Interview

Yann Bergheaud (responsable du e-learning à Lyon 3) : « La fac de droit virtuelle a mis sept ans à devenir un phénomène de masse parmi les enseignants et les étudiants"
Yann Bergheaud est l'un des organisateurs des journées lyonnaises du e-learning de juin 2009. Responsable du service universitaire d'enseignement en ligne (SUEL) de Lyon 3, il revient sur l'avancée du tutorat en ligne et du déploiement du e-learning dans son université, ainsi que sur la situation juridique des enseignants-chercheurs vis-à-vis du droit d'auteur sur Internet.
L’université de Lyon 3 a mis en place une fac de droit virtuelle. Comment fonctionne-t-elle ?
A l’initiative d’un des anciens doyens de la faculté de droit de Lyon 3, du tutorat en ligne est intégré dans les maquettes de formation et financé par notre contrat quadriennal, depuis cinq ans. Cette « faculté de droit virtuelle » est une vitrine de la faculté de droit, avec quelque 800 ressources numériques calquées sur les programmes des cours du L1 au M1 de Lyon 3. Elles sont en open source, gratuites et à la disposition de tous. L’équipe de la fac de droit virtuelle est composée d’une quinzaine de tuteurs (vacataires, ATER, doctorants et quelques enseignants-chercheurs), chargés de produire des documents (mémento, tests d’autoévaluation, exercices corrigés…). Ils animent aussi la plateforme pédagogique en répondant aux étudiants, en faisant des wikis… En fac de droit, il n’y a plus de papier, remplacé par cette fac virtuelle qui joue le rôle d’un « cartable numérique » où l’étudiant retrouve le cours de l’enseignant plus le tutorat de l’université. Au final, parmi les 8000 étudiants de la fac de droit, nous avons 7000 visiteurs uniques par mois. Nous avons atteint le plafond. Mais il a fallu sept ans pour que le e-learning devienne un phénomène de masse parmi les enseignants et les étudiants.
Pouvez-vous tirer un bilan de ce e-learning tutoré ?
Pour produire un bilan pédagogique de ce e-learning, nous essayons de monter des indicateurs pour comparer les taux de réussite des étudiants, mais cela reste difficile. Pour la rentrée 2009, le CEVU voudrait mettre en place du tutorat renforcé à l’adresse des étudiants en régime salariés, dispensés de cours mais dont les taux de réussite à l’examen sont faibles. Ce pourrait être un groupe identifié pour mener des comparaisons de leur résultats, avec ou sans e-learning. Aujourd’hui, les cours ne s’arrêtent plus au bout de l’heure en amphi. La plateforme en est le prolongement en e-learning. Pour l’enseignant, c’est chronophage, mais je suis certain que cela améliore l’enseignement.
Quel est l’objectif du SUEL, le service universitaire d’enseignement en ligne ?
C’est un nouveau service créé il y a six mois. Il fonctionne sous la direction de Hervé Croze, chargé de mission pour le développement de l’université numérique, rattaché au président de l’université. J’en suis le responsable. L’objectif de ce service est d’élargir le principe de fac virtuelle à l’ensemble des composantes de l’université, en ayant avec chacune une réflexion pédagogique. On veut faire naître un besoin au sein de la composante, ne pas imposer. Pour l’instant, une centaine d’enseignants-chercheurs interviennent, pour 15000 étudiants, alors qu’ils sont 350 enseignants investis dans la fac de droit virtuelle. La plateforme pédagogique existe depuis deux ans. Les locaux de Lyon 3 sont exigus et cette plateforme pourrait servir à accueillir de nouveaux publics et à vulgariser des connaissances universitaires, avec des interviewes d’universitaires, de colloques, de séminaires... Les étudiants pourraient aider à cette production. En droit, nous avons en podcast une centaine d’heures de cours. Les philosophes sont également intéressés.
Quelle est la situation juridique des enseignants-chercheurs vis-à-vis du droit d’auteur dans le cadre du e-learning ?
Juridiquement, toutes les productions des enseignants-chercheurs leur appartiennent. Ils sont toujours titulaires du droit d’auteur sur leurs cours : l’autonomie scientifique est inscrite dans le décret statutaire de 2009 alors qu’avant, seule la jurisprudence l’affirmait. A l’inverse, les enseignants du secondaire, dépendant de l’inspection académique, ne peuvent revendiquer de droit d’auteur sur leurs productions. Dans le cas des enseignants-chercheurs, on ne peut mettre leurs ressources pédagogiques en ligne sans leur accord. Et si l’un d’eux quitte notre établissement, il peut partir avec sa ressource. Le casse-tête commence lorsque l’enseignant-chercheur s’adresse à la cellule TICE pour produire un module pédagogique. Dans ce cas, la production de l’agent public de la cellule TICE appartient à l’établissement. Il s’agit soit d’une œuvre collective, avec un chef de projet titulaire du droit d’auteur, soit d’une œuvre collaborative, appartement en indivision à l’université et à l’enseignant-chercheur, ce qui est pire qu’une copropriété à gérer !
