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Fundraising : les universités allemandes se professionnalisent
Encore confidentielle il y a dix ans, la fonction de fundraiser s’est imposée dans le paysage de l’enseignement supérieur allemand. Plus de la moitié de ses universités ont développé la recherche de fonds auprès des entreprises, mais aussi – phénomène nouveau – auprès des réseaux d’anciens. Une structuration progressive dans un contexte favorable au fundraising, avec l’autonomie des établissements et la politique d’excellence menée depuis quelques années. La période de crise actuelle pourrait aussi, paradoxalement, bénéficier au fundraising dans le supérieur.
« Cette fois, je me suis dit, ça y est, notre fonction est établie ! » se réjouit Caroline Mattingley-Scott, fundraiser de la Technische Universität (TU) de Karlsruhe, à l’issue du VIIe Congrès des fundraisers de l’enseignement supérieur, qui s’est tenu les 19 et 20 septembre 2009 à Francfort. Fort d’une participation record de 80 fundraisers, dont des Anglais et des Suisses, ce congrès a posé de nouveaux jalons pour une profession en structuration. « Notre profession est en train de s’organiser en réseau afin d’échanger des informations, non sur les donateurs car chacun a sa chasse gardée, mais sur les méthodes et les conditions fiscales et financières de la collecte de fonds », expose Angela Poth, secrétaire générale du département enseignement auprès de la Fédération allemande des fundraisers et elle-même fundraiser à la RWTH d’Aix-la-Chapelle.
Autonomie et excellence : les moteurs du fundraising
Autrefois coincé entre les fonctions de sponsoring et de marketing, le fundraising a gagné ses lettres de noblesse avec le processus d’autonomie des universités et l’Initiative d’excellence. Des politiques qui induisent une concurrence entre les établissements en même temps qu’elles font émerger de nouveaux besoins financiers. Par chance, elles ont aussi fait affluer les donateurs. Rien d’étonnant donc à ce que, considéré comme un instrument stratégique, le fundraising soit dans la majorité des cas directement rattaché à l’état-major du président d’université.
« Les entreprises mais aussi les particuliers, souvent d’anciens élèves, se pressent désormais à nos portes, fiers que leur alma mater soit élue parmi les universités d’excellence », se félicite Caroline Mattingley-Scott, dont l’université technique est passée d’un million d’euros de dons en 2005 à cinq millions l’année dernière. Un score qui reste modeste au regard des 120 millions du budget de financement par des tiers, mais qui s’améliore.
Et certaines universités reçoivent des apports extérieurs bien supérieurs. Emblématique à ce titre, celle de Francfort s’est transformée en fondation dotée d’un capital de départ de 32 millions d’euros, alloués par la veuve d’un banquier francfortois. Cet événement a décomplexé l’enseignement universitaire allemand concernant les financements extérieurs et encouragé le fundraising.
Les groupes industriels bâtissent de solides fondations
Munich, première université à s’être lancée dans le fundraising il y a dix ans, affine continuellement ses opérations de fundraising, principalement à destination des grands groupes industriels nationaux et bavarois. Résultat : 160 millions d’euros ont été collectés à ce jour et plusieurs chaires sont financées sur cinq, voire dix ans, par Eurocopter, Deutsche Telekom ou encore MAN. À Aix-la-Chapelle, c’est le groupe énergétique E.on qui a financé un centre de recherche sur l’énergie, ou encore Ford qui a investi dans de nouveaux bâtiments. Les carnets d’adresses de la plupart des fundraisers, principalement ceux issus des universités technologiques (TU), sont essentiellement composés de groupes industriels.
Mais pas seulement. Les industries ne sont pas les seules à abonder directement les collectes de fonds des universités. Les fondations, qu’elles émanent de grandes entreprises ou de riches héritiers, constituent la deuxième source de financement par des tiers. Et celle-ci semble plus résistante à la crise et n’est pas toujours exclusivement motivée par des objectifs de R&D. L’université de la Ruhr vient ainsi de créer le premier laboratoire de sciences humaines ouvert aux lycéens (au travers de stages pour les motiver à poursuivre des études), grâce au don de 100.000 € de la fondation Alfried-Krupp. Il y a dix ans, un institut de recherche informatique a pu être fondé grâce aux 5 millions d’euros versés par la fondation Horst-Görtz.
Prochain défi : fidéliser les « anciens »
Mais ces sources prêtes à financer amphis, labos ou chaires d’enseignement ont tendance à se tarir lorsqu’il s’agit d’octroyer des bourses individuelles. C’est pourtant aujourd’hui le deuxième pilier du fundraising universitaire, qui tente ainsi de réduire les écarts sociaux entre étudiants accentués par l’introduction des frais d’inscription.
Des Länder comme la Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont mis en place des programmes de matching fund. Cette pratique veut que le ministère de l’Éducation du Land double la mise pour tout étudiant soutenu individuellement par un sponsor. « Cela permet une identification plus forte au projet et permet de réactiver les réseaux d’anciens », remarque Angela Poth, dont l’université accorde ainsi à 150 étudiants méritants une bourse mensuelle de 300 €. Encore balbutiant, le « culte des anciens » commence à prendre pied dans les universités allemandes par le biais de telles opérations. « Cela demande néanmoins, tout comme pour les autres sponsors, beaucoup d’accompagnement et de relance », note Britta Freis. Fundraiser à l’université de la Ruhr, elle consacre plus de la moitié de son temps à ce « stewardship », le suivi des sponsors. Un investissement qui n’est cependant pas vain. À en croire Frank Friess, fundraiser à Munich, « si les donateurs veulent de plus en plus être impliqués dans les projets et être informés de leur réalisation, il arrive aussi qu’ils frappent à la porte avec de bonnes idées ».
Pour en savoir plus sur le fundraising dans les universités allemandes, consultez les tableaux du CHE (pdf).
Educpros organise le 13 octobre 2009 sa première conférence "Réussir son fundraising dans l'enseignement supérieur".
Date : Paris, le 13 octobre 2009
Lieu : Groupe l’Express - l’Etudiant - Paris 9e
12.10.09
Aller plus loin
Dopées par la loi autonomie de 2007, les universités sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la levée de fonds privés. Les fondations, partenariales ou universitaires, se créent et beaucoup sont en gestation. Une trentaine selon le ministère. Parmi les difficultés qui les attendent, le problème de la concurrence, d’autant plus aigu dans le contexte de crise économique actuel.
Jusque là exceptionnelle dans l’enseignement supérieur, la levée de fonds ou fundraising pourrait bien devenir rapidement la norme. Ecoles et universités n’ont de cesse d’accroître leurs ressources propres, qu’elles proviennent d’anciens élèves ou d’entreprises. La loi du 1er août 2003, dite loi Aillagon sur le mécénat, les y aide.
Les créations de fondations au sein des universités se multiplient depuis deux ans, mais quelles sont les bonnes pratiques en la matière ? Un Guide des bonnes pratiques en matière de fondations partenariales et universitaires a été dévoilé lors de la Ve édition de la Conférence sur le fundraising pour l'enseignement supérieur et la recherche, organisée du 11 au 12 février 2010 par l'AFF (Association française des fundraisers). La table ronde « Bonnes pratiques et facteurs clés de réussite des fondations universitaires et partenariales » s'est attachée, en conclusion, à apporter des réponses aux universités, de plus en plus confrontées à ces questionnements.









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