherches, n\'auront le temps d\'élaborer que des syntheses de cours \"piochés\" par ci par là dans les livres... Or, les recherches des enseignants juristes est indispensables à l\'évolution de notre droit. Ce ne sont pas les députés qui sont réellement compétents dans ce domaine... Il ne faut pas oublier que c\'est principalement Jean Carbonnier, professeur de droit, qui a été l\'inspirateur de nombreuses réformes du droit de la famille au XXe siècle...
    Et si l\'on va jusqu\'au bout de ce raisonnement, ceux qui seront amenés à ne faire que de la recherche n\'enseigneront plus... Parce qu\'il ne faut pas perdre de vue que les agrégés se réjouissent de cette réforme et du fait qu\'ils pourront déléguer leurs heures de cours! Or, ces personnes doivent enseigner!! Ce sont principalement leurs recherches qui seront intéressantes pour nourrir leur cour et parallèlement, donner un enseignement de meilleure qualité aux nouveaux juristes!
    Si tel n\'est plus le cas, on aboutira alors non pas à un enseignement digne de la faculté, mais à un enseignement de type lycée... l\'université s\'apparenterait alors à un post-lycée et non plus a une enceinte où l\'enseignement nourri de recherches tient normalement sa place.
    En outre, il ne faudrait pas oublier que l\'on veut toucher au statut des enseignants-chercheurs alors qu\'un principe fondamental reconnu par les lois de la République reconnait leur indépendance! Ce principe, faisant pleinement partie de la Constitution est mis à mal par ce décret...

  • jgs64110 - 26-01-09 12:14

    C\'est quoi le problème ? La reconnaissance dans le statut de l\'enseignant-chercheur de son activité pédagogique ? De son implication administrative ?
    Que propose-t\'on ? Que des personnes, et il y en a beaucoup, qui \"zappent\" leur devoir de recherche (en principe un mi-temps !) pour s\'enrichir dans des institutions d\'enseignement... souvent privées puissent continuer à le faire en toute quiétude ? Ce faisant, servent-ils le service public ? Qu\'en serait-il de la qualité de leur enseignement s\'ils y consacrait un peu plus de temps qui leur est par ailleurs payé par l\'état ? Pour les préparations. pour le suivi des élèves.
    Sans doute le décret sur l\'enseignant-chercheur mérite des clarifications et des améliorations. J\'en vois quelques uns d\'essentielles : la finalité des indicateurs de performance des enseignants-chercheurs ; les modalités de leur valorisation (qui soit dit en passant, ne sont déjà pas si mal selon moi) ; les modalités de \"retour\" à la recherche pour quelqu\'un qui se serait consacré à l\'enseignement ou à l\'administratif quelques temps...

    Mais cela justifie-t\'il les \"blocages\" qu\'on nous annonce ?
    Pourquoi ne pas changer nos modes de (ré)actions : proposer avant de faire la grève. Pas plus tard que jeudi dernier, Mme Pécresse a montré qu\'il y avait place pour l\'ouverture en reconnaissant au CNU un rôle dans le pilotage et l\'arbitrage du dispositif d\'évaluation de l\'enseignant-chercheur. Plus qu\'un simple geste : une nouvelle manière de faire. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour proposer ?

    Dernier point. J\'ai assisté à l\'une de ces AG qui devaient définir les modalités d\'action. Ce que j\'en ai retiré, c\'est 3 points :
    1. Le risque d\'arbitraire, voire de \"clientélisme\" (ces mots ont bien été prononcés) des Présidents d\'universités inquiètent .
    2. Le décret doit être purement et simplement retiré.
    3. \"Pour que les revendications avancent, on ne peut pas faire autrement que la grève (des notes en l\'occurrence). ça a toujours été comme ça : si on ne fait pas ça, on se moque de nos revendications.\"...

    Concernant l\'arbitraire, le clientélisme, comment ne pas s\'étonner ? On parle de personnes élues, dont les décisions sont soumises au CA des universités, dont les membres sont eux-mêmes élus pour l\'essentiel. Ces personnes ont a rendre compte tous les 4 ans et une seule fois car, de toute façon, après 8 ans, on change. Et quid de la procédure de recours qui semble se dessiner avec l\'implication du CNU ? Cela ne vaut-il rien pour \"personne\" ?

