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Isabelle This Saint-Jean, le nouveau visage de SLR
La coordination nationale des universités organise une nouvelle journée d'action jeudi 26 février 2009, prémice des mobilisations programmées les 5 et 10 mars prochains. Sauvons la Recherche sera en tête du cortège. Sa présidente, Isabelle This Saint-Jean, bat le pavé depuis le début du mouvement de protestation des enseignants-chercheurs. Educpros l'a rencontrée.
« Les valeurs sont piétinées. La connaissance n’est plus une valeur en soi pour ceux qui nous gouvernent. » Cette indignation, que partage une partie de la communauté universitaire, Isabelle This Saint-Jean s’en est fait le porte-parole, depuis son arrivée à la tête de l’association Sauvons la Recherche (SLR), en décembre 2008.
Professeur en économie à l’université 13, elle ne s’attendait pas à ce que le mouvement prenne son essor chez les enseignants-chercheurs. « Je pensais que ça commencerait dans les laboratoires », avoue-t-elle, « mais il serait parti de toute façon, d’un foyer ou d’un autre » assure-t-elle avec conviction.
Sur tous les fronts
Entre manifestations, assemblées générales, discours à la presse, plateaux télé, émissions de radio, cette mère de deux enfants est sur tous les fronts. « C’est épuisant, je le paye très cher personnellement. Mais j’ai le sentiment de faire quelque chose d’important pour moi » dit-elle avec aplomb.
Une mission facile ? Pas vraiment. « C’est effrayant. Il faut réussir à porter la parole de l’association et élaborer la bonne stratégie. Je ne le fais absolument pas toute seule mais c’est une grosse responsabilité. A un moment où l’on se dit que ça peut partir en émeutes et en grève générale, qu’à la moindre erreur, tout est fini, on éteint les lumières et on rentre les mains vides ».
Ce qui serait catastrophique, selon cette fille de psychanalystes, « à une époque où c’était presque un engagement d’exercer cette profession », rappelle-t-elle. Si le mouvement échouait, « nous ne ferions plus jamais notre métier comme avant ». D’où son engagement total, presque malgré elle.
Un engagement contre la loi LRU
La quarantaine, blonde aux yeux bleus, elle est devenue militante de SLR à l’été 2007, à son retour dans la capitale pour rejoindre l’université Paris 13, après trois années passées à l’université du Littoral (ULCO). Elle s’engage alors contre la loi sur l’autonomie, votée « à la sauvette pendant l’été », s’anime-t-elle, crescendo. « La LRU m’a paru tout de suite extrêmement dangereuse ».
Un an plus tard, elle entre au conseil d’administration de l’association et prend directement la vice-présidence. Ce n’était, en effet, pas vraiment prévu dans son plan de carrière, comme le raconte André Lapidus, son collègue depuis une dizaine d’années, enseignant-chercheur à Paris 1.
« Nous avions alors une multitude de choses à faire ensemble. Plusieurs séminaires en commun, une maquette de master à préparer, une université d’été à organiser » raconte le professeur d’économie.
Il se souvient même du coup de fil annonciateur. « Je l’ai appelée un matin pour qu’on se voit afin de discuter de ces projets. Après un silence, elle m’a répondu : « je sens que ça ne va pas être possible, j’ai accepté d’être vice-présidente de SLR ». C’était plus fort qu’elle. « Je ne pouvais pas faire autrement, je ne dormais plus la nuit » lui a-t-elle expliqué.
Présidente de SLR du jour au lendemain
Le même scénario s’est reproduit quelques mois plus tard à la présidence de SLR. Devenue « du jour au lendemain » présidente, lors du départ de Bertrand Monthubert au parti socialiste, en décembre dernier, l’enseignante-chercheuse précise systématiquement qu’il s’agit d’une mission d’intérim, faute d’élections.
« Tout s’est passé en moins de 24 heures » raconte en effet son prédécesseur. « Brillante », « investie », « modeste » … Le chercheur ne tarit pas d’éloge à son égard. Il espère d’ailleurs que l’intérim va se transformer en contrat longue durée. Seul défaut qu’il avoue, en riant, après plusieurs secondes de réflexion, « ce n’est pas une bête en informatique ».
