François Edouard, rapporteur, Cese
« Le travail de nuit augmente les risques de cancer »
Pour François Edouard, auteur d’un rapport du CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental), le travail de nuit est un sujet de santé publique. Il tire la sonnette d’alarme sur ce phénomène qui explose en France sous une forme souvent insidieuse pour les salariés.
Qui est aujourd’hui concerné par le travail de nuit ?
Selon la Dares, 3,6 millions de salariés français travaillent la nuit, habituellement ou occasionnellement, contre 2,5 en 1991. Cette progression concerne particulièrement les femmes, qui sont depuis la loi de 2001 deux fois plus nombreuses à travailler la nuit. Censée rendre le travail de nuit exceptionnel, en invoquant « la continuité de l’activité économique », cette loi a fait exploser le nombre de salariés concernés en autorisant le travail de nuit des femmes, qui cumulent souvent deux activités. À partir de 50 ans, le nombre d’hommes qui travaillent la nuit diminue, alors que celui des femmes reste constant. Cette tendance générale à l’augmentation est contraire à ce qu’on observe dans le reste de l’Europe, où la courbe est descendante.
Votre rapport pointe la question du ressenti des salariés…
Le travail de nuit nous apparaît comme un sujet de santé publique. L’ensemble des personnes que nous avons auditionnées ont attiré l’attention sur un phénomène important : les salariés qui travaillent dans un environnement bruyant, dans la poussière, exposés à des solvants, etc. ont conscience de mettre en péril leur santé, alors que les personnes qui travaillent la nuit n’ont pas cette impression. Ils ont souvent choisi ce poste, apprécient leur autonomie du fait d’une hiérarchie moins présente. Or une étude menée par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) fait le lien entre le travail de nuit posté et la probabilité de cancer : l’exposition nocturne à la lumière fait baisser la production des défenses immunitaires. Sans parler des effets comme le déséquilibre alimentaire, le stress, etc. Au Danemark, le travail de nuit est considéré comme un risque de maladie professionnelle. Par le passé, certains sujets comme l’amiante ont été sous-estimés, il ne faudrait pas passer à côté de la question du travail de nuit. Il faut pour cela aussi mieux informer les salariés.
Quelles sont vos principales préconisations ?
Nous proposons 20 mesures, selon quatre grands axes : encadrer le recours au travail de nuit, renforcer la surveillance médicale, améliorer les conditions de travail de nuit et mieux concilier vie familiale et professionnelle. Pour éviter que le travail de nuit augmente, les conditions pour y recourir devraient être impérieuses. Nous estimons que la loi doit décrire les secteurs qui peuvent avoir recours au travail de nuit permanent, c’est-à-dire sans alternance avec des horaires de jour. En outre, le travail de nuit devrait être encadré par des conventions collectives étendues, afin que toutes les entreprises d’une branche soient concernées. Par ailleurs, les conventions collectives actuelles donnent la part belle à la rémunération, mais moins au repos compensateur. Nous proposons la mise en place d’un repos compensateur minimal légal.
Que peut-on améliorer sur le terrain ?
Il faudrait une surveillance médicale spécifique de ces salariés, ainsi que la constitution d’un dossier médical afin d’assurer la traçabilité de l’exposition aux risques. Plus concrètement, dans l’entreprise, il faut ménager des temps de pause ou des périodes de sommeil de courtes durées. Ou encore aménager les postes de travail. Cela passe par une attention à la luminosité, au bruit, à la température, au mobilier, aux repas.
(1) « Le travail de nuit : impact sur les conditions de travail et de vie des salariés », François Edouard, juin 2010.
12.07.10
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