    Concernant le retrait pur et simple du décret. Faut-il donc renoncer à toutes les propositions déjà faites et dont , pour certaines, les détracteurs du décret eux-mêmes disent qu\'ils pourraient être favorables ? A nouveau, pourquoi ne pas procéder simplement à l\'amélioration des points le nécessitant ? Comme cela se fait sur la question de l\'arbitrage ? Et si on ne fait pas ça, comment faire pour que toute proposition du Ministère ne subisse le même sort chaque fois, au prétexte qu\'elle pourrait nécessiter des clarifications, des améliorations ? Les demandeurs du retrait n\'ont-ils pas d\'autre(s) démarche(s) à proposer que ce \"tout ou rien\" ?

    Concernant la grève comme modalités d\'action \"incontournable\". Sur le sujet même de ce décret, quelques jours seulement avant ladite assemblée générale, le Ministère acceptait le principe d\'impliquer le CNU dans le dispositif de pilotage arbitrage. Sans grève. Comment ne pas comprendre alors que les portes sont ouvertes ? Et au moins, pourquoi ne pas chercher à le vérifier avant de lancer d\'autres initiatives ?

    Pour moi, ce projet de décret du statut d\'enseignant-chercheur ouvre des perspectives engageantes. Depuis 15 ans que j\'enseigne à l\'université, j\'entends la même litanie : \"De toute façon, que tu t\'impliques ou que tu t\'impliques pas [tâches administratives notamment], tout le monde s\'en f.. et ça ne te rapporte rien !\".
    Alors, on fait comment pour améliorer ça ?

  • finlimier - 26-01-09 09:51

    Encore une démonstration que les universitaires (et j\'en suis un) n\'aiment pas avoir un chef! Ils élisent un personnage à la tête de leur établissement mais ils ne lui reconnaissent aucune autorité! C\'est tout de même incroyable pour des personnes qui sont à BAC+25 !

  • G_pas_fini ! - 26-01-09 08:26

    L\'Université, comme toute organisation humaine, a besoin de soutiers. C\'est ainsi, on y peut rien. Personne aujourd\'hui ne conteste qu\'il faille changer le système, mais personne n\'est prêt à accepter un système qui ne vise qu\'à tolérer que les soutiers restent soutiers, parce que, tout COMPTE fait, un soutier, c\'est moins cher et plus utile qu\'un pilote expérimenté.
    Le malheur de cette armada qu\'est devenue l\'Université, c\'est que le Pacha, du haut de la passerelle du vaisseau amiral, n\'a jamais été soutier. Mme Pécresse - tout comme M.Sarkozy - sont de doux rêveurs. On ne transforme pas des marins libres en une chiourme docile au fouet de chacun des capitaines Crochet de la flotte.

    Signé, un \"jeune\" soutier qui ne méprise pas ses étudiants, qui ne bâcle pas ses cours, qui exerce des responsabilités administratives et aimerait poursuvre ses recherches, sans quoi il demande qu\'on le laisse retourner tendre ses filets dans les mers bordières, à la pêche aux collégiens.

  • grandgillou - 24-01-09 13:00

    40 années passées comme soutier à l\'université (assistant,M.A.,M.d.C.) me fondent à soumettre ces quelques réflexions:
    1- évidemment il faut faire quelque chose: combien d\'enseignants ne font plus de recherche ( un tiers, la moitié ou plus ?) et se contentent de leurs 192 h (enseignement répété au long des années qui ne demande plus aucun travail )
    2- quand comprendra-t-on qu\'il faut cesser de mépriser la partie \"enseignement\" dans la fonction enseignant-chercheur et, au contraire qu\'il faut la valoriser ? Un étudiant, du moins pour ses premières années à l\'université , a besoin de profs dignes de ce nom, qui aiment leur métier et pas nécessairement de grands chercheurs (rarement les deux fonctions sont bien remplies par une même personne). La collusion de ceux qui veulent faire perdurer une situation plus que confortable -M.d.C. à 192 h ou profs qui considèrent les étudiants comme des gêneurs, présents sur leur lieu de travail deux journées par semaine, vingt à trente semaines par an) s\'est toujours refusée à ce que cette question soit débattue et même simplement posée.
    3- évidemment les enseignants-chercheurs doivent justifier de leur activité professionnelle ( j\'ai fait cela parce que ..., ou je n\'ai pas fait cela parce que ... ) sans qu\'il soit besoin d\'une évaluation par un grand machin, CNU ou autre dont la pratique est très discutable (je connais, j\'en fus membre)
    4- toute réforme ou simplement modification à l\'université devrait avoir un seul but: l\'étudiant; l\'université est un service public à son service
    5- il y a trop d\'arrières pensées de part et d\'autre et cela me semble mal augurer des choses

    Un retraité de l\'université; et tout bien pesé, pas mécontent de l\'être.

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