En bref
Revalorisations pour les enseignants-chercheurs : nouvelles primes, nouvelle évaluation
Valérie Pécresse a complété ses annonces sur les revalorisations des carrières des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, le 20 octobre 2008. Aux mesures concernant la prise en compte des années de doctorat et de post-doctorat avant le recrutement des maître de conférences (soit 2000 par an) et la création d’une centaine de chaires université-grands organismes, la ministre de l'Enseignement supérieur a détaillé les primes qu'elle compte octroyer aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs.
Des primes récompensant l’investissement scientifique et pédagogique
Deux principes guident les mesures ministérielles : « attirer les meilleurs », « valoriser l’excellence ». Outils de cette logique de différenciation entre les personnels, les primes sont revalorisées. L’ex-prime d’encadrement doctoral et de recherche (PEDR) devient la prime d’excellence scientifique, étendue à tous les enseignants-chercheurs et désormais ouverte aux chercheurs. Les sommes allouées passent d’une fourchette de 3500-6500 euros à 3500-15000 euros par an. L’enveloppe accordée pour les organismes de recherche permettrait d’accorder des primes à 20 % des chercheurs, selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Autre exemple, la prime de responsabilité pédagogique passe pour les enseignants-chercheurs d’une fourchette de 500-1500 euros à 3500-15000 euros par an.
L’évaluation des enseignements
A cette revalorisation indemnitaire, Valérie Pécresse veut adjoindre une nouvelle façon d’évaluer les enseignants-chercheurs. Traditionnellement évalués sur leurs activités de recherche pour l’avancement de leur carrière, la ministre veut mettre en place une évaluation de leurs activités d’enseignement. Les enseignants-chercheurs remettraient un rapport d’activité tous les quatre ans au CNU (conseil national des universités) dans lequel seront intégrées les évaluations des étudiants sur leurs enseignements.
« Sur cette base, le CNU émettra un avis à l’université qui aura établi une grille de critères pour attribuer les primes et les modulations de services des enseignants-chercheurs. C’est à l’université d’avoir un conseil d’administration stratège et de définir sa politique de primes », explique Valérie Pécresse. Les universités pourront ainsi moduler les 192 heures (équivalents TD) des enseignants-chercheurs entre leurs activités d’enseignement et/ou de recherche, sans contrainte.
L’application de ces mesures demandera encore du temps. Les textes sur le statut des enseignants-chercheurs (1984) et sur l’évaluation des enseignements (1997) devront être profondément modifiés. Un groupe de travail issu de la commission Schwartz doit être constitué afin de recenser les bonnes pratiques en matière d’évaluation des enseignements. Les universités et grands organismes de recherche devraient financer une partie de ces primes sur leurs ressources propres…
252 millions d’euros
Le Snesup-FSU applaudit la reconnaissance des années de formation doctorale et post-doctorale comme une revalorisation nécessaire des débuts de carrière des maîtres de conférences. En revanche, il dénonce la politique de primes « mise largement entre les mains des présidents d’université », incitant à « structurer la concurrence entre les collègues » et prône a contrario une revalorisation indiciaire. Sur une possible remise en cause de l’égalité des rémunérations, la ministre répond : « Je ne suis pas dans l’idéologie, je suis pragmatique, car nous sommes dans une bataille mondiale des talents et nous avons des jeunes chercheurs à faire revenir. Nous défendons un plan offensif pour valoriser l’engagement et l’excellence dans l’évaluation et la transparence ».
Ce plan carrière est financé à hauteur de 252 millions d’euros sur trois ans (2009-2011). Ils s’ajoutent aux 759 millions d’euros attribués aux revalorisations des rémunérations décidées au plan national dans la fonction publique.
20.10.08
Aller plus loin
Valérie Pécresse devait présenter son texte modifiant le décret sur le statut des enseignants-chercheurs devant le comité technique paritaire universitaire (CTPU) le 17 novembre 2008. Des modifications qualifiées par la ministre de l’Enseignement supérieur d’« historiques ». Boycotté par les représentants du SNESUP-FSU, des Autonomes et de FO, cette instance consultative n’a pu se tenir.
Comment rendre plus attractive la carrière d’enseignant-chercheur, éviter la fuite des cerveaux, voire faire revenir les chercheurs partis à l’étranger ? Valérie Pécresse en avait fait un de ses chantiers prioritaires après le vote de la loi LRU. Ces mesures de revalorisation des carrières des maîtres de conférences et des métiers de la recherche étaient attendues depuis quelques semaines, avec la remise des rapports Schwartz et Hoffmann. Valérie Pécresse en a révélé les grandes lignes le 14 octobre 2008, en introduction du 7ème forum Economie Recherche Innovation organisé par Les Echos. La ministre devrait présenter l’ensemble du dispositif de revalorisation des carrières d’enseignant-chercheur le 20 octobre.
Les 57 000 enseignants-chercheurs seront régis par un nouveau statut à partir du 1er septembre 2009. Le texte du décret statutaire est paru le week-end du 25 avril 2009 au JO alors que la mobilisation des universitaires initiée depuis trois mois contre cette réforme se prolonge. Profondément réécrit, ce décret s'avère pour certains "vidé de son contenu". Il accorde moins de pouvoir aux présidents d’université alors que, initialement, il devait donner les marges de manœuvre nécessaires aux universités autonomes pour gérer leur personnel enseignant, après l’adoption en 2007 de la loi LRU. Le Conseil national des universités (CNU) gagne, lui, de nouvelles missions grâce à cette réforme statutaire.










Commentaires
Pr lucide - 03-12-08 07:52
les futures promotions locales sont la porte ouverte à toutes les pressions (défilés dans le bureau du Président, interventions auprès des membres du CA...), car les futurs promus seront jugés par des collègues avec qui ils travaillent toute l\'année, et, les conflits d\'intérêt seront mille fois supérieurs à ce qu\'ils pouvaient être au sein d\'instances nationales comme le CNU, ou les membres ne se rencontrent que 2 à 3 fois par an, et ceci, tout le monde le sait bien.
madiana - 21-10-08 23:52
Je suis un petit peu rassurée en lisant que ces mesures prendont sans doute du temps avant d\'entrer en application. Travaillant comme MC dans une toute petite université d\'outre-mer menant pourtant grand train de vie :voyages en \"classe afaires\", participations d\'une petite coterie (dont les membres se cooptent) à des colloques bidons aux quatre coins du monde etc...Mme Pécresse, à son insu peut-être, donne un signal d\'encouragement à ceux qui se sont littéralement accaparé cette université exotique..tristes tropiques!!!
MC en colère - 21-10-08 11:13
Des primes financées sur les ressources propres des universités ? Et celles qui n\'en ont pas ? Les enseignants seront sans primes ? Quels sont les moyens mis en oeuvre pour que les universités aient des ressources ? Celles de la loi LRU ? Mais tout le monde ne va pas y gagner !!! Donc soit ces primes sont payées par le ministère, soit elles sont de la poudre aux yeux !
imagyna - 20-10-08 18:45
Et il se passe quoi pour les PRAG et PRCE enseignants du secondaire en poste dans le supérieur qui font 384heures annuelles c\'est à dire sont les soutiers de l\'enseignement supérieur?? rien?, comme d\'hab??
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