En bref
Réforme Darcos : les élus lycéens n’apprécient ni le discours, ni la méthode
Samedi, le Ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, a invité les 600 délégués à la vie lycéenne à débattre du « projet de réforme » du lycée. La séance plénière, censée restituer leurs observations, fut houleuse (le reste de la journée était à huis clos). Extraits.
« C’est une mascarade ! Le ministre croit que c’est parce qu’on a 18 ans qu’on n’a pas compris que le seul but c’est de faire des économies » A la sortie du grand amphithéâtre de Polytechnique, Claire fulmine. Derrière elle, Emmanuel ironise. « C’est vraiment du politique tout craché. Il nous dit qu’il ne supprime aucun poste enseignant au lycée, mais il ne parle pas de tous les départs en retraite non remplacés ». Ces deux remarques reflètent un sentiment largement partagé : avoir été conviés pour cautionner une réforme ficelée et guidée par le souci d’économies.
"Pas de réponses à nos espérances"
« On a été prévenus il y a une semaine, et en arrivant ici, on nous a demandé de ne pas poser de questions », dénonce Maxime. « C’est comme si on nous avait attribué un rôle. Finalement, on n’a pas eu de réponses à nos espérances. On voudrait des explications sur le fond de cette réforme et non sur l’organisation ». L’amphi applaudit à tout rompre.
A la tribune, l’animatrice du débat a du mal à égrener les réflexions issues des ateliers. La plupart reflètent des inquiétudes : un emploi du temps trop cloisonné, des parcours trop déterminés à l’avance, la diminution du temps d’enseignement. « Pourquoi perd-on cinq heures de tronc commun par rapport à la seconde d’aujourd’hui » questionne Simon. « C’est une baisse de notre formation qui conduit forcément à un bac moins exigeant. Nous serons donc moins qualifiés et les plus pauvres d’entre nous vont en pâtir » Nouvelle ovation.
Recréer des groupes de niveau
La synthèse des ateliers continue cahin-caha. Les lycéens veulent notamment être mieux informés dès la troisième, mieux préparés à l’enseignement supérieur, mieux accompagnés de façon personnalisée. « Pourquoi on change tous les ans de profs » lance Audrey. « Il faudrait quelqu’un qui nous suive de la seconde à la terminale ».
Xavier Darcos essaie de calmer le jeu. « C’est forcément frustrant de ne pouvoir débattre qu’une seule journée ». Et de relativiser la réduction des horaires. « 30 heures, c’est un choix moyen entre les 28 à 34 heures d’aujourd’hui ». Dans la salle, un délégué lycéen désapprouve. « On va recréer des groupes de niveau par le biais des options ». « Discrimination sociale ? Nous voulons faire l’inverse », se défend le Ministre en rappelant qu’un enfant d’ouvrier a aujourd’hui sept fois moins de chances de réussir qu’un enfant de cadre. « On veut justement que les familles les moins fortunées puissent trouver du soutien à l’intérieur du lycée ».
Des professeurs plus accessibles
Tant bien que mal, l’animatrice poursuit sur le « rôle du professeur ». Davantage de contact, davantage de disponibilité, de temps pour des entretiens, en dehors des horaires de cours figurent parmi les demandes. Là aussi, la réplique fuse. « Alors stop aux suppressions de postes. S’il y a moins de profs, et s’ils sont répartis sur plusieurs lycées, ils sont forcément moins disponibles ». Dans le brouhaha, la séance se termine. Mais dans le hall, une poignée de lycéens restent groupés et entonnent leur slogan préféré. « Au cul, au cul, aucune hésitation. »
17.11.08
Aller plus loin
La réforme du lycée de Darcos verra-t-elle le jour dès la rentrée 2009 ? La rumeur enfle de toutes parts, en dépit des démentis formels du ministère.
CONFIDENTIEL
La réforme du lycée est menée par le recteur Jean-Paul de Gaudemar dans un agenda très serré. Xavier Darcos devrait présenter son projet le 15 octobre 2008 au CSE (conseil supérieur de l’éducation) pour recueillir son avis consultatif. Les premières décisions doivent être prises en décembre 2008. Dans un an, les élèves entrant en seconde seront les premiers à tester l'autonomie que le ministre souhaite leur accorder. D’ici là, plusieurs étapes restent à franchir en maintenant le fil de la concertation. Le SNES a menacé de quitter la négociation, le 18 septembre 2008, avant de revenir à la table de discussion après avoir obtenu du ministère qu’une "réflexion" soit engagée sur le calendrier de mise en œuvre de la réforme.
