A la une

Le Sénat révise le bac
Les premières épreuves écrites du baccalauréat ont commencé lundi 16 juin 2008. A l'occasion du 200ème anniversaire de cette institution, le sénateur Jacques Legendre a rendu public son rapport intitulé « A quoi sert le bac ? ». Après une centaine d’auditions (syndicats, associations, parents d’élèves, professeurs, personnalités du secteur éducatif), il formule ses propositions. Certaines inspireront peut-être Xavier Darcos dans sa réforme du lycée.
A quoi sert le bac ? Selon le dernier sondage TNS Sofrès-La Croix, les Français répondent unanimement (72%) que le vénérable parchemin est important pour réussir dans la vie sur le plan professionnel, mais 82% pensent qu’il n’est pas suffisant pour trouver du travail. En revanche, huit sur dix défendent le fonctionnement du lycée par filière
Le rapport "A quoi sert le bac ?" du sénateur Jacques Legendre colle à l'opinion publique : pas question de supprimer ce monument national. Au contraire le sénateur UMP du Nord-Pas-de-Calais trouve même que notre pays ne compte pas assez de bacheliers. « La France forme moins de diplômés du secondaire que la plupart des pays de l’OCDE, alors que les besoins de main d’œuvre qualifiés sont importants », a t-il déclaré. Le rapport recommande donc un élargissement de l’accès au bac, afin d’atteindre l’objectif des 80 % de bacheliers dans une classe d’âge (contre 64 % actuellement). Pour y arriver, le rapporteur a suggéré plusieurs mesures.
Rendre transparents les barèmes de correction
Il faut dissiper l’atmosphère de soupçons qui pèse actuellement sur ce diplôme. « On dit que le bac est bidouillé », a dit le sénateur, qui suggère plus de transparence dans les corrections. Il souhaiterait que les barèmes de correction établis par les commissions d’harmonisation (qui donnent les indications aux correcteurs) soient écrits et publics. Un barème de correction de mathématiques du bac S est d’ailleurs fourni en annexe du rapport (voir document joint en pdf). Il a aussi regretté que « ces barèmes de notation soient trop souvent formulés dans des termes purement positifs. « Il ne s’agit que rarement de sanctionner telle ou telle erreur pourtant jugée rédhibitoire», regrette-t-il.
Impliquer davantage l’université
Le bac étant le premier grade de l’enseignement supérieur, la présidence des jurys est normalement assurée par des professeurs d’université. En fait, les derniers vestiges de la compétence universitaire en matière de baccalauréat sont devenus des dispositifs pour une part purement formels. Les présidents de jurys ne sont que rarement des universitaires. Le rapporteur estime que cette situation n’est pas satisfaisante. « Parce qu’elle accueille les bacheliers auxquels elle ouvre par principe ses portes, l’université doit être réellement impliquée dans la délivrance du baccalauréat. Il serait donc souhaitable que tous les jurys soient effectivement présidés par des universitaires, pleinement rémunérés à cette fin », peut-on lire dans le rapport.
De plus, « l’enseignement supérieur… ne participe qu’à la marge à la définition des connaissances et des compétences qui doivent être celles des bacheliers ». En effet, a martelé le sénateur, « l’université doit clairement définir les pré-requis exigés pour intégrer ses différentes filières ». Mais le problème essentiel est sans doute le manque de pouvoir de ces présidents de jurys. Afin de les responsabiliser pleinement, le sénateur suggère de leur donner le pouvoir de nomination des membres des jurys. Enfin, il faudrait « impliquer l’enseignement supérieur à tous les stades du baccalauréat : définition des programmes, préparation des sujets, présidence des jurys », a-t-il ajouté.
Réviser le rattrapage
C’est un fait, parmi les bacheliers généraux qui échouent à l’université, beaucoup ont eu leur bac au rattrapage ou avec mention passable. Ils passent les épreuves orales quelques jours après les résultats, à l’oral. Mais même en cas de succès, ils conserveront leurs lacunes dans le supérieur. Pour remédier à ce problème, le rapporteur suggère de déplacer le rattrapage en septembre pour les inciter à travailler sur leurs lacunes pendant l’été.