Comment faites-vous concrètement pour respecter le droit d’auteur des enseignants-chercheurs ?
Dans le cas classique d’un enseignement enrichi par du e-learning, on ne fait rien : cela appartient aux enseignants-chercheurs. Lorsqu’il y a des projets totalement e-learning, qui se rapproche de la FOAD, on fait signer un contrat en amont pour border les risques liés aux revendications sur le droit d’auteur. La rémunération dépend de l’établissement depuis la LRU, mais un référentiel national sur les services des enseignants (présentiel/e-learning) doit être finalisé. De notre côté, on sait que la préparation d’une heure de cours en présentiel demande 3 ou 4 heures de travail préalable. On évalue que trois ou quatre heures de travail sur une plateforme (tutorat, construction de module, QCM…) équivalent à une rémunération d’une heure de cours magistral. Sur nos 600 heures de tutorat, nous appliquons déjà une grille de rémunération. Les enseignants-chercheurs fortement investis dans le e-learning vont se décourager si une forme de rémunération ou de reconnaissance n’est pas trouvée. Il ne s’agit pas que d’une rétribution financière, il faut aussi reconnaître l’intérêt pédagogique du e-learning, et reconnaître que ces plateformes servent l’image de l’université car des étudiants s’inscrivent aussi pour cela.
Qu’apporte la mise en application de l’exception pédagogique au droit d’auteur dans le domaine du e-learning ?
L’exception pédagogique au droit d’auteur est à l’origine une directive européenne qui permet de reproduire de larges extraits de documents protégés par le droit d’auteur dans le cadre d’une activité d’enseignement. Dans un module d’apprentissage de l’anglais par exemple, cela permet désormais de passer une bande annonce en anglais ou dans un autre cas d’intégrer de la BD, des caricatures… Avant on était dans la situation absurde où ce droit de citation élargi était possible avec les photocopies sur papier mais le numérique en était exclu. La directive a été transcrite dans le droit français avec la loi DADVSI d’août 2006 qui prévoyait sa mise en application au 1er janvier 2009. Aujourd’hui, ce droit de citation élargie devient légal sur les supports numériques même si le décret d’application n’est pas paru.
29.06.09
Aller plus loin
Pour Valérie Boisgelot, créatrice du cabinet Emergences, les approches décalées permettent « d’assouplir » la pensée et proposent d’autres grilles de lecture pour comprendre les évolutions de l’entreprise.
Regain des stages courts interentreprises dans les domaines du développement personnel, de l'informatique ou du management, formations « métiers » de plus en plus contextualisées, timides avancées pour promouvoir l’accompagnement personnalisé… telles sont les tendances phares des catalogues 2008.
Après la grippe aviaire, les grèves et blocages d’universités, la pandémie attendue de grippe A constitue une aubaine pour promouvoir les TICE dans l'enseignement supérieur. La fermeture des écoles et universités donnerait une occasion unique de mettre les ressources numériques, les environnements numériques de travail et le e-learning à l’épreuve des faits. Hot line, cours en ligne ou plateforme, nous avons cherché à savoir comment les établissements se préparaient.
Que penser des formations réservées aux femmes ? Le point de vue de Patrick Scharnitzky, docteur en psychologie sociale, maître de conférence à l’université de Picardie (1).
Prendre confiance en soi, lever les obstacles pour progresser… Ce sont les grandes thématiques des programmes de formation pour femmes qui oscillent entre cours théoriques et exercices pratiques, coaching et « networking ». Pourseformer lève le voile sur ces stages réservés aux femmes, et vous donne la parole.
Pour les experts, la créativité serait comme un muscle : existante, mais trop peu sollicitée. Des méthodes simples permettent d’innover dans la pratique managériale ou technique. À condition d’accepter une touche d’irrationnel.
C’est l’une des plus importantes donations au milieu universitaire allemand : les héritiers des laboratoires Merck viennent de concéder 25 millions d’euros à l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf. Un tiers de ce fonds versé sur dix ans sera alloué à la construction de nouveaux bâtiments, le reste servira à la rémunération de six professeurs et d’une douzaine de chercheurs. En Allemagne, les relations entreprises-universités puisent leur origine dans une vieille tradition.
