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Arnaud Martin et Olivier Milhaud

Evaluation, missions, métier : deux universitaires témoignent

La réforme du décret statutaire des enseignants-chercheurs introduit formellement la modulation des services. Les instances dirigeantes de l’université en auraient la maîtrise sur la base d’une évaluation individuelle des universitaires sur l’ensemble de leurs missions : enseignement, recherche, fonctions administratives. Comment les enseignants-chercheurs sont aujourd’hui évalués et que pensent-ils du projet de décret ? Deux enseignants-chercheurs témoignent de leur métier et répondent à cette question.

Si vous souhaitez partager votre expérience sur ce sujet, laissez votre commentaire (en bas de l’article). Nous publierons d'autres témoignages d'enseignants-chercheurs ultérieurement sur educpros.fr.

Olivier Milhaud, ATER géographe à Paris 4 (30 ans)   

Allocataire moniteur pendant les trois premières années de sa thèse à Bordeaux 3, Olivier Milhaud a décroché un demi service d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche). Pour un an. Aujourd’hui doctorant en quatrième année sur la géographie des prisons, son parcours ressemble à une épreuve jalonnée d’évaluations.  

Trouver des financements  

Pour décrocher ces postes financés, il a d’abord dû soumettre des candidatures auprès de commissions dans plusieurs établissements. Commence ensuite avec son équipe le marathon des dossiers pour la recherche de financements auprès de l’ANR (Agence nationale de la recherche), de l’université, du laboratoire, de la Région, de l’Europe.

« Au tout début du travail de recherche, on est soumis à beaucoup d’évaluations pour obtenir des financements. On est en compétition entre chercheurs », explique-t-il. Des évaluations pas toujours au-dessus de toutes critiques. « Les effets pervers de cette évaluation permanente pour obtenir des financements tiennent à ce qu’il faut quasiment présenter les résultats de recherche à l’avance. Il y a aussi un risque de devoir suivre des modes intellectuelles. Autre grief : on ne sait pas toujours sur quoi l’ANR nous évalue », remarque Olivier Milhaud.  

Dossiers, jurys, oraux  

La suite, il le sait, ne sera pas un long fleuve tranquille. Outre les évaluations liées à la recherche de financements, il faudra compter avec les évaluations scientifiques de sa jeune carrière de chercheur. Jury de thèse, qualifications par le CNU pour devenir maître de conférences, tour de France des postes disponibles dans les universités ou grand oral d’entrée au CNRS. « C’est un parcours du combattant », reconnaît-il. Mais il en accepte les règles. « Cela évite les passe-droits ».

La publication de ses articles passe par les fourches caudines de comités de lecture français ou étrangers. S’ajoutent aussi les évaluations de ses pairs lors des présentations de travaux lors de séminaires ou de colloques. Entre deux évaluations, reste son terrain : la prison. « Je dois demander des autorisations à l’administration pénitentiaire pour  faire mon travail d’enquête. Ensuite, je peux faire mes entretiens de détenus, de personnels, de riverains ».  

L’évaluation des étudiants  

En comparaison, l’évaluation de son enseignement - 64 heures annuels – ressemble à un parcours de santé, même pour ce jeune enseignant friand des retours que peuvent faire ses étudiants sur ses cours.

« L’évaluation la plus efficace, c’est si le cours se vide de ses étudiants. Puis si tout le monde échoue au partiel. Je fais ensuite passer des questionnaires écrits en fin de semestre, anonymes, sans que l’établissement me l’ait demandé. En milieu de semestre, je demande aussi leur évaluation aux étudiants. Ces remontées sont utiles car souvent ils pointent des choses qu’on pressentait », souligne celui que ses collègues ont désigné enseignant référent pour l’Agreg oral et que les étudiants consultent aussi spontanément pour leur donner des sujets d’Agreg à l’écrit. « Un bon signe selon un collègue », sourit-il.  