Mieux équilibrer les séries
C’est toujours un vœu pieu depuis trente ans : lutter contre la suprématie du bac scientifique et la déliquescence du bac littéraire, devenu au fil de ans moribond. Le rapport suggère un tronc commun accompagné d’options équilibrées. Une voie pas très éloignée de la réforme du lycée lancée par Xavier Darcos.
Les maux du supérieur soignés au lycée
Une feuille de route commune - signée par les enseignants, parents d’élèves et lycéens - définit le cadre des négociations dans lesquelles vont s’engager ministère et syndicats pour la réforme du lycée. Le pilotage a été confié au recteur Jean-Paul Gaudemar. Dans ces « points de convergence », l’objectif assigné pour les lycéens est de les rendre plus autonomes - une nécessité à leur poursuite d’études à l’université -, de réduire le poids des déterminismes sociaux entre filières générale et technologique et de décloisonner les filières du lycée. Le redoublement ne devrait devenir qu’un « ultime recours ».
Les enseignants devraient aussi faire leur pédagogie en diversifiant les situations éducatives (cours, remises à niveau, projets interdisciplinaires, aide à l’orientation, préparation méthodologique aux études supérieures…), en travaillant davantage en équipe et avec les personnels du supérieur.
La classe de seconde doit être repensée pour la rentrée 2009. La première et la terminale suivront. Le bac nouveau est prévu pour 2012
16.06.08
Documents utiles
Aller plus loin
Xavier Darcos a choisi la période d’accalmie des week-end de mai pour dessiner les premiers contours de la réforme des lycées. Ses grandes lignes : donner une plus grande autonomie aux élèves et un enseignement plus personnalisé. Un modèle inspiré de l’expérience finlandaise que le ministre de l'Education nationale admire.
1 commentaires
-
Viviane Micaud - 17/06/2008 08h53
Tout à fait d'accord sur la nécessité de conserver un bac garant d'un niveau. Cependant, le tronc commun est une vue de l'esprit si on y inclue les sciences, de la poudre aux yeux si on exclue les sciences. Diminuer le niveau des sciences pour éviter le problème "largement imaginaire" de la prépondérance de la filière S serait quoi qu'on fasse une erreur. Si on conserve les filières très sélective après bac, cela veut dire seuls les fils de profs et de parents qui auront de quoi payer les cours particuliers qui permettront d'y réussir (faire des maths pour ES et S, suppose de supprimer tout l'entraînement à la capacité de détecter les "astuces mathématiques" qui sont fondamentales ensuite pour réussir dans les sciences). Si on supprime les filières sélectives après bac, on handicape à moyen terme l'économie française, par baisse de niveau des ingénieurs et scientifiques. La France sera incapable d'avoir son rôle dans la gestion des mutations de demain : changement climatique et fin du pétrole.
Alors quel est le choix ?
- poudre aux yeux,
- augmentation des inégalités vers les parcours scientifiques,
- destruction du potentiel à gérer les mutations organisationnelles et scientifiques de la France.
J'avoue que je n'ai pas encore compris. Actuellement, je pense que Darcos et ses alliés sont dans le rêve de l'étudiant universel et uniforme qui quels que soitent ses bases, quels que soit ses capacités et sa volonté d'apprendre, assimile tout les cours auquelles il va. Eh non M. Darcos, nous sommes tous différents. Des personnes de très hautes valeurs qui seront d'excellent communicant ne comprennent rien à la logique mathématique. C'est leur faire perdre du temps de leur expliquer des notions qui ne leur servira pas (par contre l'histoire des sciences et ce qu'on peut faire avec les sciences leur sera indispensable). La capacité d'articuler de manière astucieuse les outils mathématiques pour résoudre un problème complexe n'est pas donné à tout le monde. Il faut également en tenir compte.




