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Thierry de Vulpillières
Thierry de Vulpillières (Microsoft France) : «Le système d’encadrement et d’évaluation de l’Education nationale est inhibant en France pour le développement des TICE»
Microsoft a organisé son forum européen Innovative Education cette année à Berlin, du 23 au 25 mars 2010. L’occasion pour le géant du logiciel de mettre en avant les innovations pédagogiques d’une quarantaine de pays, de la Géorgie au Portugal, en passant par l’Azerbaïdjan. Ancien responsable du projet cartable numérique chez Nathan et Bordas, Thierry de Vulpillières s’occupe aujourd’hui du Programme Partners in Learning de Microsoft pour le développement des usages des TICE. Pour lui, l’institution de l'Education nationale étouffe la créativité des enseignants français en matière de pédagogie innovante.
Quel est l’état d’esprit des enseignants en France vis-à-vis des nouvelles technologies ?
Sur le Forum Innovative Education de Berlin, on voit beaucoup d’exemple d’enseignants acquis aux nouvelles technologies. Que ce soit une prof de lettres qui se sert de son site pour développer l’écriture de ses élèves et qui n’écrivent plus seulement pour eux mais avec des lecteurs, que ce soit un réseau social comme foreignersinlille où la communication est poussée à l’extrême avec des élèves du monde ou que ce soit en intégrant des jeux vidéos à succès au programme (en mobilisant des compétences de SVT, d’orientation, d’histoire-géo pour des élèves qui n’aiment pas venir à l’école. De manière plus générale, le système d’encadrement et d’évaluation descendant avec l’inspection est inhibant en France pour le développement des TICE. En Finlande, les profs sont considérés comme des cadres à qui on dit « we trust teachers ». Il n’y a pas ce rapport de confiance en France : il y a un aveuglement de l’institution pour surveiller et qui n’incite pas à proposer des innovations pédagogiques alors qu’il y a une ébullition de créativité chez les enseignants que ce soit avec une débauche de moyens technologiques ou des bouts de ficelles.
Comment évolue la France par rapport à l’usage des TICE ?
Dans l’enquête PISA, nous sommes 24ème sur 26 parmi les pays de l’OCDE pour l’accès à l’outil numérique et sa maîtrise dans un contexte pédagogique. L’âge moyen des PC est de 7,5 ans en moyenne dans la primaire et le secondaire confondus. Et le nombre de PC régresse par élève, car le déclaratif se rapproche de plus en plus de la réalité : on ne compte plus les PC trop âgés ou dans les cartons. L’enquête que nous faisons avec la Sofres montre que le principal frein aux usages est la maintenance des équipements, qui doit être l’affaire des collectivités. Actuellement, elle n’est pas coordonnée entre le rectorat, les collectivités ou le prof à qui on donne quelques heures de décharge. Le second frein est la formation des enseignants aux TICE qui ne se fait ni dans les IUFM, ni au niveau de l’académie et que la mastérisation n’a pas prévue. Le c2i niveau 2 était jusqu’à présent obligatoire pour avoir le Capès, mais c’était une procédure très administrative pour le valider et il manque les dispositifs e-learning pour le valider.
Sur quoi intervient, en France, le programme mondial de Microsoft lancé en 2003 Partenaire pour l’éducation (Pil) ?
Nous avons un partenariat avec des labos de l’Institut de l’ENS Ulm, de l’UPMC, un partenariat avec les enseignants auquel coopèrent la SDTICE, les rectorats et les associations d’enseignants. On soutient financièrement et sur les méthodes le portail du Café pédagogique, son Prix pour l’innovation et ses forums avec les associations disciplinaires. Les lauréats de ses forums sont invités sur les forums internationaux de Microsoft. Dans d’autres pays, le positionnement de Microsoft peut être différent en intervenant directement sur le portail du ministère de l’Education nationale en Grèce ou en développant un portail propre comme en Angleterre. On réfléchit aujourd’hui à une méthode d’accompagnement sur deux ans des directions d’établissement et de leurs équipes enseignantes pour diffuser les TICE avec le projet Innovative Schools. Une trentaine d’écoles ont été sélectionnées dans le monde dont deux en France pour ce projet : une école primaire à Issy-les-Moulineaux et un lycée qui scolarise des enfants hospitalisés.
Qu’est-ce Microsoft a à « vendre » aux enseignants ?
Microsoft vend des logiciels donc Pil n’est pas un faux nez pour promouvoir de bonnes œuvres, mais c’est un programme centré sur les usages et non sur la vente. Nous avons un intérêt bien compris : si les usages pertinents se développent, les ventes se développent. Les enseignants qui viennent sur nos forums n’utilisent pas forcément des technologies Microsoft. Au-delà des débats stériles sur les bons/mauvais enseignants, transmission des connaissances/acquisition de compétences, je pense que deux leviers permettent de développer les usages : la combinaison vidéoprojecteur+portable+TBI que les collectivités sont prêtes à prendre en charge et la diffusion de la version numérique des manuels scolaires dans lesquels nous avons une excellence en France. Les manuels papier coûtent 300 millions d’euros chaque année. Les entreprises attendent beaucoup du grand emprunt à ce sujet. Il faudrait combiner l’équipement des classes et des profs, les manuels numériques, la maintenance des dispositifs support, la formation-accompagnement des enseignants au changement et les ENT. Un peu à la manière du package du plan Ecoles numériques rurales (ENR).
En savoir plus
Voir l’état des lieux de la mission Fourgous sur la France et le numérique
Microsoft investit dans la formation des chefs d’établissement et des futurs enseignants
Le programme Pil de Microsoft (2003-2008) a été reconduit pour une seconde phase (2008-2013). Au total, l’entreprise de Bill Gates aura investi 500 millions de dollars dans cette opération de promotion des usages des TICE dans les établissements du primaire et du secondaire de quelque 110 pays.
Orienté à l’origine sur le développement des usages des nouvelles technologies auprès des enseignants, le programme se focalise aujourd’hui sur l’implication des directeurs d’établissement dans leur diffusion. « On ne voit pas les TICE comme une fin mais comme un moyen de développer les compétences des élèves du 21ème siècle. D’ici fin 2013, notre objectif est de toucher 250 millions de chefs d’établissement, d’enseignants et d’élèves et de rassembler quelque 10 millions d’enseignants sur notre portail communautaire pour partager des contenus, développer des réseaux professionnels et apprendre des autres », indique James Bernard, responsable monde du projet chez Microsoft.
Pour lui, les pays qui avancent le plus rapidement dans l’intégration des TICE sont les pays émergents, comme le Mexique ou Hong Kong, et pas forcément ceux dont le système éducatif est le plus développé, comme la Finlande. Pour lui, le facteur décisif est l’acceptation du changement par les directions d’établissement. Le programme entend aussi s’attaquer à la formation des enseignants pour intégrer l’usage des TICE à leur formation disciplinaire.
25.03.10
Aller plus loin
La 15e édition des Rencontres du multimédia éducatif et culturel organisées par l’ORME (Observatoire des ressources multimédias en éducation) se tiendra les 31 mars et 1er avril 2010, à Marseille. Conférences et ateliers aborderont le thème « S’informer à l’heure du numérique : une question d’experts ? » Isabelle Breda, co-organisatrice de cette manifestation, revient pour EducPros sur les enjeux de la formation des jeunes aux médias numériques.
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Les 14 et 15 mai 2010 se tient à Wattrelos (59) un « barcamp » consacré aux usages des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education) dans l’enseignement. Une initiative originale dans son projet comme dans son organisation.
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