« On redoute les pleins pouvoirs des présidents »  

Les modulations de services prévues dans le nouveau décret statutaire ? « Le problème est qu’on ne sait pas comment seront réparties les tâches, sur quels critères. L’idée de modulation n’est pas idiote si ce ne sont pas toujours les mêmes qui ont les décharges. On redoute que les pleins pouvoirs du président ne profitent à ses copains. Va-t-on vers une répartition entre la recherche pour les bons, l’enseignement pour les moyens et l’administration pour les nuls ? ».   

 

Arnaud Martin, maître de conférences en écologie à Montpellier 2 (44 ans)

Depuis des années, il se bat pour faire entrer l’insertion professionnelle dans les cursus de son université. A l’élection du dernier président de Montpellier 2, Arnaud Martin est devenu vice-président délégué chargé à l’insertion professionnelle assortie de la formation continue, de l’apprentissage et des TICE. Une reconnaissance de ses pairs, une décharge de la moitié de son service d’enseignement, trois collaborateurs pour l’épauler… et un emploi du temps de ministre.

3 semaines de congés

Il ne s’accorde que 3 semaines de congés par an loin de l’université, dit « ne pas dormir beaucoup », rentre à 19 heures pour s’occuper de ses enfants avant de répondre à ses mails entre 21 et 23 heures. Quatre cinquièmes de son temps sont consacrés à cette mission de pilotage.

En plus du travail sur le plan Campus, le contrat quadriennal, il passe beaucoup de temps à convaincre toutes les composantes de son université de mutualiser l’insertion professionnelle au sein d’un nouveau service central à structurer, le BAIP (bureau d’aide à l’insertion professionnelle).  

« Des gourous de la recherche »  

La recherche ? Une thésarde à encadrer et un jour par semaine maximum à y consacrer. Mais c’est un bol d’air. Biologiste de terrain, il ira « compter les fleurs » en mai prochain et côté enseignement (60 heures de cours annuels) il partira cinq jours en Corse avec ses étudiants. Si son engagement lui a permis d’accéder aux fonctions politiques de l’établissement, ce manque de recherche intensive bloque sa carrière d’enseignant-chercheur.

Evalué une seule fois par le CNU (conseil national des universités) depuis 1995 lorsqu’il est passé maître de conférences, son école doctorale et sa section disciplinaire ne jugent pas son dossier scientifique suffisamment garni en publications dans les trois dernières années pour présenter son HDR (habilitation à diriger les recherches). C’est pourtant le sésame d’entrée dans le corps des professeurs d’université.

« Manager VRP »  

Le master monté pour quelque 700 étudiants où il s’est investi comme « manager VRP » en coordonnant les équipes ou en faisant sa promotion, sa section de CNU – la 67ème particulièrement – n’en a cure. « Ce sont des gourous de la recherche, qui n’intègrent aucune autre compétence. Mon dossier est très orienté sur l’ingénierie de formation que certains rangent dans l’intitulé tâches administratives ».

"Alors que mon engagement s’est fait au service de l’établissement et de la recherche, au final on ne compte que le nombre de publications », regrette-t-il. Sans amertume. Même si sa prime de vice-président délégué de 3000 euros reste bien inférieure à celle versée pour l’encadrement doctoral et la recherche (PEDR).  

Le nouveau décret statutaire ?

« Il faut bouger les choses même si on casse un peu de vaisselle. L’établissement n’a pas intérêt à cultiver le népotisme ». Lui est surtout motivé par l’après-décret : les moyens que l’université peut débloquer en interne sur des projets ou la stratégie d’établissement qui pourra se mettre en place. Pourtant comme beaucoup de ses collègues, il ne voit pas sur quels critères les tâches d’enseignement et les tâches administratives peuvent être évaluées.

 L'évaluation en Amérique du Nord

Quatre professeurs*, formés en France et vivant en Amérique du Nord, ont publié une tribune dans le Monde du 5 février 2009 intitulée « Une évaluation transparente et collégiale ». « Nous, professeurs formés, vivons par choix, en Amérique du Nord, dans ce monde universitaire qui sert de modèle à la réforme. Nos universités sont "autonomes" », écrivent-ils en introduction. Ils déroulent ensuite une description précise du processus d’évaluation en place au Canada et aux Etat-Unis, collégial et transparent, pour le comparer au système français qui semble, avec la réforme, s’orienter sur des critères « plus bureaucratiques que collégiaux ».

