Bilan Pécresse : la mastérisation reportée et toujours chahutée
Le projet de réforme du recrutement et de la formation des enseignants, annoncé à l’été 2008, devait prendre effet à la rentrée 2009. Au fil de l’année universitaire, le gouvernement a fait quelques concessions et a reporté son application d’une année.
Sur le recrutement et la formation des enseignants, Valérie Pécresse a surtout laissé la main à son collègue de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, se contentant d’une communication commune. Et ce, dès l’annonce du projet de réforme, le 2 juillet 2008, en conseil des ministres.
Le texte initial
Il prévoit que les futurs enseignants s’inscrivant en master enseignement (M2) à la rentrée 2009, passeront en 2010 les nouveaux concours comportant des épreuves « recentrées sur la maîtrise des connaissances pluridisciplinaires ». Sous réserve d’avoir obtenu leur master et réussit le concours, les étudiants seront ensuite recrutés directement comme enseignants (à la rentrée 2010 pour les premiers concernés). Ce projet s’accompagnant d’une revalorisation substantielle des débuts de carrière des enseignants.
Très vite, la réforme est saluée dans l’esprit – le consensus se faisant peu ou prou sur la nécessité d’élever le niveau de formation des enseignants à bac + 5 (mastérisation) – mais fortement critiquée dans la méthode et le calendrier. Les universités font notamment savoir que les délais sont trop courts pour concevoir des nouvelles maquettes de master. À la mauvaise volonté, les ministres auraient répondu par une menace : si le master 2 enseignement n’est pas mis en place en 2009, alors les concours n’auront pas lieu en 2010.
Le report
Début 2009, les enseignants-chercheurs se mettent en grève et font du retrait du projet de réforme du recrutement et de la formation des enseignants, l’une de leurs revendications principales. À partir du mois de mars, plusieurs communiqués ministériels aboutiront progressivement au report, d’une année, de la réforme : les concours ne changeront pas en 2010, mais en 2011, et les masters enseignement devront être mis en place à la rentrée 2010. Mais s’agit-il d’un simple report ? Ou des aménagements sont-ils encore possibles, notamment sur la formation des lauréats au concours après le master 2 ? La confusion est totale.
Le gouvernement, qui poursuit les négociations avec les syndicats et attend les conclusions, pour le 15 juillet 2009 au plus tard, de la commission de concertation et de suivi, a choisi de présenter, fin mai, les projets des décrets régissant les nouveaux statuts des enseignants pour 2011. Un acte considéré comme un passage en force, qui a entraîné le retrait des présidents d’université de ladite commission.
22.06.09
Aller plus loin
La Conférence des présidents d'université (CPU) a suspendu, mercredi 10 juin 2009, sa participation à la commission dite « Marois – Filâtre » (désormais sans Daniel Filâtre, président de l’université Toulouse 2), de concertation sur la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. En cause : les décrets d’application de la réforme, qui coupent l’herbe sous le pied de cette instance de réflexion.
"Confusion et incohérence"... sont aujourd'hui les termes de la CDIUFM (Conférence des directeurs des instituts universitaires de formation des maîtres) pour évoquer la masterisation. La réforme a été repoussée d'un an, mais la situation n'est pas pour autant plus claire entre le statu quo annoncé pour la rentrée prochaine et les négociations en cours entre les syndicats et Xavier Darcos. Les directeurs d'IUFM déplorent depuis plusieurs mois l'absence de débat public sur la formation des enseignants. Leur Conférence, présidée par Patrick Baranger, a donc pris l'initiative d'organiser, à la mi-mai 2009, des états généraux sur ce sujet, comme l'explique ce dernier.
La réforme du lycée, dont Xavier Darcos doit annoncer ce mardi 21 octobre 2008 les premières mesures sur la classe de seconde, permettra-t-elle au ministère de faire des économies ? Le ministère de l’Education nationale s’est engagé parallèlement sur deux réformes d’ampleur – réforme du lycée et recrutement des enseignants au niveau master – qu’il veut voir aboutir dans des délais très serrés. Même s’il affirme penser les réformes « au service des élèves » pour l’une et « avec l’objectif d’améliorer le recrutement des enseignants » pour l’autre, en se défendant de les envisager dans une perspective comptable, les deux chantiers ouverts pourraient, d’après les premières hypothèses formulées, conduire à économiser de nombreux postes. En contrepartie, le ministère se "dédouane" en revalorisant les débuts de carrière des enseignants.










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