En bref
Les universités américaines s'internationalisent difficilement
La crise du 11 septembre avait provoqué une chute importante du nombre d'inscriptions d'étudiants étrangers dans les universités américaines. Le rattrapage amorcé depuis semble déjà s'essouffler, selon le rapport 2009 du Council of Graduate schools.
Retour sur la faible internationalisation de l'enseignement supérieur américain et son évolution récente, vue de l’ambassade de France à Washington. Un texte signé Grenadine Reverand et Marion Bruley.
Selon le rapport 2009 du "Council of Graduate Schools" (CSG), les candidatures des étudiants internationaux aux cycles supérieurs (niveaux M et D) des universités américaines traversent une période de crise. Entre 2008 et 2009, elles n'ont progressé que de 4 % après trois années de croissance lente (+ 6% en 2007-2008 et + 9% en 2006-2007).
Le rattrapage amorcé dès 2005-2006 à la suite du choc du 11 septembre semble donc s'essouffler. Au total, le nombre d'étudiants étrangers postulant dans les 84 universités participant à l'étude CGS reste 5 % en-dessous du niveau de 2003.
3 % d’offres d’admission en moins pour les étudiants étrangers
Pour ce qui est des offres d'admission faites aux étudiants étrangers à l'issue du processus de candidature, l'évolution est plus sévère encore puisque qu'entre 2008 et 2009, elles ont diminué de 3 % et ce, pour la première fois depuis 2004.
Là aussi le processus de rattrapage semble enrayé. Après 2003, les inscriptions internationales avaient diminué drastiquement, subissant le contrecoup des mesures liées aux événements du 11 septembre 2001 : - 28% en 2003-2004 et - 5% en 2004-2005. Si la reprise avait été amorcée dès 2005-2006 avec une augmentation de 12 % du nombre d'étudiants étrangers inscrits dans les cycles supérieurs, il convient de souligner que le niveau de 2003 n'a toujours pas été rattrapé.
Ces données cachent de fortes disparités, comme la chute des inscriptions des étudiants indiens et sud-coréens (respectivement -12 % et -9 % en 2008-2009) et la forte progression de la proportion d'étudiants chinois (+14 % d'augmentation des inscriptions en 2008-2009, soit 3% de plus qu'en 2007-2008).
Les universités privilégient les candidatures américaines
D'après Nathan Bell, directeur du CSG, "l'économie mondiale a joué un rôle important dans ce qui est en train de se passer dans les universités américaines à la rentrée 2009". Les candidatures d'étudiants américains ont en effet grimpé en flèche, avec 75 % de hausse par rapport à l'année passée. C'est bien connu et confirmé par l'étude du CSG : l'intérêt pour les études de niveau mastère croît quand le marché de l'emploi est en crise.
De toute évidence, les universités semblent privilégier les candidatures américaines ce qui diminue d'autant l'offre à destination des étudiants internationaux. N. Bell défend également l'idée que les établissements ont revu à la baisse leurs critères de sélection dans le contexte actuel de crise financière mondiale.
Certains établissements sont plus touchés par cette baisse des étudiants étrangers
Cependant, tous les établissements américains n'ont pas connu la même expérience au cours de l'année scolaire 2008-2009. Le rapport du CSG montre que les établissements avec une moindre proportion d'étudiants étrangers sont les plus touchés par le tassement observé.
Alors que les 10 facultés enregistrant la plus forte proportion d'étudiants étrangers ont vu augmenter les inscriptions de 6 % en moyenne, un ensemble de 100 universités très ouvertes aux étudiants étrangers connaît une hausse de 4 % en moyenne. Quant aux établissements offrant des formations doctorales, ils ont connu une augmentation de 4 % des inscriptions d'étudiants étrangers, en comparaison avec une baisse de 1 % dans les formations de niveau master.
Des politiques pour attirer les étudiants internationaux
Dans ce contexte défavorable, les universités américaines multiplient donc les efforts pour attirer les étudiants étrangers dans les cycles supérieurs. L'école doctorale de Virginia Tech a ainsi enregistré une baisse moins significative de la part des étudiants étrangers, en particulier des sud-coréens dont les inscriptions ont augmenté de 8 %.
Ces chiffres sont le résultat d'un programme spécifique d'accueil des étudiants sud-coréens mis en place par Virginia Tech suite à la tuerie perpétrée par un étudiant sud-coréen en 2007. Quelques étudiants coréens, ainsi que leurs familles, étaient inquiets de l'accueil qui pourrait leur être réservé à Virginia Tech après cet incident. Mais cet obstacle a pu être contourné grâce au travail réalisé par l'université, démontrant ainsi l'efficacité de la mise en place par les universités de politiques d'attractivité en direction des étudiants étrangers.
Pour mémoire, environ 26 % des étudiants de mastère et de doctorat de cette université sont étrangers, la plupart d'entre eux bénéficiant de bourses de leurs pays d'origine. D'après Karen Depauw, responsable des cycles supérieurs, les étudiants étrangers non boursiers constituent le véritable enjeu de l'année universitaire 2009-2010.
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16.09.09
Aller plus loin
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