* Martial Foucault, professeur adjoint d'économie politique, université de Montréal, Eléonore Lépinard, professeure adjointe de sciences politiques, université de Montréal, Vincent Lepinay, professeur-assistant au MIT, Grégoire Mallard, professeur-assistant de sociologie, Northwestern University.

Fabienne Guimont

06.02.09

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Commentaires

  • osages - 10-02-09 13:50

    Je suis heureux de rencontrer des enseignants qui prennent leur travail au sérieux. Mais je travaille dans une université et tous ne sont pas aussi \"parfait\".
    Parlons évaluation. Sont évalués ceux qui veulent voir leur carrière évoluer. Les autres, non. Or les administratifs, personnel dont on ne parle jamais (dont la majorité gagne le SMIC ou un peu plus), sont évalués tous les ans (entretien professionnel). Pourquoi les enseignants n\'acceptent pas une évaluation annuelle sur l\'ensemble de leurs tâches (recherche et enseignement). Quand il y a évaluation elle ne porte que sur la recherche et pas sur l\'enseignement. Or il est fréquent de voir des enseignants sans étudiants se gardant bien d\'en informer les services gestionnaires. Ces enseignants continuent d\'être payés pour une tâche qu\'ils n\'effectuent plus. Personne n\'en parle. Ne me dites pas que c\'est exceptionnel, je le découvre tous les jours. Il arrive même que ces enseignants se fassent payer des heures complémentaires. A propos de ces heures complémentaires, je me pose également la question : comment des enseignants prétendument surchargés peuvent se permettre de faire pour certains plusieurs dizaines d\'heures complémentaires. Certes les élèves sanctionnent les enseignants sans intérêt en les boycottant. Mais personne ne se soucie de les sanctionner administrativement.
    A propos du mouvement de grève dans mon université, beaucoup de salariés du privé seraient heureux de se dire en grève tout en continuant de toucher son salaire, puisque aucun ne se déclare officiellement en grève auprès de l\'administration.

  • osages - 10-02-09 13:48

    Je suis heureux de rencontrer des enseignants qui prennent leur travail au sérieux. Mais je travaille dans une université et tous ne sont pas aussi \"parfait\".
    Parlons évaluation. Sont évalués ceux qui veulent voir leur carrière évoluer. Les autres, non. Or les administratifs, personnel dont on ne parle jamais (dont la majorité gagne le SMIC ou un peu plus), sont évalués tous les ans (entretien professionnel). Pourquoi les enseignants n\'acceptent pas une évaluation annuelle sur l\'ensemble de leurs tâches (recherche et enseignement). Quand il y a évaluation elle ne porte que sur la recherche et pas sur l\'enseignement. Or il est fréquent de voir des enseignants sans étudiants se gardant bien d\'en informer les services gestionnaires. Ces enseignants continuent d\'être payés pour une tâche qu\'ils n\'effectuent plus. Personne n\'en parle. Ne me dites pas que c\'est exceptionnel, je le découvre tous les jours. Il arrive même que ces enseignants se fassent payer des heures complémentaires. A propos de ces heures complémentaires, je me pose également la question : comment des enseignants prétendument surchargés peuvent se permettre de faire pour certains plusieurs dizaines d\'heures complémentaires. Certes les élèves sanctionnent les enseignants sans intérêt en les boycottant. Mais personne ne se soucie de les sanctionner administrativement.
    A propos du mouvement de grève dans mon université, beaucoup de salariés du privé seraient heureux de se dire en grève tout en continuant de toucher son salaire, puisque aucun ne se déclare officiellement en grève auprès de l\'administration.

