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Formation des enseignants : les masters en alternance peinent à trouver leurs marques
Lancés fin 2010 et généralisés par circulaire mi-septembre, les masters en alternance ont fait leur apparition dans une quinzaine d’académies, et ont inscrit cette année 750 étudiants. Ces masters renforcent-ils la formation professionnelle des futurs enseignants masterisés ? Sont-ils adaptés au rythme de formation des universités ? EducPros a enquêté.
Les masters en alternance, proposés dans une trentaine d’universités, sont inégalement répartis sur le territoire : une dizaine d’universités se sont investies dans le dispositif, piloté avec les rectorats qui doivent fournir les lieux de stage. «Les masters enseignants en alternance fonctionnent plutôt bien pour les étudiants qui veulent devenir professeurs des écoles, soit la très grande majorité du public concerné», estime Gilles Baillat, directeur de l’IUFM de Champagne-Ardenne et ancien président de la CDIUFM. En revanche, les étudiants préparant le CAPES seraient moins nombreux à se porter candidats à ces masters en alternance. La plupart des candidats seraient des boursiers.
Un vivier de remplaçants mal payés
Un jugement plutôt positif tempéré par Jean-Michel Jolion dans son rapport remis en octobre 2011. «Aucun [projet de formation en alternance] ne semble abouti à ce jour», écrit le président du comité de suivi master, qui concentre ses critiques sur le volet financier de ce dispositif. «L’alternance ne doit pas simplement être vue comme un moyen détourné de fournir une rémunération à des jeunes et/ou de fournir un vivier de vacataires “stabilisés” […]. Il semblerait que les conditions financières proposées aux étudiants inscrits au sein de ces masters soient moins bonnes que le statut d’AED [assistant d’éducation], ce qui conduit par endroit à une pénurie de candidats.»
Le SNESUP dénonce «des étudiants considérés comme un vivier de remplaçants à bas coût», avec des promesses de rémunération non tenues. Pour le syndicat, les 6.000 € pour six heures de classe dans l’établissement se transformeraient plutôt en 4.000 € sur l’année, car ni le mois de septembre, ni les vacances scolaires ne seront payés. En comparaison, les anciens stagiaires en IUFM en stage filé une journée par semaine gagnaient 16.400 € net. «Ces masters en alternance ont produit d’énormes économies», reconnaissait Gilles Baillat. Ces étudiants en master, voire titulaires d’un master sont payés à l’heure comme vacataires au niveau d’un bac+2/3, alors que certains sont déjà diplômés d’un master. Et, pour beaucoup d’alternants, les contrats de travail sont arrivés très tardivement.
«Ces masters en alternance ont produit d’énormes économies»
Un concours difficilement compatible avec le rythme de l’alternance
Comment fonctionnent pédagogiquement ces masters en alternance proposés tant en M1, M2 ou sous forme de DU à des étudiants préparant le CRPE, le CAPES ou le CAPEPS ? Jean-Michel Jolion estime que, pour les M2 au moins, la place du concours en début d’année universitaire et les résultats en novembre ou janvier rendent difficiles «le démarrage d’une véritable alternance» et «le travail d’articulation entre le volet académique et le volet professionnel». Pour le SNESUP, qui s’oppose par ailleurs à la nomination de tuteurs dans les établissements, l’articulation entre lieu de stage dans l’établissement et master est inexistante. «L’équipe de l’établissement et l’équipe pédagogique du master ne travaillent pas ensemble à des aller et retour. Conséquence : cette alternance ne sert aux étudiants ni pour le concours ni pour le master», pointe Thierry Astruc, maître de conférences à l’IUFM de Nice et élu au SNESUP.
Pour autant, Gilles Baillat comme Jean-Michel Jolion prônent d’étendre cette expérimentation à l’ensemble des étudiants.
Certification en langues : le master suffit
Les étudiants qui ont passé les épreuves d’admissibilité du CAPES à partir du 15 novembre 2011 peuvent souffler ! Ils n’auront pas à décrocher en plus le CLES2 (certificat de compétences en langues de l’enseignement supérieur 2e degré) pour être titularisés, conformément à ce qui était initialement convenu.
Le ministère de l’Éducation nationale vient de reconnaître que «les candidats, titulaires d'un master, présentent un relevé de notes qui atteste de la validation de crédits dans une langue vivante étrangère, n'ont pas à justifier du CLES2. Toutefois, ces crédits de langue vivante étrangère ne doivent pas avoir été obtenus par compensation», précise d’une ligne le site ministériel. Une demande que le rapport Jolion formulait également, faute de moyens appropriés pour mettre en place le CLES2 dans les universités.
Lire aussi le billet de Claude Lelièvre : «Concours de recrutement : les échappatoires au CLES 2».
12.12.11
Aller plus loin
Comment les jeunes enseignants (moins de 35 ans) perçoivent leur métier, leur avenir et le système éducatif ? Les réponses à la dernière enquête du Se-Unsa menée auprès des enseignants du premier et du second degré dressent le tableau d’une génération d’acteurs motivés par leur métier mais frustrés par un système qui ne tient plus ses promesses.
A l’heure où les enseignants débutants éprouvent le tract intense de la première fois, trois livres - publiés à la rentrée - ambitionnent de les faire réfléchir au regard qu’ils portent sur les enfants, les adolescents et le métier d’enseignant avant de franchir la porte de la classe. Rencontre avec leurs auteurs, qui partagent le souci de donner des conseils et non des leçons.
Dans une interview accordée au journal Le Monde du jeudi 1er septembre 2011 (en ligne pour les abonnés), Martine Aubry, évoque notamment le « nouveau contrat » qu’elle envisage de négocier avec les enseignants, si elle accédait à la présidence de la République.
Qu’ils aient ou non participé au mouvement du 15 décembre 2011 contre le projet de réforme de leur évaluation, des enseignants nous ont confié leurs craintes.
Juin 2011, le message passe en boucle sur les radios et dans la presse : l’Éducation nationale recrute 17.000 personnes. Cela faisait tout juste dix ans que le ministère n’avait pas lancé de campagne nationale de recrutement de professeurs. Du côté de l’enseignement catholique, cela fait trois ans que celui-ci fait savoir, courant mars, qu’il a besoin d’enseignants, avec parfois des déclinaisons dans certaines délégations diocésaines régionales. Des messages sur fond de discours gouvernemental martelé depuis trois ans de suppressions de postes dans l’Éducation nationale. Quelles sont les retombées à court ou long terme de ces campagnes de recrutement ? La précédente campagne de l’Éducation nationale, lancée par Jack Lang, en mai 2001, a-t-elle engendré un engouement pour le métier de prof ? Décryptage postcampagnes à l’heure des comptes.













