Interview

Isabelle This Saint-Jean, candidate PS en Île-de-France : « Il n’y aura pas que Saclay, il y aura aussi Nanterre ! »
Elle a porté la mobilisation de la communauté universitaire l’an dernier comme présidente de l’association SLR (Sauvons la recherche). Professeur à l’université Paris 13, Isabelle This Saint-Jean a choisi de poursuivre son engagement aux côtés du Parti socialiste pour les élections régionales en Île-de-France (IdF). Placée deuxième sur la liste des Yvelines, cette économiste, parisienne, veut rendre exemplaire la politique de la région en matière d’enseignement supérieur et de recherche.
Votre engagement était associatif. Il est désormais politique. Pourquoi avoir franchi le cap ?
J’ai toujours eu un engagement politique, même s’il était sectoriel, en tant que présidente de SLR (Sauvons la recherche) et même avant, en m’investissant dans les conseils centraux des universités par exemple. Mais lorsqu’on est engagé à SLR, on peut proposer et dénoncer : la politique m’offre la possibilité d’agir de manière plus large. Il s’agit de mettre en place une politique régionale dans l’enseignement supérieur et la recherche.
« Quand on entend Valérie Pécresse qui voudrait faire à l’Île-de-France ce qu’elle a fait à l’université… il faut vraiment éviter ce massacre »
J’ai tout de même beaucoup hésité. J’adore mon métier d’enseignant-chercheur à Paris 13. Mais quand on entend Valérie Pécresse qui voudrait faire à l’Île-de-France ce qu’elle a fait à l’université… Il faut vraiment éviter ce massacre. J’ai en outre le sentiment aujourd’hui que nous sommes dans un moment historique tout à fait particulier, pas seulement dans mon secteur, mais au-delà.
La région, n’est-ce pas un choix étonnant étant donné ses compétences limitées en matière d’enseignement supérieur et de recherche ?
On ne se rend pas compte de l’importance de la région dans notre secteur. Certes, nous n’allons pas réécrire la loi LRU, le Pacte pour la recherche, ou créer directement des emplois scientifiques.
Mais nous pourrons par exemple intervenir via les allocations de recherche que finance la région, ou via l’embauche de docteurs dans l’administration. 5 % du budget de l’Île-de-France sont consacrés à la recherche.
Nous pouvons aussi aller à l’encontre de la politique actuelle qui « met le paquet » uniquement sur certains pôles, en donnant notre appui aux établissements laissés pour compte. Pour nous, il n’y aura pas que Saclay, il y aura aussi Nanterre ! Les conseillers régionaux sont présents dans tous les conseils d’administration d’établissements. Il s’agit d’un poids non négligeable. La région investit dans les bâtiments... De nombreuses compétences, qui, mises bout à bout, peuvent changer le paysage des universités et des laboratoires.
Quelles sont les mesures clés que vous défendez dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche ?
La priorité, c’est d’avoir une région exemplaire dans la façon dont elle va définir sa politique, à l’inverse des méthodes gouvernementales autoritaires. Il faut créer des procédures qui permettent d’entendre et d’associer la communauté des universitaires, des chercheurs et les citoyens. Nous comptons ainsi commencer la mandature par des Assises régionales de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi revaloriser le conseil scientifique de la région, qui doit jouer un rôle majeur, même s’il est consultatif.
« La priorité, c’est d’avoir une région exemplaire dans la façon dont elle va définir sa politique, à l’inverse des méthodes gouvernementales autoritaires »
Nous allons également établir une charte des élus du conseil régional, afin qu’ils aient des lignes directrices claires lorsqu’ils seront dans les conseils d’établissement. Par exemple : refuser la précarisation des personnels et se battre pour l’emploi titulaire. Toutes ces mesures d’exemplarité permettront à la région francilienne de devenir une vitrine, utile le jour où la gauche reviendra au pouvoir.
Nous défendons aussi de nombreuses mesures sur l’emploi scientifique et la vie étudiante. Je ne peux plus supporter de voir arriver mes étudiants avec des valises sous les yeux parce qu’ils sont obligés de travailler. C’est la démocratisation de l’enseignement supérieur qui est en jeu, bien plus qu'avec la question des 30 % de boursiers dans les grandes écoles.
Isabelle This Saint-Jean réagit à l'interview de Jean-Robert Pitte
La professeur de Paris 13 a réagi sur son blog aux propos de Jean-Robert Pitte, candidat UMP en Ile-de-France. Lire son billet : Réponse à Jean-Robert Pitte, ancien président de Paris 4 et candidat sur la liste UMP
Voir les mesures sur l'enseignement supérieur et la recherche dans le projet du Parti socialiste en Île-de-France ( les pages 15 et 16 du dossier de presse).
Les grands axes :
- la vie étudiante et l'insertion professionnelle des jeunes diplômés ;
- la concertation et la transparence ;
- la recherche coopérative et la valorisation de l'innovation.
16.02.10
Aller plus loin
Il est l'une des personnalités les plus connues du milieu éducatif en France. Professeur en sciences de l'éducation à Lyon 2, Philippe Meirieu s'engage en politique aux côtés d'Europe Écologie pour les régionales en Rhône-Alpes. Ce pédagogue a fait du développement de la formation continue, des rencontres intergénérationnelles ou encore de la notion d'empreinte écologique, des priorités au sein de son programme en matière d'éducation.
Connu pour son franc-parler, Jean-Robert Pitte a présidé durant cinq ans une université parisienne emblématique : la Sorbonne Paris 4. L'auteur de Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l'université (2006) prolonge son engagement : il se présente aux élections régionales en Île-de-France auprès de Valérie Pécresse. Placé en 44e position sur la liste parisienne de l'UMP, ce professeur agrégé de géographie a une priorité : la région doit s'occuper de l'orientation des lycéens, et surtout informer les jeunes sur ce qui les attend à l'université.
Conséquence de la candidature de Valérie Pécresse à la tête de la région Ile-de-France ? La thématique « enseignement supérieur et recherche » occupe une place toute particulière dans le débat des élections franciliennes. Le parti socialiste l'a bien compris. Il a choisi comme cible prioritaire de son discours ... la ministre.
Les Assises régionales de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en Île-de-France débutent le 5 juillet 2010. Vice-présidente du conseil régional sur ces questions, Isabelle This Saint-Jean explique la démarche.

