  • osages - 10-02-09 13:47

    Je suis heureux de rencontrer des enseignants qui prennent leur travail au sérieux. Mais je travaille dans une université et tous ne sont pas aussi \"parfait\".
    Parlons évaluation. Sont évalués ceux qui veulent voir leur carrière évoluer. Les autres, non. Or les administratifs, personnel dont on ne parle jamais (dont la majorité gagne le SMIC ou un peu plus), sont évalués tous les ans (entretien professionnel). Pourquoi les enseignants n\'acceptent pas une évaluation annuelle sur l\'ensemble de leurs tâches (recherche et enseignement). Quand il y a évaluation elle ne porte que sur la recherche et pas sur l\'enseignement. Or il est fréquent de voir des enseignants sans étudiants se gardant bien d\'en informer les services gestionnaires. Ces enseignants continuent d\'être payés pour une tâche qu\'ils n\'effectuent plus. Personne n\'en parle. Ne me dites pas que c\'est exceptionnel, je le découvre tous les jours. Il arrive même que ces enseignants se fassent payer des heures complémentaires. A propos de ces heures complémentaires, je me pose également la question : comment des enseignants prétendument surchargés peuvent se permettre de faire pour certains plusieurs dizaines d\'heures complémentaires. Certes les élèves sanctionnent les enseignants sans intérêt en les boycottant. Mais personne ne se soucie de les sanctionner administrativement.
    A propos du mouvement de grève dans mon université, beaucoup de salariés du privé seraient heureux de se dire en grève tout en continuant de toucher son salaire, puisque aucun ne se déclare officiellement en grève auprès de l\'administration.

  • Yves Savidan - 09-02-09 11:52

    En 5 minutes sur internet, j\'ai trouvé plusieurs \"guidelines\" sur l\'art et la manière d\'évaluer dans les universités américaines, qui font ça depuis très longtemps, incluant les tâches de recherche, d\'enseignement, comme les autres tâches administratives. Quelques minutes de plus et je trouverais comment cela se passe aux Pays-Bas ou en Allemagne. On n\'a pas besoin de réinventer la roue. Partout les universitaires sont évalués. Et les évaluations sont évaluées. L\'information disponible sur les méthoses d\'évaluation est phénoménale. Il n\'y a qu\'à se servir.

  • Yves Savidan - 09-02-09 09:25

    En 5 minutes sur internet, j\'ai trouvé plusieurs \"guidelines\" sur l\'art et la manière d\'évaluer dans les universités américaines, qui font ça depuis très longtemps, incluant les tâches de recherche, d\'enseignement, comme les autres tâches administratives. Quelques minutes de plus et je trouverais comment cela se passe aux Pays-Bas ou en Allemagne. On n\'a pas besoin de réinventer la roue. Partout les universitaires sont évalués. Et les évaluations sont évaluées. L\'information disponible sur les méthoses d\'évaluation est phénoménale. Il n\'y a qu\'à se servir.

  • broda jacques - 09-02-09 09:12

    Les quatre missions de l’enseignant-chercheur

    Former – Insérer – Chercher – Eduquer


    Je partirai d’une citation de Maurice Blanchot : « On pourrait ramener à quatre les possibilités formelles qui s’offrent à l’homme de la recherche. Il enseigne. Il est homme de savoir, et ce savoir est lié aux formes toujours collectives de la recherche spécialisée. Il associe sa recherche à l’affirmation d’une action politique. Il écrit. » (L’entretien infini)

    1. Former. La transmission des savoirs est l’axe central de la mission de l’enseignant-chercheur. Savoirs constitués, savoirs constituants, il produit lui-même, dans ses recherches des savoirs qui innervent son enseignement, sa pédagogie. Vivante, parce qu’actuelle, la trans mission peut aller jusqu’à la co-construction des savoirs avec les étudiants. Le partage donne plus de puissance à l’acte pédagogique. A partir de ce geste, l’étudiant se forme, au sens où il acquiert compétences, capacités, connaissances générales et spécifiques à un futur métier, une culture. Les deux vont de pair. L’enseignant-chercheur forme aux méthodes d’accès aux savoirs, les TIC aident, mais en aucun cas ne sauraient se substituer à la relation pédagogique faite d’écoute, de dialogue, d’empathie. Se former à la pédagogie (active) est une nécessité première pour chaque enseignant, pour tout intervenant. Ici, nous ne pouvons contourner la question du désir. Par quel désir l’enseignant est porté quand il enseigne, pose un acte de transmission ?