Le report de la réforme du lycée annoncé le 15 décembre 2008 n'aura pas suffi. La proposition "d'états généraux" dans les établissements non plus. Malgré ces annonces, Xavier Darcos n'arrive pas à calmer les lycéens, qui sont restés très mobilisés à la veille des vacances de Noël.
Coup de théâtre. Alors que Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, devait détailler mardi 16 décembre 2008 la nouvelle seconde, prévue pour la rentrée 2009, un communiqué du ministère a brusquement annoncé, la veille, le report de sa réforme. « Xavier Darcos a décidé de laisser plus de temps pour la mise en œuvre de la réforme de la classe de seconde initialement prévue pour la rentrée 2009 dans le cadre de la réforme du lycée », mentionne le texte. Celui-ci précise également que le ministre « propose de prolonger les discussions sur le lycée ». Ces discussions débuteront en janvier 2009.
Faut-il donner des médailles aux bacheliers, comme l'a un temps suggéré Xavier Darcos en septembre 2008 ? Gaëtane Chapelle, docteur en psychologie, professeur invitée à l'université de Louvain (Belgique) et co-directrice de la collection Apprendre aux PUF, déplore le recours, une fois de plus, à une « conception du mérite, comme étant le meilleur facteur de motivation pour les élèves ». Ces nouvelles récompenses, « de couleur différente » et « peut-être sur le mode des médailles sportives, or, argent bronze…selon la mention obtenue », selon le ministre, visent à valoriser un diplôme, en perte de vitesse depuis bien longtemps. L'intérêt de cette mesure, simple « doublon des notes », est loin d'être évident pour Gaëtane Chapelle.
Près de 12 millions d’élèves font leur rentrée le 2 septembre 2008. Les enseignants sont eux déjà à l’œuvre, tout comme Xavier Darcos. Après avoir essuyé un mouvement lycéen au printemps dernier, le ministre de l’Education nationale veut faire de 2008-2009 « l’année des enseignants ».








Commentaires
viviane micaud - 17-11-08 10:40
Trois éléments intéressants :
- les lycées ont compris qu\'ils étaient là pour conforter une réforme déjà décidée et ils n\'ont pas apprécié,
- les lycées souhaitent \"être mieux informés dès la troisième, mieux préparés à l\'enseignement supérieur, mieux accompagnés de façon personalisée\". C\'est également la demande des parents. Les jeunes et des parents veulent connaître les conséquences des choix. Et c\'est le principal reproche à l\'éducation : l\'opacité des conséquences de l\'orientation. Or, que ce qui fait dans la réforme Darcos, sur sujet est complétement poudre aux yeux. Par aileurs, l\'obligation de recourir à des heures supplémentaires de professeurs à pour conséquence de supprimer des flexibilités aux établissements et rendre plus nombreux les services d\'enseignants sur deux établissements, dont moins disponibles pour le suivi des élèves.
- les lycéens s\'opposent encore aux groupes de niveau. Ce qui montre que Darcos a joué au pompier pyromane. Parents et enfants rêvent, et c\'est humain, de pouvoir accéder à toutes les formations. Par contre, c\'est totalement irresponsable de flatter ce rêve irréaliste. Pour toute formation, il y a des prérequis (des connaissances et des pratiques à avoir pour tirer bénéfice du cours) : on ne peut pas aller en Deuxième année de Chinois, après une première année d\'Espagnol. Il est impossible de faire faire les mêmes maths à tous les élèves de terminales, sauf à créer des frustations incroyables et tuer l\'enseignement supérieur en Math et Physique. Aussi, il est impossible de concevoir une formation qui prépare à l\'enseignement supérieur sans créer des \"niveaux\" et n\'y a pas de vraie solution pour le lycée, sans le reconnaître explicitement. Il s\'agit de trouver la construction qui permet à chaque enfant de trouver sa place et qui soit lisible. (acquis nécessaire pour y réussir, conséquences sur l\'orientation). Il faut expliciter et faire connaître les passerelles qui permettent aux jeunes qui ont un potentiel pour apprendre rapidement et qui ne l\'ont pas exploité dans leurs jeunes années de rattraper les meilleurs niveaux dans la filière qu\'ils ont choisi. (Le pire c\'est que ces passerelles existent, mais ceux qui font du lobbying pour l\'égalitarisme sont également ceux qui font tout pour décourager l\'utilisation des passerelles (la méthode est de propager une réprésentation qui fait croire que ces fillières sont pas pour eux et de s\'opposer aux solutions d\'accompagnement indispensables)).
Une dernière question : combien Darcos a dépensé pour cette mascarade sur une réforme déjà condamnée.
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