En bref
Métier d'enseignant-chercheur : un maître de conf d'université scientifique témoigne
Suite de notre série de témoignagnes d'enseignants-chercheurs sur leur métier, leurs différentes missions, la façon dont ils sont évalués et ce qu'ils pensent des réformes en cours.
Si vous souhaitez partager votre expérience sur ce sujet, laissez votre commentaire (en bas de l’article). Nous publierons d'autres témoignages d'enseignants-chercheurs ultérieurement sur educpros.fr.
Damien Dupond*, maître de conférences dans une université scientifique (40 ans)
Rapports de mémoires, jury d’examens, projets de maquette de licence, gestion des notes, planning des séries de travaux pratiques… Damien Dupond, maître de conférences depuis dix ans dans une université scientifique, n’a pas que sa recherche et son enseignement à mener de front.
Si l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) évalue sa recherche tous les quatre ans, comment sont prises en compte les tâches administratives et pédagogiques hors celles relevant de sa mission d’enseignement ? « Pour la participation aux maquettes, c’est un travail colossal surtout en temps de réunion. On reçoit l’estime des collègues, qui ensuite demandent votre avis sur beaucoup de choses, mais ce n’est pas comptable dans les commissions d’évaluation », sourit-il.
5000 copies à gérer par examen
Comme responsable d’une des disciplines du premier cycle - 500 étudiants et une dizaine d’enseignants-chercheurs -, il s’estime bien loti avec une décharge d’enseignement d’une demie douzaine d’heures par an. Il en est déjà à la neuvième version de planning d’enseignement et le mouvement en cours lui rappelle des souvenirs. « Lors du CPE, j’ai dû faire 19 versions de planning pour que les étudiants puissent rattraper tous les TP ! ».
Avec seulement deux secrétaires administratives qui doivent gérer 5000 copies par session, impossible d’éviter de décacheter des copies, de compiler les notes… Pas vraiment des missions d’universitaire !
Les mêmes critères que les chercheurs avec 50 % de temps en moins
Et surtout du temps en moins pour la recherche alors qu’elle seule est réellement évaluée nationalement pour faire avancer sa carrière. « Les enseignants-chercheurs sont évalués sur les mêmes critères que les chercheurs mais avec 50 % de temps en moins. Cela montre que l'on peut rester productif et efficace ! Avec les évaluations de l’AERES sur notre recherche, tout risque d’être inféodé à la note reçue. Ce sera double peine ou double gain ensuite pour obtenir des crédits des agences de moyens puisque les évaluations seraient accessibles par tout bailleur comme l'Agence nationale de la recherche», redoute-t-il.
Des crédits que les équipes se disputent de plus en plus. Avec des effets pervers redoutés. « On cherchera sur des thématiques faciles ou médiatiques qui peuvent rapporter gros et surtout pas sur de nouvelles pistes. Or si nos étudiants sont si appréciés à l'étranger, c'est aussi parce qu'ils viennent d'un monde où l'on réfléchit sur ce qui ne se fait pas ailleurs ».
Plus d’enseignement pour les universités les plus pauvres
Comment voit-il le nouveau décret ? « On nous fait miroiter une prise en compte des charges d’enseignement mais sans critères nationaux définis». En filigrane : des enseignements plus lourds pour les universités les plus pauvres en chercheurs publiant et donc en subsides de l'Etat avec des heures complémentaires à débourser, les plus aisées des universités se payant des contractuels.
Autre crainte ? Le nouveau système d’allocation des moyens qui pourrait travestir les missions mêmes d’enseignants-chercheurs. « Si le président me demande d’amener tant d’étudiants aux examens alors qu’ils ont été mal orientés, cela va me poser un problème de mission ».
Avec à terme, une conséquence redoutée : l’augmentation des frais d’inscription. Un sentiment d’incompréhension aux allures de catalogue que le salaire de 2300 euros nets par mois (hors primes) après dix ans de carrière - 1500 euros net au recrutement – n’apaise pas. «Je forme des étudiants qui vont peut-être gagner autant que moi ! ».
* Les prénom et nom ont été modifiés à la demande du témoin.
09.02.09
Aller plus loin
La réforme du décret statutaire des enseignants-chercheurs introduit formellement la modulation des services. Les instances dirigeantes de l’université en auraient la maîtrise sur la base d’une évaluation individuelle des universitaires sur l’ensemble de leurs missions : enseignement, recherche, fonctions administratives. Comment les enseignants-chercheurs sont aujourd’hui évalués et que pensent-ils du projet de décret ? Deux enseignants-chercheurs témoignent de leur métier et répondent à cette question.
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Deux tribunes "incontournables" sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs sont parues le jour de la manifestation nationale : la première signée par quatre présidents d'université (Strasbourg, Paris-Descartes, Université de la Méditerranée, UPMC) défend le projet de décret dans sa version modifiée ; la deuxième, signée Albert Fert, prix Nobel 2007, s'y oppose.
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a adressé le 30 janvier 2009 une lettre aux enseignants-chercheurs « afin de (leur) faire part des précisions qui ont été apportées au projet de décret avant sa transmission au Conseil d’Etat ». « Je tiens à apporter les réponses attendues, lever les ambiguïtés, préciser et expliquer le texte dans sa lettre et dans son esprit, etc. », écrit Valérie Pécresse. Le projet de décret modifiant le décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs a été transmis le même jour au Conseil d'Etat.
En parallèle des débats houleux qui se déroulent depuis plusieurs semaines dans la presse, à propos de la réforme du décret de 1984, deux enseignants-chercheurs s'expriment le 10 février 2008 dans La Tribune et Libération, l'un d'un point de vue économique soumettant plusieurs mesures à appliquer en temps de crise, l'autre en mettant en scène la petite histoire de la modification du décret sur le statut des enseignants-chercheurs.
Plus de 300 représentants d’universités ont participé à l'assemblée générale organisée, le 2 février 2009, à La Sorbonne, par la coordination nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Selon les organisateurs, toutes les universités étaient représentées. L’appel à la grève illimitée et générale, sous le mot d’ordre « l’Université et la recherche s’arrête », a été voté en ce premier jour censé marquer le début du blocage des universités. Le succès de cette grève repose encore sur une inconnue. La Coordination nationale devra montrer sa capacité à mobiliser au-delà des cercles syndicaux et des collectifs, auprès des enseignants-chercheurs, des étudiants et même des personnels administratifs.
Les modifications du décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs suscitent un mouvement de protestation dans la communauté universitaire. Les universités pourront désormais moduler le temps de service entre enseignement, recherche et tâches administratives. Une petite révolution analysée par Christine Musselin, directrice du CSO, auteur de plusieurs ouvrages sur les universitaires.














