En bref

Fondation "Paris sciences et lettres" : cinq grandes écoles s'unissent dans le Quartier latin
Un nouveau mastodonte pluridisciplinaire dans le paysage universitaire parisien ! La fondation qui réunit cinq écoles prestigieuses du Quartier latin – l’ENS, le Collège de France, l’Observatoire de Paris, l’ESPCI ParisTech et Chimie ParisTech - dispose en effet d’une force de frappe inédite, notamment dans le domaine scientifique. Sa création a été annoncée vendredi 16 avril 2010. Un rapprochement stratégique pour développer de nombreuses collaborations mais aussi un moyen d’atteindre l’excellence nécessaire pour prétendre au Grand emprunt.
« PSL ». Pour « Paris sciences et lettres Quartier latin », le nom choisi par ce nouvel acteur parisien de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les 5 écoles (1) du quartier de la Montagne Sainte-Geneviève et ses alentours ont ainsi annoncé, vendredi 16 avril 210, leur rapprochement au sein d’une FCS (Fondation de coopération scientifique).
Ce "campus urbain au coeur de Paris" de 5000 étudiants (dont 3000 doctorants) sera présidé par Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique 1997. Objectif : "former un continuum d'enseignement supérieur et de recherche qui réunit toutes les disciplines académiques et parmi les plus brillants étudiants et parmi les meilleurs chercheurs". Ambitieux.
PSL attend avec impatience ses dotations pour le Plan campus
Actée par les conseils d’administration des cinq partenaires, la fondation doit encore être officialisée par un décret du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Fort attendu d’ailleurs par les directeurs. « Nous espérons le plus vite possible », indique Monique Canto-Sperber, à la tête de l’ENS. Nous avons d’ailleurs écrit une lettre à la ministre mardi ».
Le groupement parisien attend également avec impatience l’annonce de sa dotation dans la cadre du Plan campus parisien – 170 millions étaient demandés, sans suite pour l’instant. « Nous espérons que Valérie Pécresse annoncera, en même temps que notre fondation, la dotation du Plan Campus », insiste la directrice.
Dauphine pourrait devenir partenaire du regroupement
Serait-ce donc un PRES [Pôle de recherche et d’enseignement supérieur] ? Que nenni. « Nous ne savons pas exactement ce que signifie PRES », a justifié Monique Canto-Sperber, qui ne voyait pas non plus en quoi ne pas être un PRES invaliderait la démarche. Aucune université d’ailleurs, n’est membre de PSL. Pour l’instant. « Les rapprochements avec d’autres établissements sont possibles, a-elle expliqué. Il va de soi que nous serons extrêmement attentifs aux candidatures », a-t-elle indiqué alors qu’elle était interrogée sur la venue possible de l’université Paris Dauphine dans PSL. Le cercle des fondateurs ne devant pas s’élargir, il s’agira de partenariats.
Déjà de nombreux projets en préparation
Très enthousiastes, les directeurs ont en effet souligné la solidité de cette union. « Il ne s’agit pas d’une alliance d’opportunité ou de circonstance », a affirmé la directrice de l’ENS. « Nous nous connaissons depuis longtemps et nous avons de nombreuses collaborations », a renchéri Pierre Corvol, administrateur du Collège de France. « Mais l’après est encore plus intéressant ! », s’est-il réjoui.
En effet, les projets concrets pour "l'après" ne manquent pas. Des groupes de travail ont été mis en place sur 12 thématiques. Au programme : des instituts fédératifs de recherche. Notamment l'institut de chimie moléculaire, verte et du vivant, autour du site de Claude Bernard : 18 000 m2 qu’espère bien récupérer Chimie ParisTech au départ d’AgroParisTech à Saclay.
Egalement "un campus numérique interactif" en vue, pour la diffusion du savoir. Le Collège de France, très avancé sur ce créneau, pourrait jouer un rôle moteur dans un futur portail commun. Ou encore une ambition forte : la mise en place d'un premier cycle commun en sciences et lettres, qui permettrait ensuite d'accéder aux établissements de PSL. 30 étudiants pourraient y participer dans un premier temps.
La fondation prête pour le Grand emprunt
Les financements ne risquent donc pas d'être de trop. Outre la dotation du plan Campus, qui vise d’abord les opérations immobilières, PSL compte bien remporter certains appels d’offres du grand Emprunt. « Nos projets sont prêts, a indiqué Michel Mortier, administrateur temporaire de Chimie ParisTech. Qui pourrait imaginer qu’il n’y ait pas de laboratoire d’excellence et de campus d’excellence dans PSL ? ».
*l’ENS (Ecole normale supérieure), le Collège de France, l’Observatoire de Paris, l’ESPCI ParisTech (Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris) et Chimie ParisTech.
Etre membre de ParisTech et de Paris Sciences et lettres en même temps
L'ESPCI ParisTech et Chimie ParisTech sont déjà membres d'un regroupement d'établissements : le PRES ParisTech. "Certains voudraient voir une contradiction" dans cette double appartenance, expliquait Michel Mortier, administrateur provisoire de l'Ecole de chimie parisienne, pour démentir cette affirmation. "Ce n'est pas la même logique. ParisTech, c'est un regroupement de formateurs d'ingénieurs. Avec PSL, nous souhaitons atteindre la meilleure recherche", a-t-il précisé.
16.04.10
Aller plus loin
La langue de bois, Jean-Charles Pomerol ne connaît pas. Le président de l'UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie) n'hésite pas à critiquer les réformes en cours dans l'enseignement supérieur et la recherche, lorsqu'elles lui paraissent illogiques. En dénonçant le "deux poids deux mesures", pour la reconnaissance de son PRES Sorbonne universités. A la tête d'une université de très haut niveau, le professeur d’informatique et d’intelligence artificielle explique sa stratégie, à l'heure où les restructurations du paysage dans le supérieur et la recherche s'accélèrent.
Point d’étape de l’opération Campus intra-muros : sur les 700 millions d’€ promis par la ministre de l'Enseignement supérieur aux établissements de la capitale, seule une petite partie a été pour l’instant attribuée.
Constitution des PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) Sorbonne Universités, Sorbonne Paris Cité ou encore HESAM, émergence des campus Condorcet ou Saclay... l’enseignement supérieur francilien se restructure. Un acteur regarde ces mouvements d’un œil vigilant : la mairie de Paris. Propriétaire de 40 % de l’immobilier universitaire de la capitale, membre du conseil d’administration de nombreux établissements et PRES franciliens, tutelle de quelques écoles comme l’ESPCI ou l’EIVP, la Ville se veut le garant du patrimoine scientifique intra-muros. Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris en charge de l’innovation, de la recherche et des universités, livre à Educpros son point de vue sur les restructurations en cours et fait le point sur le rôle de la mairie de Paris en la matière.














