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Réforme du lycée : Xavier Darcos et la stratégie du cheval de Troie

Changement de stratégie au ministère de l’Education nationale. Pour réformer le lycée, Xavier Darcos a décidé de passer en douceur. A la demande du ministre, les recteurs d’académie sont actuellement en train de relancer le processus de concertation en organisant, dans les établissements, des discussions entre élèves, enseignants et autres membres de la communauté éducative. Et ceci alors que Richard Descoings, le directeur de Sciences po nommé chargé de mission lycée par Nicolas Sarkozy, a lui-même entamé, de son côté, une large concertation sur le terrain…  

Contournement de l’obstacle  

En parallèle, les rectorats incitent les lycées volontaires à mettre en place des expérimentations, dès septembre 2009, sur des points de la réforme repoussée…

Dans l’académie de Bordeaux, par exemple, les établissements qui désirent mettre en place « un accompagnement individualisé », « une semaine de bilan et d’orientation en milieu d’année », « des groupes de compétences » en langues et « des séquences de préparation à l’enseignement supérieur en fin d’année et pendant les vacances d’été » doivent se manifester avant le 20 février 2009.

Cent lycées expérimenteront la réforme Darcos

Au total, une centaine d’établissements qui auront répondu à cet « appel d’offre » seront sélectionnés. « Probablement des établissements qui fonctionnent déjà très bien et n’en ont pas besoin », avance le SNES-FSU (syndicat majoritaire dans le second degré). « Nous avons très peur que cette expérimentation serve ensuite à une généralisation », avouent les représentants des professeurs, qui estiment que le ministère « veut les contourner ». En riposte, les professeurs appellent donc leurs collègues « à ne pas mener une expérimentation qui ressemble à une mise en place anticipée de la réforme ».  

Une stratégie payante ?  

Cette stratégie sera-t-elle la bonne ? Possible, si on la compare à celle employée pour réformer le lycée professionnel. Expérimenté en 2008, le bac pro en trois ans sera généralisé en 2009, alors que les textes officiels ne sont pas encore publiés...

Pourtant elle ne sera pas simple à mettre en pratique. La difficulté à appliquer des initiatives expérimentales sur l’ensemble du territoire, le changement et le roulement des équipes dans les établissements peuvent freiner l’essaimage. Dans tous les cas, la rentrée 2010 paraît une échéance ambitieuse.

Virginie Bertereau

06.02.09

Aller plus loin










Commentaires

  • Michel Perrinel - 08-04-09 12:42

    Je suis tout à fait d\'accord avec Viviane Micaud sur les risques que représente la généralisation d\'une semaine de l\'orientation au lycée. Le processus d\'orientation est un cheminement complexe consistant à faire correspondre une représentation de soi avec une représentation d\'un métier. Tous les jeunes n\'avancent pas à la même vistesse ni au même moment. Si des temps forts peuvent provoquer des prises de conscience chez les jeunes, c\'est dans la durée que le processus s\'avère efficace. Quels objecttifs donner à une telle semaine au lycée lorsque l\'on sait que la détermination professionnelle a souvent lieu à bac +2 et qu\'une enquête publiée récemment nous informait que la majorité des étudiants en dernière année d\'école d\'ingénieur ne savait pas vers quels emplois se diriger à la sortie de leur formation ?

  • jps - 01-03-09 10:21

    Est-il possible d\'avoir les sources statistiques sur le système Finlandais fondant l\'argumentation de Mme Micaud? Nous n\'allons pas tous acheter le livre de Paul Robert. En France les données statistiques sont sur le site du ministère. En est-il de même en Finlande?
    Je pense que seule une approche scientifique, basée sur des données solides, peut permettre d\'avancer dans le débat. On n\'oubliera pas non plus les élèves et on cherchera bien sûr tous, à réfléchir au problème en essayant de trouver, ici et maintenant des solutions pour faire avancer les choses.
    Merci d\'avance.

  • Viviane Micaud - 09-02-09 18:05

    Ce n\'est pas la réforme qui est expérimentée, mais les aspects mineurs de la réforme qui faisaient, à peu près, consensus. L’articulation des cours qui consiste le fonds de la réforme sera différente que celle prévue initialement.