Construire sa légitimité et gagner en autorité. Ce sont les promesses d’un stage proposé par Docendi, qui revisite les fondamentaux du management autour de ces deux notions. Reportage.
Faire des vocalises pour mieux maîtriser son expression orale, s’entraîner sur un terrain de rugby pour comprendre le travail d’équipe… les formations « décalées » sont une façon originale de joindre l’utile à l’agréable.
Comment apprendre à se mettre en valeur et à développer la confiance en soi qui fait défaut ? Récit de deux journées d’échanges et de découvertes au cours du stage « Leadership au féminin ».
Les conseils de Patrick Duhoux, pédagogue et spécialiste, co-auteur de « Développer sa créativité », paru aux éditions du Retz.
Le ministre britannique de l’Enseignement supérieur, John Denham, a annoncé en cette rentrée que le gouvernement allait investir 1,5 milliard d’euros dans les trois années à venir pour encourager les entreprises à innover et développer leurs technologies. L’une des composantes de ce projet, intitulée « New Science and Innovation Strategy », consiste à renforcer les liens entre instituts d’enseignement supérieur et entreprises. Ces interactions prennent différentes formes. Bien que les établissements supérieurs soient des organismes financés par l’État, ils sont fortement encouragés à trouver de l’argent ailleurs. Et chaque université est libre de procéder comme elle le souhaite.
La loi sur la réforme des universités, votée en Espagne en 1983 (ley de reforma universitaria), a mis en place des « consejos sociales de las universidades publicas », conseils servant de passerelles entre l’université et la sphère sociale, les entreprises en particulier.
Plus on a d’expérience professionnelle et de responsabilités de direction, plus il semble être paradoxalement difficile de réaliser son CV. Un cadre dirigeant, patron de PME ou membre du « top-management » d’une entreprise devant chercher un nouvel emploi se trouve souvent très dépourvu.
Crise, licenciements, parachutes dorés... Ecoeurés ou détachés, les salariés s’adonnent à un sport très couru : la soumission stratégique. Sans prise sur la donne économique, le manager peut néanmoins agir à son niveau. En usant de bon sens et de psychologie. Efficace à condition de rester crédible.
Les difficultés à retrouver un emploi rencontrées par les « seniors » s’expliqueraient-elles seulement par les a priori et la mauvaise volonté des entreprises vis-à-vis de cette catégorie de population ? Si la grande majorité des cadres expérimentés utilise à bon escient les méthodes de recherche d’emploi, ils ont parfois intérêt à retravailler leur présentation. Conseils.
Utilisée avec discernement, la pratique du coaching peut aider à résoudre un problème relationnel avec un collaborateur. C’est ce que nous avons appris lors de la formation « Manager coach » de la Cegos. Morceaux choisis.
Après deux ans de gel, l’activité repart : c’est le constat dressé par la FFP (Fédération de la formation professionnelle) dans sa dernière enquête annuelle réalisée auprès de ses 335 adhérents.
Si certaines femmes ne sont pas prêtes à sacrifier leur vie privée, d’autres se heurtent à la culture machiste et aux stéréotypes culturels tout au long de leur carrière. Et pas seulement lorsqu’il s’agit d’atteindre des postes de direction.
Aurélien Casta vient de recevoir une mention de l’OVE (Observatoire de la vie étudiante) pour son mémoire de master 2* à Paris 10 intitulé « L’action publique dans les ressources financières des étudiants en France et en Angleterre depuis les années 1980 : bourses et prêts ». Sa comparaison met en évidence le développement diamétralement opposé de chacun des systèmes d’aides aux étudiants de part et d’autre de la Manche.
Entretien avec Patrick Scharnitzky, docteur en psychologie sociale, auteur de l’ouvrage « Les Pièges de la discrimination. Tous acteurs, tous victimes », paru aux éditions de l’Archipel.
Pour recevoir l’un des premiers labels égalité professionnelle, la PME Wim Bosman (1 500 collaborateurs, appartenant au groupe de transport-logistique néerlandais éponyme) n’a pas été contrainte de réviser totalement son mode de fonctionnement : l’égalité était déjà inscrite dans ses modes de recrutement et de management. Entretien avec Brigitte Herbomez, sa directrice.
Bien choisir sa formation en ligneApprendre à son rythme quand on veut, d’où l’on veut : le e-learning est séduisant... sur le papier. Encore faut-il faire le bon choix.



























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