En bref
L'universitaire Olivier Beaud répond à FOG et quitte Le Point
Olivier Beaud, juriste de Paris 2 très actif dans le mouvement des enseignants-chercheurs, a décidé de mettre fin à sa collaboration avec le journal Le Point.
Il a écrit une lettre pour expliquer sa décision, adressée à Franz-Olivier Giesbert, auteur de l'éditorial qui a mis le feu aux poudres le 5 février 2009.
Le directeur du Point y attaquait de plein front la mobilisation des universitaires, qui « derrière leur logomachie pseudo-révolutionnaire, ont souvent, chevillée au corps, l’idéologie du père Peinard ».
« Monsieur,
Dans Le Point, du 5 février 2009 (n° 1899), vous avez publié un éditorial, intitulé « l’idéologie du Père Peinard » qui était une attaque en règle contre les universitaires protestant contre les réformes en cours sur le projet de statut et la « mastérisation » des concours.
Comme beaucoup de mes collègues, j’ai été très choqué par le contenu et le ton de cet article qui donnait au grand public une image caricaturale du milieu universitaire et de notre métier. Le mot qui vient à l’esprit pour le caractériser est celui de « poujadisme anti-intellectuel ».
C’est pour cette raison que, sollicité par plusieurs de mes collègues de l’Université de Paris II, également outrés par votre éditorial, j’ai co-signé une lettre de protestation collective. Vous m’avez fait savoir préalablement à l’envoi de cette lettre que vous étiez d’accord sur l’idée même d’une sorte de droit de réponse. Mais lorsque vous avons adressé notre texte par courriel, le 12 février 2009, vous avez alors exigé, pour le publier, des coupures tellement substantielles que nous les avons refusées. Nous avons préféré le publier intégralement ailleurs, ce qui fut fait, le week-end suivant, dans la version électronique du Journal du Dimanche.
Il va de soi que vous pouvez exprimer votre désaccord avec le mouvement de protestation des universitaires. Mais dès lors que vous l’avez fait avec la radicalité des propos tenus dans votre éditorial, il est plus surprenant que vous « censuriez » une réponse qui restait courtoise sur la forme, même si on pouvait la juger ironique. Une telle inégalité est choquante car votre attaque est restée finalement sans réponse dans votre journal. Par ailleurs, il ressort de cet épisode que nos positions sont totalement divergentes sur la question universitaire. Etant de ceux qui sont parmi les plus impliqués dans le combat visant à faire retirer le projet de décret statutaire, je suis contraint d’en tirer les conséquences.
Après avoir mûrement réfléchi, j’ai décidé de cesser désormais toute collaboration avec le journal que vous dirigez. Je ne rédigerai donc plus les billets sur le droit constitutionnel que Mme Pierre-Brossolette publiait dans la rubrique « France ». Croyez bien que je regrette profondément cette décision. J’avais, jusqu’à présent, bénéficié d’une totale liberté dans cette chronique et beaucoup apprécié la faculté qui m’était offerte d’exposer au public, de façon didactique, des questions constitutionnelles d’actualité.
Sachez bien, enfin, qu’on ne peut pas à la fois solliciter les universitaires comme experts, quand on a besoin de leurs lumières, et les vilipender comme des fonctionnaires fainéants et épris de conservatisme dès qu’ils s’opposent à des réformes qui abaissent leur statut et portent atteinte à leur identité professionnelle.
Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs
Olivier Beaud. »
24.02.09
Aller plus loin
La rédaction d'Educpros a selectionné un témoignage et une tribune qui reviennent sur la supposée fainéantise des enseignants-chercheurs. Objectif des universitaires qui signent ces deux billets : démonter ce préjugé, chacun à leur manière.
Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, répond à son tour à Olivier Beaud, dans une lettre adressée au juriste le 24 février 2009. Il revient sur la polémique née de son éditorial du 5 février sur le mouvement de mobilisation en cours dans les universités. Educpros s'est procuré cette lettre et la publie en exclusivité.
De mémoire de juriste, la grève des enseignants-chercheurs dans les facultés de droit est d’une ampleur « exceptionnelle et symbolique". Une telle mobilisation remonte à 1983, contre le projet de loi Savary ! Selon le président de la Conférence des doyens de faculté de droit, Paul-Henri Antonmattéi, parmi les 56 facultés de droit, 80 % ont enregistré, le 26 janvier 2009, des mouvements d’enseignants-chercheurs mobilisés contre la réforme de leur statut sous des formes diverses : rétention de notes, grève, réunion d’explication devant les étudiants... Le même jour, Valérie Pécresse recevait, avec son directeur de cabinet et sa conseillère sociale, une délégation de juristes, avant de recevoir les autres acteurs du mouvement.








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