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Les locaux aménagés par Stortford Interiors, DR
Grande-Bretagne : des lycées aux méthodes très business
Xavier Darcos rêve de rendre les élèves plus autonomes dans le cadre de sa réforme du lycée. La Grande-bretagne l'a fait. Son gouvernement a accrédité 36 « academies » sur le modèle managérial des entreprises. Au départ, l’idée était d’améliorer le niveau de collèges ou lycées en perte de vitesse dans des quartiers défavorisés en les plaçant sous la tutelle de financements privés. Si les examens et programmes nationaux doivent être respectés, la pédagogie appliquée aux élèves est davantage inspirée des canons du business. Séduit par la réussite de ces écoles, le gouvernement compte en ouvrir 210 en tout d’ici à 2010. Reportage dans la banlieue de Pertersborough à l’academy Thomas Deacon plc.
A Thomas Deacon plc (Public Limited Company), les élèves portent un badge les identifiant, pointent à l'entrée et à la sortie de l'établissement mais aussi en début de cours et chaque fois qu'ils vont aux toilettes. Thomas Deacon n'est pas une école du secondaire comme les autres. Il s'agit d'une academy et son fonctionnement comme ses locaux ressemblent à ceux du QG d'une grande entreprise : fauteuils de cuir dans lesquels les élèves discutent business, salles de classes aux larges baies vitrées offrant une vue privilégiée sur ce qui se passe à l'intérieur mais aussi à l'extérieur, studio de danse au rez-de-chaussée et espace d'exposition au dernier étage.
« Rentrez dans la salle de réunion ! »
Le jargon de l'école n'est pas non plus traditionnel. Une salle de classe est une salle de réunion. Le chef d'établissement porte le titre de chef d'entreprise et on appelle un prof un directeur d'innovation. La sonnerie et les emplois du temps fixes font aussi partie d'un passé révolu. Cours de récré et salle des profs n’existent plus. Les élèves restent des élèves et ils sont 2200, âgés de 11 à 18 ans à fréquenter l'academy qui a ouvert ses portes en septembre 2007.
Ordinateurs, salle de gym et mur d’escalade
Comment réagissent élèves et personnels ? Selon Rachel Baker, 18 ans et représentante des élèves, "ça a été un choc au départ, surtout au niveau de la taille". L'academy résulte en effet de la fusion de trois écoles. Elle ajoute : "Les conditions sont dix fois meilleures. Il y a un ordinateur pour chaque élève, une salle de gym, un mur d'escalade. Et puis, on peut trouver les profs plus facilement, ils ne se cachent pas !" Les enseignants comme l'administration semblent également se satisfaire de cette absence de salle des profs. Le chef d'entreprise, Alan McMurdo, admet cependant qu’en conséquence, trouver le personnel pour leur parler relève parfois du challenge.
La journée type des élèves s’organise autour de deux sessions de 90 minutes le matin et une l'après-midi. La pause-déjeuner d’une demie heure n’est pas prise en même temps par tous les élèves. A partir de 14h30, les activités sportives démarrent pour les 11-16 ans. Les plus âgés ont généralement cours jusqu'à 17h30.
Des colleges à taille humaine
L'academy est divisée en 6 colleges d'environ 300 élèves tous âgés de 11 à 18 ans. Chaque college a son propre nom, sa couleur de cravate, son accueil et son secrétariat. Pour Louise Moir, responsable du 6th Form (deux dernières années d'enseignement), le système de la répartition en colleges est un facteur clé du succès de l'academy. "Cela veut dire qu'en appartenant à un collège, les élèves peuvent trouver leur place dans l'école. Sinon, avec un effectif de 2200 élèves, ils seraient perdus".
A l'heure où les élèves entament leur période d'examens, Rachel est confiante : "Thomas Deacon est beaucoup plus une entreprise qu'une école. On nous prépare à l'université et au monde réel. On nous apprend à nous concentrer sur des sujets plutôt qu'à perdre du temps à droite et à gauche", constate-t-elle.
2 millions de £ pour devenir une academy
Thomas Deacon PLC fait partie des 36 academies que compte aujourd'hui la Grande Bretagne. En 2000, Tony Blair a créé ce système dans le but d'élever le niveau d'écoles aux résultats peu performants, bien souvent situées dans des quartiers difficiles et défavorisés. Pour obtenir le statut d'academy, plusieurs écoles doivent se regrouper et réussir à obtenir un financement privé provenant d'entreprises, de groupes religieux ou d'organismes caritatifs pour un montant minimum de 2 millions de livres Sterling (environ 3 millions d'euros). Une fois le financement atteint, c'est l'organisme privé financeur qui gère l'établissement comme il l'entend. Il est toutefois tenu de respecter les programmes et le calendrier des examens nationaux.
L'aspect "business" va-t-il trop loin ? Même si le fonctionnement de l'academy suscite des controverses, le gouvernement semble déjà convaincu de la pertinence de ce nouveau système. Il envisage d'étendre le nombre d'academies à 210 d'ici 2010.
05.06.08
3 commentaires
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IP - 10/06/2008 10h55
Est-ce qu'ils ont des projets en direction des entreprises? Et le retour de ces entreprises les incitent-ils à aimer l'entrepreunariat. Cela manque en France. Aucun esprit d'initiative enseigné dans nos écoles!!!
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Viviane Micaud - 07/06/2008 11h51
1) Il faut plus de moyen dans les quartiers défavorisés. Le prendre dans le privé dans un partenariat qui en plus forme à la connaissance de l'entreprise. Pourquoi pas ? Sur le religieux, je serai réticente.
2) Le principal problème dans les collèges et lycées défavorisées est la gestion des "élèves perturbateurs". C'est à dire des élèves qui refusent de respecter les règles de la vue en communauté et qui pompent l'énergie de l'enseignant dans les cours. A partir de 3 dans une classe, il est impossible à l'enseignant de former correctement. Les élèves qui respectent les règles n'ont pas la même possibilité d'apprendre.
Jusqu'à maintenant, la position doctrinaire de l'éducation nationale s'appuyant sur le besoin de déculpabiliser de certains parents, étaient : c'est la faute des profs qui ne savent pas les intéresser. Soyons réalistes : l'enseignement à des contraintes et il est tout à fait impossible d'intéresser un enfant qui n'a pas envie d'apprendre. J'attends toujours de voir publier une étude comparative sur la prise en charge des "élèves qui ne respectent pas les règles" dans les autres pays d'Europe. En France, le manque de surveillant fait qu'il n'est souvent même pas possible de leur demander de sortir de la classe. C'est un des points fondamentaux des problèmes dans les collèges et dans les lycées professionnels. Une poignée d'enfants pompent l'énergie des profs sur des problèmes de discipline et dégradent fortement les possibilités d'apprentissage des autres. -
Danielle - 06/06/2008 09h19
Est-ce le decorim décrit précédemment qui incite les élèves à être davantage attentifs? Quels sont les effectifs pendant les enseignements?
Et qu'attendent les financeurs en retour? Un groupe religieux qui finance une école ... et le retour culturel.




