En bref
Le King's College à Cambridge
Grande-Bretagne : la réussite au mérite reste un parcours du combattant
À l'heure où Nick Clegg, le vice-Premier ministre britannique, vient de révéler sa stratégie pour améliorer la mobilité sociale des jeunes issus de classes moyennes et défavorisées, qu'en est-il de l'élitisme aujourd'hui en Grande-Bretagne ? Et quelles sont les véritables chances d'ascension sociale "au mérite" d'enfants issus de milieux défavorisés ?
Rendre tous les stages en entreprise rémunérés. C'est l'une des principales mesures proposées par le vice-Premier ministre, Nick Clegg, en matière de mobilité sociale. "Nous voulons une société dans laquelle la réussite repose sur son propre savoir et non sur des connaissances liées à son origine sociale", a-t-il déclaré. Autre proposition : la mise en place d'indicateurs sur la question. Le vice-Premier ministre prévoit également que 100 000 salariés d'entreprises privées aient du temps libre payé par leur entreprise pour aller dans les écoles et parler de leurs carrières.
Une élite inamovible
La nouvelle stratégie de Nick Clegg met au premier plan la notion de mérite et de méritocratie : deux mots que le gouvernement « lib-dem » (libéral-démocrate) affectionne particulièrement. "La nouvelle génération de politiciens qui nous gouvernent, constate Aditya Chakrabortty, journaliste au Guardian, attribue au mérite son accession au pouvoir. Or, il ne faut pas se leurrer. L'accès à une éducation élitiste fait partie de leur héritage. Ils sont quasiment nés pour gouverner..." Par nouvelle génération de politiciens, Aditya pointe du doigt David Cameron (qui a fait ses études à Eton puis Oxford), Nick Clegg (Wesminster puis Cambridge), ainsi que beaucoup d'autres. Le gouvernement compte huit ministres qui sont passés par la fameuse école privée d'Eton et une chambre des députés composée de plus d'un tiers de parlementaires issus du système éducatif privé.
Le parcours écoles primaires et secondaires privées, telles Eton, Harrow ou Westminster, suivies d'Oxford ou Cambridge constitue toujours la voie royale de l'accession au pouvoir en Grande-Bretagne. Ces deux institutions ancestrales sont talonnées par les universités d'élite du Russell Group. Ce sont ces établissements qui continuent à former les élites du Royaume-Uni. Selon Liz Beecheno, ancienne conseillère d'orientation au lycée français de Londres, en Grande-Bretagne, environ la moitié des universités sélectionne les meilleurs étudiants et l'autre moitié va recruter des étudiants qui ont de moins bons résultats à leur s A-Levels [l'équivalent du bac] et qui n'ont pas forcément mis l'université en question en premier choix (1). Pourtant, alors que 7 % des petits Anglais sont éduqués dans le système privé, ils représentent près de 50 % des étudiants de Cambridge et d'Oxford.
L'accès à l'université peine à se démocratiser
Pour pallier un tel déséquilibre, le gouvernement Blair crée, en 2004, l'OFFA (Office for Fair Access), dont le but est de s'assurer que les universités pratiquent une politique de sélection égalitaire qui ne tienne compte que du potentiel de l'étudiant et non pas de son origine sociale. La mise en place de ce nouvel organisme oblige les universités d'élite à faire des efforts conséquents en matière de démocratisation de leur accès. Ainsi, Oxford envoie des membres de son personnel à la rencontre de lycéens d'écoles publiques pour présenter l'université. Cambridge invite des jeunes de lycées d'État locaux à visiter ses différents collèges. Il s'agit de "démystifier" l'entrée à Oxford et Cambridge. Car le problème ne provient pas seulement du niveau souvent trop faible d'un bon nombre d'écoles publiques secondaires (collèges-lycées), mais également d'un manque de confiance en soi. Le système des classes sociales demeure fortement ancré en Grande-Bretagne. Encore aujourd'hui, quand on est issu de la classe ouvrière, on y reste et, potentiel ou pas, l'université n'est même pas envisageable.
