Interview

Dominique Hasboun (directeur adjoint de Ticemed, UPMC) : « Le 100% numérique, on le fait déjà avec Distens »
100 % de documents numérisés pour 100 % des étudiants. Dominique Hasboun n’a pas attendu le slogan de Valérie Pécresse pour promouvoir l’usage des TICE à l’UPMC : tous les étudiants de deuxième et de troisième année de médecine peuvent revoir les cours suivis en présentiel sur l’ENT de l’établissement. Il y a cinq ans, ce neurologue, fan de richmedia, a inventé et mis au point - avec un développeur informatique de cette université (François Boudin) - Distens, un logiciel d’enregistrement et de mise en ligne des cours. Le déclic : la fusion entre les facultés liées aux hôpitaux de Saint-Antoine et de la Pitié-Salpétrière avec des effectifs de 2400 étudiants désormais à gérer dès la première année. Rencontre avec un des pères de Distens, également directeur adjoint pour la faculté de médecine de sa cellule TICE, Ticemed, composée de 7 personnes.
Comment fonctionne Distens ?
Distens est un système de e-learning. Les étudiants de deuxième année par exemple sont toujours 300 par amphi à suivre le cours du prof mais celui-ci est archivé et indexé sur le serveur de l’université. Un lien permet d’y accéder via l’ENT de l’université. Les cours sont ainsi réutilisés à 40 % par les étudiants, à distance. Distens peut enregistrer à la fois un Powerpoint, de l’audio et de la video. Sur cette photo d’hypothalamus, l’étudiant pourra voir bouger la souris et voir les traits marqués sur les zones importantes citées par l’enseignant, comme sur un TBI, en plus de sa voix. Sur l’ENT, les cours sont podcastables, streamables (en direct) ou téléchargeables sur PC, Mac ou Linux. L’objectif en 2008-2009 est d’étendre le dispositif aux quatrième et cinquième années de médecine.
Quels sont les avantages comparés avec une solution commerciale ?
Avant j’utilisais des versions logicielles commerciales, mais des problèmes de licence m’ont amené à développer ce logiciel en interne. Commercialement, Speechi lui ressemble mais il n’a pas de gestion serveur intégré. La synchronisation d’un cours entre deux amphis coûte 15000 euros. Avec Distens, je pourrais sans problème diffuser un cours sur plusieurs sites, avec Time shifting. Face aux offres commerciales coûteuses, ce dispositif fait du sur-mesure et ne change pas beaucoup les habitudes des enseignants, qui n’ont besoin que d’un ordinateur portable connecté au serveur de l’université. La postproduction est elle aussi minimaliste. Nous avons déposé le logiciel à la DRITT (direction des relations industrielles et du transfert technologique), il ne peut donc être commercialisé. Mais nous avons été contactés notamment par le service de santé des Armées, qui s’est montré très intéressé par le dispositif. La formation continue, l’Inserm pour des séminaires sont aussi intéressés. On est en train de changer de stratégie car il y a une demande. La solution serait peut-être de mettre le système d’enregistrement en diffusion libre et de vendre la solution serveur.
Valérie Pécresse parle de 100 % des documents numérisés pour 100% des étudiants. Qu’est-ce que les TICE leur apportent concrètement ?
Le 100 % numérique, on le fait déjà avec Distens. L’interaction entre pédagogie et technologie est évidente. On ne peut plus développer de pédagogies sans technologies et ces nouveaux outils induisent aussi de nouveaux comportements. Ils offrent une palette de nouveaux services à nos étudiants et permettent de s’adapter à leurs profils. Par exemple, ils peuvent suivre le cours de chez eux en direct ou en présentiel dans l’amphi. Ces dispositifs multiplient les pratiques apprenantes. Ils peuvent ainsi trouver la façon de travailler qui leur convient le mieux. Mais pour le moment, nous n’avons pas réalisé de sondage pour savoir si les étudiants réussissent mieux avec ou sans Distens.
Pour aller plus loin : site de neuroanatomie de Dominique Hasboun développé en RichMedia.