    Je rappelle que cette réforme a été arrêtée parce qu\'elle n\'était pas faisable dans les délais. Matériellement, tous les modules facultatifs ne pouvaient pas se faire dans tous les lycées. Aussi, il fallait, lycée par lycée, déterminer les modules proposés et les règles de cumul, former les profs principaux des collèges sur ces règles, puis informer les élèves. C\'était totalement impossible dans les délais. Par ailleurs, la nouvelle Seconde demandait plus d\'heures-enseignants par classe, elle proposait des modules facultatifs dans des matières traditionnelles qui étaient des \"nids à délit d\'initiés\" et elle décevait une grande partie des partenaires, ceux qui avaient cru au miracle du tout modulaire. Les manifestations d’étudiants n’ont été qu’un prétexte.

    Ensuite, il suffit de lire le livre de Paul Robert sur le système éducatif Finlandais, pour comprendre que le lycée finlandais, qui devait nous servir de modèle, est le point faible de l’éducation finlandaise. Le succès de la Finlande s’explique par 20à 25 élèves par classe de l’école primaire au collège, accompagné par un dispositif très performant de suivi des acquis et de soutien aux difficultés d’apprentissage. 30% des élèves sont l’objet d’une aide particulière. Une école citée aurait 7 assistants (l’équivalent de nos RASED qui sont supprimés) pour 250 élèves.
    Après le collège nous sommes clairement dans le dysfonctionnement. Par une sélection très brutale basée sur les notes de la dernière année de collège, une partie des élèves sont orientés vers l’enseignement professionnel. 5% abandonne les études à ce moment. (Il y a eu deux fusillades, perpétrées par des élèves, en 6 mois dans les lycées professionnels finlandais). Le lycée général finlandais est alors un gigantesque cocooning dont on apprend que des généralités et dans lequel on est « trié » par les maths comme dans le lycée français. Il est possible d’avoir un Bac sans math aux épreuves finales, un bac avec des maths à niveau normal ou un bac avec des maths à un niveau avancé. (L’utopie du lycée unique a été testé et abandonné au cours des années 1970). 20% des élèves font le parcours avec un an de plus que la normale, ce qui est équivalent à un redoublement. Les lycées généraux sélectionnent également sur les notes de la dernière année de collège : il y a des lycées très élitistes et des lycées très évités. Ils n’ont pas l’équivalent de nos baccalauréats technologiques qui permettent d’accéder à l’enseignement supérieur par des formations concrètes et qui servent de passerelles aux meilleurs de nos élèves de l’enseignement professionnel.

    Au sujet des expérimentations prévues pour le lycée français, l’année prochaine, l’une présente un risque.

    L\'accompagnement individualisé, les groupes de compétences et les séquences de préparation à l’éducation supérieures sont des bonnes mesures, qui peuvent être généralisées sans risque.

    Par contre, proposer une semaine à réfléchir pour l’orientation au milieu de l’année est une fausse bonne idée, à court terme. L’orientation se fait petit à petit au fur et à mesure que les jeunes acquièrent de la maturité. Elle commence au début du collège avec la connaissance des familles de métier. C’est à ce moment que se construisent les représentations aujourd’hui relativement fausses des jeunes et de leurs parents sur les métiers. Deux étapes ont une égale importance, celle de la 3ème et celle de la 2nd. Lors de l’orientation en fin de seconde 40% des élèves n’arriveront pas à se projeter comme adulte et choisiront ce qui le déplaira le moins et qui leur laissera le plus de portes ouvertes : c’est inhérent à la nature humaine (semaine d’orientation ou pas). Le danger serait de mettre des moyens disproportionnés sur cette étape aux dépens de l’ensemble du cycle d’orientation et de culpabiliser les élèves qui souhaitent garder le plus de portes ouvertes et attendre pour s’engager (ce qui est malheureusement trop souvent le cas).

    Une autre difficulté concerne les conseils qui seront donnés cette semaine. Ils sont basés sur la « représentation partagée » de ce qu’il faut faire pour bien s’orienter. Le délits d’initiés de l’orientation provient des informations incomplètes sur l’orientation (on ne prend pas en compte les débouchés sur le marché du travail, on culpabilise ceux qui veulent retarder le moment du choix parce qu’ils sont « bons élèves », on donne des informations fausses sur la manière d’accéder aux formations les plus valorisantes, on cache le coût réel des formations supérieures, on conseille de s’intéresser qu’à la matière mais pas aux conditions de travail des métiers qui en découlent). Le niveau d’incomplétude de l’information dépend de la masse critique de ceux qui ont des intérêts à mal informer. Il est différent dans chaque académie et chaque lycée.
    Pour ces raisons, l’expérimentation de la semaine d’orientation sera forcément réussie mais elle demande des moyens disproportionnés par rapport aux vrais enjeux et elle n’est pas reproductible sans risque partout.

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