    2. Insérer. Insérer ne signifie pas ici adapter l’étudiant aux créneaux mercantiles du marché du travail. Tout au contraire, il s’agit de desserrer les contraintes imaginaires d’une formation spécialisée, pointue, étriquée, obsolète à terme, en ouvrant tout le champ des possibles. La question de l’orientation est décisive, celle des passerelles complémentaires. Les réformes en cours offrent des possibilités intéressantes de circulation, au plus on s’éloigne d’une adaptation étriquée à la demande des marchés par un accès aux outils, méthodes, de l’universel au plus l’étudiant sera à même de s’insérer, et de comprendre les processus d’insertion-exclusion qui frappent sa génération.

    3. Chercher. Le pain quotidien. Chercher est la mise en forme de la pulsion de connaissance. Chercher est le moteur du désir de transmettre. Investigation et Transmission vont de pairs, le désir de savoir, de découvrir, de pousser toujours plus loin les marges de réel, cette volonté extraordinaire mise à l’œuvre démultiplie les forces de la transmission. La recherche comme arbre de transmission, est au cœur du métier. Pour certains il est une passion. Et nul ne sait, ne compte, les heures de recherche, travail souvent invisible qui anime les collègues. Dans les labos, ou à domicile, en solitaire ou en équipe le chercheur est porté par une question, une volonté d’y répondre, trouver l’obsède, s’informer, se former, s’initier long life, une éthique de vie.

    4. Eduquer. Jusque là tout va bien. Affirmer la capacité, la nécessité d’éduquer soulève souvent un tollé. On n’est pas des éducateurs. On n’est pas des assistantes sociales. On n’est pas formé pour. Raisons de plus. Nous ne pouvons ignorer la très profonde crise d’identité dans laquelle de très nombreux étudiants sont plongés. Face à de véritables détresses qui conduisent à la souffrance, à l’échec, nous ne pouvons rester insensibles, inactifs. L’enseignant-chercheur représente pour l’étudiant, non pas un modèle, mais un appui, une référence, une ‘identification’ possible. Face à la crise des valeurs, l’enseignant-chercheur ne se défausse pas. Il assume, assure un rôle, une place incontournables. On transmet plus ce que l’on est, que ce l’on sait. Cette fonction, cette mission, ici encore appelle à questionner le désir de l’être enseignant.

    *

    Ces quatre fonctions, ces quatre missions, nous devons les mener de front, souvent seuls, parfois en équipe, elles se fertilisent réciproquement, les passerelles sont toujours fécondes, les transferts sont riches de sens, les capacités à développer les capacités chez les autres, les démultiplient en nous. L’amour du métier, la passion de la profession nous accrochent, il y a dans ces quatre fonctions une totalité complexe à l’œuvre simultanément. Pour aucune nous n’avons été formé (excepté la recherche), pour toutes nous inventons, nous bricolons, ce métier nous tient autant que nous y tenons. Pourquoi ? Il n’y a pas de réponse générale. Je vois souvent un goût pour la transmission, la recherche, la quête, le partage, une responsabilité scientifique, sociale, citoyenne, humaine.

    Transmettre, transférer, transhumaner, l’enseignant-chercheur passe à travers beaucoup de résistances, d’obstacles, de doutes. Quand il parle de son travail il en parle avec bonheur, il réalise une part de lui-même importante, pour certains, essentielle. Le sentiment d’être utile, de produire des savoirs utiles, de former des hommes ‘utiles’. J’idéalise peut-être le métier d’enseignant-chercheur, comme le disait Freud : une (trans)mission (im)possible.


    *

    Jacques Broda

    Professeur à l’Université de la Méditerranée



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