04.12.08
Aller plus loin
Amphis de médecine bondés, enseignement à distance pour les 240 000 apprenants du CNED, niveaux hétérogènes des étudiants (amplifiés par les passerelles permises dans le LMD)… Comment les universités utilisent-elles les nouvelles technologies pour relever le défi de l’enseignement de masse ? Christophe Batier, responsable recherche et développement de Lyon 1, Serge Ravet, délégué général d’EifEL (Institut européen de E-learning), Laurent Batut, directeur de l’enseignement supérieur du CNED, Marcel Spector, directeur stratégie de l’UMVF (Université médicale virtuelle francophone) et Dominique Hasboun, neurologue et directeur adjoint de TICE-Med à l’UPMC en ont débattu, lors de la conférence sur le e-learning au salon Educatec, le 27 novembre 2008 à Paris.
Comment définir un environnement numérique de travail (ENT) ? Quelles sont les conditions de sa réussite ? Quelles différences entre un ENT dans un lycée et un ENT dans une université ? Un représentant du Scérén-CNDP, le délégué académique TICE-DATICE de l’académie de Clermont-Ferrand, le responsable recherche et développement e-learning de l’université de Lyon 1 et le chargé de mission ENT au conseil régional d’Ile-de-France ont confronté leurs expériences au cours de la conférence organisée par EducPros, jeudi 27 novembre 2008, dans le cadre du salon Educatec. Voici un résumé de cet échange orchestré par notre journaliste Ludivine Coste.
L’université de Nantes a trouvé un outil d’émulation pour ses enseignants-chercheurs : il s’agit de Madoc, une plateforme pédagogique virtuelle mise en œuvre à la rentrée 2006, en constant développement depuis. Cet dispositif relativement classique de mise en ligne des cours et de formation à distance a été développé de telle manière que les enseignants qui n’y ont pas encore participé se sentiraient presque en reste !
16 millions d’euros seront débloqués pour installer 10 000 bornes wiFi supplémentaires dans les universités et développer les équipements pour podcaster les cours et conférences. Valérie Pécresse a détaillé, le 20 juillet 2009, le volet numérique du plan de relance annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy. Celui-ci consacrait 730 millions d’euros à l’enseignement supérieur et à la recherche pour lutter contre la crise. Sans revenir sur le slogan "100% de documents numérisés pour 100% des étudiants".
Exit les cours en amphi en première année de médecine. Grenoble 1 a imposé depuis 2006 une révolution pédagogique en PCEM1 en diffusant 520 heures d'enseignement multimédia sous forme de DVD, « podcastables » (MP3 et MP4) depuis cette rentrée. Le face-à-face avec les enseignants ne disparaît pas pour autant. Il est proposé en groupes plus restreints et les étudiants de troisième année officient comme tuteurs. Au-delà de la réussite technologique et du dépoussiérage pédagogique, ce dispositif a amélioré l’égalité sociale des chances entre les candidats au concours. Les officines privées de préparation au concours ont vu, elles, leurs « parts de marché » baisser.
Partenaires depuis trois ans pour le programme MBA, HEC et Apple élargissent leur accord aux programmes EMBA et Grande école. Une « Chaire Apple » a été signée en janvier 2009. C'est la toute première chaire que signe Apple, et c'est avec HEC que la firme californienne a décidé de se lancer.









Commentaires
LiesBuster - 05-12-08 23:02
L\'Illusion de l\'industrialisation de l\'enseignement a déjà eu lieu avec la télévision scolaire
(et d\'ailleurs le film pédagogique revient à la mode, les tuteurs intelligents annoncés par l\'OCDE dans son bilan des NTIC (1986) étant encore loin derrière la montagne (sourire)²
La donnée n\'est pas la connaissance, laquelle est encore plus loin d\'être le savoir.
Pourriez vous produire des études convaincantes à propos du plus de ces outils
et notamment du TBI
(qui n\'a jamais été utilisé pour donné le cours à un élève qui l\'a manqué, sauf dans le cas d\'un cours sans aucune interactivité au moment de son déroulement)
Effectivement ce qui passe le mieux dans le tuyau des NTIC, c\'est le cours figé et sans aucune interactivité des grands amphi
Et à part cela ?
Luc Comeau-Montasse
(je travaille dans le domaine des NTIC depuis plus de 25 ans !)
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