Même si les universités d'élite manifestent la volonté certaine de compter parmi leurs étudiants des enfants de milieux défavorisés ayant les capacités de suivre un cursus académiques, elles se montrent inquiètes sur leur intégration dans la vie universitaire. Ils s'adaptent en effet beaucoup moins bien que des jeunes issus du privé qui ont confiance en eux, dont les parents ont bien souvent été formés à l'université et élevés dans cette optique.
Toutefois, Oxford vient de révéler ses "offres" (2) pour la rentrée universitaire 2011. L'université accueillera cette année près de 59 % d'étudiants issus d'écoles publiques. Un progrès à saluer. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu'accéder à une université d'élite uniquement au mérite reste un parcours du combattant, auquel s'ajoutera dès la rentrée 2012 un triplement des frais de scolarité... Une mesure à laquelle s'opposait fermement Nick Clegg jusqu'à ce que son accession au 10 Downing Street lui fasse oublier ses promesses.
(1) En Grande-Bretagne, chaque lycéen qui veut aller à l'université peut émettre six voeux classés par ordre de préférence.
(2) Les futurs étudiants postulent à l'automne pour la rentrée universitaire de l'année suivante. En mars, les universités disent si oui ou non l'étudiant a une place en fonction de son dossier scolaire, de ses notes en contrôle continu et de suppositions sur ses notes aux A-Levels (qu'il n'aura qu'en août. On dit alors que l'université fait ses offres de places aux étudiants.
19.04.11
Aller plus loin
À l'heure où le régime Kadhafi vacille, les généreux dons financiers de son fils acceptés par la prestigieuse London School of Economics (LSE) suscitent bien des remous outre-Manche. Fortement encouragées à chercher des financements privés, les universités britanniques se montrent parfois peu regardantes sur leur provenance. Cette attitude soulève une question éthique et morale de taille : les institutions d'enseignement supérieur britanniques publiques peuvent-elles accepter tout et n'importe quoi ? Et à quel prix ?
Jeudi 9 décembre 2010, les députés britanniques ont voté en faveur de l'augmentation des frais de scolarité à une faible majorité de 323 contre 302 votes favorables. C'est donc officiel : dès 2012, les universités britanniques pourront aller jusqu'à tripler leurs frais et ainsi les faire passer de 3 900 € à 10 800 € par an pour le premier cycle (undergraduate degree).
La première université privée londonienne va ouvrir ses portes en 2012. Située au cœur de la capitale britannique, son ambition est de rivaliser avec les prestigieuses Oxford et Cambridge. Quant aux frais de scolarité, ils s'élèveront à 20.000 € par an.
En s’appuyant sur les arguments de la politique autorisant le triplement des frais de scolarité des universités britanniques, l’Institut Montaigne plaide pour rouvrir le débat sur la hausse des droits universitaires en France. « La gratuité des études supérieures est un facteur d’injustice et accentue les écarts entre ceux qui ont accès à l’enseignement supérieur et ceux qui n’ont pas cette possibilité », affirme sa nouvelle tribune. Nous la publions en exclusivité, pour le huitième volet de notre partenariat.
Après le triplement des frais d’inscription à l'université, le gouvernement britannique a annoncé la fin des quotas limitant le nombre d’étudiants et l’ouverture de la concurrence entre établissements pour recruter les meilleurs d’entre eux. Toutes ces nouvelles dispositions entreront en vigueur à la rentrée 2012.
A Londres, une manifestation d’étudiants anglais, le 10 novembre 2010, contre la hausse des frais de scolarité tourne mal.
David Willetts, le ministre britannique de l’Université et de la recherche, s’est rendu à Sciences po Paris, lundi 12 septembre 2011, pour expliquer sa réforme décriée du système universitaire. Celle-ci entrera en vigueur en 2012 en Angleterre et a notamment pour conséquence le triplement des frais d’inscription dans les universités. Lors de la conférence « Putting students at the heart of the system », le ministre conservateur s’est donc appliqué pendant une heure à défendre la position de son gouvernement alors qu’en France l’idée d’accroître la part des frais d’inscription dans le financement des universités fait débat.