Le mépris du personnel politique qui ne connaît pas le milieu universitaire
Côté débat d’idée, c’est une autre affaire. Elle ne rate jamais une occasion de défendre sa cause. Elle se reconnaît d’ailleurs une victoire : la bataille idéologique a été gagnée. « Les universitaires étaient dans la sidération face à la multitude de réformes. On entendait surtout la CPU qui soutenait la LRU. Tout d’un coup, notre discours a porté », dit-elle, triomphante.
Le catalyseur des mécontentements ? « Le discours du 22 janvier du président de la République, ce mépris et plus profondément un personnel politique qui ne connaît pas notre milieu ». Preuve à l’appui. « La mise en concurrence, ils pensent que c’est efficace. Mais quelle idée ! », s’indigne-t-elle.
Une universitaire pur jus
Ce milieu, elle, elle le connaît bien. Par cœur même. Elle a enseigné dans une université de province (ULCO), dans une université parisienne (Paris 1) et dans une grande université de banlieue (Paris 13). Spécialisée en SHS, elle partage sa vie avec un physicien.
Enseignante et chercheuse, elle s’est également investie dans les fonctions administratives et pédagogiques, en dirigeant un département à l’ULCO par exemple. Son seul point faible, les personnels techniques et administratifs, qu’elle connaît mal, bien qu’ils soient « absolument essentiels », précise-t-elle. Un mauvais point qu’elle se donne d’ailleurs toute seule.
Un autre, qu’elle donne cette fois-ci aux médias, qui la cite souvent en leader du mouvement. « Je suis très médiatisée, est-ce que ça veut dire que je suis leader ? Il n’y a pas de leader dans la coordination nationale », lance-t-elle, péremptoire.
Un devoir plus qu'un plaisir
N’est-ce donc pas exaltant de mener un combat en première ligne ? Tout sauf exaltant confie-t-elle, simplement enrichissant grâce aux nombreuses rencontres qu’elle fait en cours de route. Il s’agit plus d’un devoir qu’un plaisir, assure-t-elle, « sincèrement ».
« J’ai des convictions très fortes mais en terme de personnalité, je ne suis pas extravertie. Se mettre en avant, ce n’est pas mon truc. J’adore expliquer et convaincre, j’adore mon métier d’enseignant-chercheur et c’est pour cela qu’il me tarde de le retrouver ».
Les élections à la présidence de SLR sont prévues en mars. Se présentera-t-elle ? S’il n’y a aucun candidat crédible, « je le ferai », prévient-elle, néanmoins.
25.02.09
Aller plus loin
Certains enseignants grévistes de l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) proposent des conférences alternatives dans le cadre de l'opération Changeons le programme. Alain Trautmann, ancien responsable de Sauvons la Recherche y a apporté sa pierre sur le thème : « Des Etats Généraux de la recherche de 2004 aux " réformes" actuelles pour l’enseignement supérieur et la recherche », le 17 février 2009. De quoi mettre en perspective les revendications des enseignants-chercheurs dans la crise qui secoue aujourd'hui les universités à l'aune de celles émises par les chercheurs il y a cinq ans.
La journée du 11 mars fera office de test pour l'ensemble des acteurs de la contestation dans les universités. Des manifestations contre les réformes du gouvernement sont prévues dans toute la France avec pour mot d'ordre "de la maternelle à l'université". Au coeur de la mobilisation des enseignants-chercheurs : l'association Sauvons l’université (SLU). Nous avons rencontré son président, Jean-Louis Fournel. Ce professeur d’études italiennes à l’université Paris 8 vit au quotidien ce mouvement, aujourd'hui en cours de radicalisation.
Directeur de l’Institut d’Études du Travail de l’université Lyon 2, Patrick Rozenblatt est aussi professeur de sociologie, spécialisé sur les mouvements de coordination en France depuis 1986. Il analyse pour Educpros la mobilisation actuelle dans les universités.












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