En bref
Démission d’une centaine d’enseignants-chercheurs à l’université d’Aix-Marseille 1
Les enseignants-chercheurs de l’université de Provence ont été parmi les premiers à mettre en application l’ultimatum lancé par la coordination nationale le 20 février. La motion votée alors appelait les enseignants à démissionner à partir du 5 mars « si les exigences (de retrait des projets de réforme de leur statut et de mastérisation n’étaient pas satisfaites à cette date. »
Démission groupée pour les enseignants-chercheurs d'Aix-Marseille 1
Une centaine d’entre eux ont ainsi remis jeudi 12 mars une lettre de démission de leurs tâches administratives, à Jean-Claude Loraud, vice-président du conseil d’administration de l’université phocéenne (25 000 étudiants). La scène se déroule au matin, devant les grilles du site Saint-Charles, alors occupé par une cinquantaine d’étudiants manifestant contre les réformes en cours dans l’enseignement supérieur. Parmi les démissionnaires, on compte cinq des six directeurs d’unité de formation et de la recherche (UFR), mais également des directeurs de labo, des directeurs d’études, des directeurs d’équipe de recherche ou encore des responsables pédagogiques.
Les conséquences de ces démissions, si elles étaient acceptées par le président Jean-Paul Caverni, seraient multiples : « L’engagement de dépenses, nécessite la signature du responsable administratif. Si celui-ci démissionne, il n’y a plus de signature et donc plus de versements financiers », avance Mathieu Brunet, maître de conférences en lettres modernes à l’université Aix-Marseille 1.
Très handicapant pour le fonctionnement de l’université
Selon Bruno Truchet, représentant régional du syndicat Snesup, cette action aura pour effet de bloquer le fonctionnement de l’université car sans enseignants-chercheurs chargés de fonctions administratives : pas de notes pour les étudiants et donc, pas de validation de diplômes ou encore pas d’études des demandes de congés… Ainsi, selon l’universitaire « Tout cela sera très handicapant pour le fonctionnement de l’université. Le gouvernement est en train de jouer avec le feu. » Toutefois promettent sur place les enseignants : « les étudiants ne seront pas pris en otage. »
Las, ces enseignants-chercheurs de l’université de Provence, soutenus par les étudiants occupant l’université, partagent largement l’analyse de Thierry Ripoll, directeur de l’UFR psychologie et sciences de l’éducation : « Les organismes de recherche sont démantelés et nos conditions de travail sont déplorables, dans des locaux vétustes et avec des tâches administratives de plus en plus nombreuses qui amputent notre temps d'enseignement et de recherche. C’est là-dessus qu’il fait faire avancer les dossiers au niveau du ministère. »
Des cours suspendus depuis six semaines
En déplacement professionnel à Paris au moment des faits, Jean-Paul Caverni, le président de l’Université de Provence, dispose de deux mois pour accepter ou non ces démissions. « J’ose espérer que d’ici là, la situation se sera clarifiée », commente Jean-Claude Loraud. A l’université de Provence, les cours sont suspendus depuis six semaines – sauf quelques exceptions. Et rien ne laisse penser que le mouvement entamé voilà un mois et demi soit en voie de s’essouffler.
18.03.09
Aller plus loin
Un sentiment d’incompréhension. Telle est la réaction la plus communément partagée par les universitaires étrangers face à la crise qui secoue depuis deux mois les universités françaises. Réunis à Prague du 19 au 21 mars 2009, pour la 5ème convention de l’association européenne des universités (EUA), quelque six cents responsables sont venus débattre des « nouveaux défis à relever pour les établissements d’enseignement supérieur » et notamment des stratégies européennes mises en œuvre. Il y a été question des collaborations avec les entreprises, de la gouvernance des institutions, des programmes doctoraux, de l’internationalisation et de la création de campus off-shore, etc. Autant de questions très éloignées de ce qui se joue actuellement sur les campus français.
Montpellier 3, Toulouse 2 et 3, l’IEP de Toulouse, Perpignan, Caen, Rennes 2, Le Havre… Les blocages d’universités se sont multipliés ces derniers jours. Selon la coordination nationale des universités, la moitié des universités seraient en grève et/ou bloquées, une trentaine selon le ministère. Avec parfois de sérieux dérapages, comme à Toulouse 2 Le Mirail où des casseurs s'en sont pris à la présidence. La coordination nationale a appelé le 16 mars à la "multiplication des actions" contre le décret sur le statut des enseignants-chercheurs et les réformes en cours.












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