En bref
Réforme du lycée : les sciences éco en tête de la contestation
Doucement mais sûrement, la colère monte chez les enseignants de certaines disciplines du lycée : physique-chimie, histoire-géographie, sciences de la vie et de la Terre et surtout sciences économiques et sociales (SES). Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, doit donner des précisions sur la réforme du lycée conduite par Jean-Paul de Gaudemar, au prochain CSE (conseil supérieur de l'éducation), le 15 octobre 2008. En attendant, les associations disciplinaires multiplient les assemblées générales et les courriers aux parents d’élèves. Leur inquiétude porte notamment sur la baisse du nombre d’heures de cours en seconde et la mise au ban du tronc commun (composé de français/philosophie, LV1, LV2, mathématiques et EPS) de ces matières en première et terminale.
Vers une fusion ES–STG ?
Sur les SES, la polémique est lancée depuis quelques mois déjà, avec le rapport Guesnerie commandé par Xavier Darcos qui formulait plusieurs critiques sur cet enseignement jugé trop lourd, mal hiérarchisé et avec des fondamentaux insuffisamment maîtrisés, ainsi que l’absence de notions de comptabilité, apanage des STG. Le ministre de l’Education nationale avait par ailleurs jugé, dès la rentrée 2007, que la filière SES offrait des « débouchés incertains » aux élèves. L’APSES (association des professeurs de SES) était montée au créneau pour défendre une filière qu’elle considère au contraire comme attractive et avec de bons débouchés. « Nous craignons un démantèlement de notre enseignement », explique Sylvain David, son président. « En seconde, les cours de SES pourraient chuter de 80 à 50 heures (soit -40 %). Dans le cycle terminal, les SES pourraient être éclatées en différents modules dans le parcours « sciences de la société ». C’est pour nous inacceptable ».
En outre, lors de sa rencontre avec l’APSES, le 24 septembre 2008, Jean-Paul de Gaudemar a évoqué le rapprochement entre l’enseignement en économie dispensé en STG (sciences et techniques de gestion) et celui dispensé en ES. Une goutte d’eau qui fait déborder le vase… Si les professeurs de la filière technologique sont plutôt ravis, les enseignants de la filière générale redoutent la fusion des différentes voies d'enseignement au lycée.
Les lobbies anti-ES en embuscade ?
Pour l’APSES, il semble clair que les lobbies anti-SES, comme l’Institut de l’entreprise*, influencent Jean-Paul de Gaudemar. Trop gauchistes pour les milieux économiques, les sciences économiques ? Trop éloignées du grand patronat ? « L’enseignement de SES est toujours suspect aux yeux de certains, y compris au sein de notre institution », indique laconiquement l’association dans un communiqué. Pour « empêcher la liquidation de l’enseignement de SES » et la précipitation du ministère à réformer, l’APSES appelle à rejoindre la manifestation nationale du 19 octobre 2008.
*L’Institut de l’entreprise réunit une trentaine de grands groupes. Il s’agit surtout d’un lieu de réflexion autour de questions économiques, sociales et sociétales mais aussi de formation au monde de l’entreprise et de rencontre.
03.10.08
Aller plus loin
La réforme du lycée est menée par le recteur Jean-Paul de Gaudemar dans un agenda très serré. Xavier Darcos devrait présenter son projet le 15 octobre 2008 au CSE (conseil supérieur de l’éducation) pour recueillir son avis consultatif. Les premières décisions doivent être prises en décembre 2008. Dans un an, les élèves entrant en seconde seront les premiers à tester l'autonomie que le ministre souhaite leur accorder. D’ici là, plusieurs étapes restent à franchir en maintenant le fil de la concertation. Le SNES a menacé de quitter la négociation, le 18 septembre 2008, avant de revenir à la table de discussion après avoir obtenu du ministère qu’une "réflexion" soit engagée sur le calendrier de mise en œuvre de la réforme.
La réforme du lycée de Darcos verra-t-elle le jour dès la rentrée 2009 ? La rumeur enfle de toutes parts, en dépit des démentis formels du ministère.
2 commentaires
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Viviane Micaud - 07/10/2008 00h14
Les scientifiques vont aussi râler. Et eux, ils ont un bon argument, la compétitivité économique de la France. Il va être impossible pour l'avoir une position de leader dans la gestion des défis de demain (fin du pétrole et changement climatique) avec une politique de nivellement par le bas du niveau en science au lycée. Les finalités affichées de la réforme sont globalement justes (sauf les délires sur l'autonomie présentée comme une nécessité). Les solutions proposées sont clairement totalement inadaptées et ne permettent pas d'atteindre les finalités. Nous sommes dans l'utopie. Arrêtons de nier la diversité des élèves qui doivent atteindre le bac, acceptons de voir qu'un enseignement uniforme est impossible. Arrêtons de brimer les scientifiques parce que, depuis qu'on a suprimé l'option math du bac L et les littéraires qui ne veulent pas abandonner les maths se retrouve en S. Arrêtons de montrer comme un exemple souhaitable la Finlande, qui n'a pas dans les lycées généraux, l'équivalent de nos bacs technologiques (population plus homogène) et qu'il n'est pas du tout réputé pour le niveaux de ces techniciens et scientifiques. La réforme Darcos du lycée est basée sur un consensus mou de tout ce qui y a de doctrinaires et d'utopistes dans l'éducation nationale et doit être immédiatement stoppée. Il faut reprendre à zéro, en s'appuyant sur des gens qui connaissent la réalité de la diversité des jeunes et des modes d'apprentissage. Si les syndicats d'enseignants représentaient les profs, cela se saurait, il n'y aurait pas de malaise chez les enseignants car leurs problèmes seraient remontés et réglés.
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mimi - 06/10/2008 09h41
Il est très étonnant que JP de Gaudemar connu comme un enseignant d'extrême gauche (à lire sa thèse sur la mobilisation) trempe dans de telles magouilles patronales. Le goût du pouvoir peut-être. Dommage!





